La prise de Kunduz: nouvel échec de la politique américaine en Afghanistan

Le lundi 28 septembre, les Talibans se sont emparés sans réelle résistance de la ville de Kunduz, capitale de province du Nord de l’Afghanistan. Cette dernière était défendue par 7000 soldats de l’armée afghane qui ont pris la fuite peu après le début des combats. Ces hommes avaient été armés et entraînés par les américains, élément qui remet une nouvelle fois en question la politique des USA dans le pays depuis 2001. Certes, la ville a été reprise 5 jours plus tard mais cela aurait été impossible sans l’appui de l’aviation états-unienne.

Un progressif retrait américain malgré la faiblesse du régime officiel

Depuis 2011, les 150 000 soldats déployés par l’OTAN (en grande majorité des américains) sont rentrés dans leur pays respectif, ne laissant sur place qu’une force approximative de 13 000 hommes. En effet, depuis novembre 2001, leur objectif de base est accompli. Le régime taliban, accusé de soutenir Al Qaida sur son sol, a chuté. Kaboul a été reprise par l’Alliance du Nord (coalition de l’opposition afghane) et les bases d’Al Qaida ont été détruites. L’objectif de Washington serait d’aider le peuple afghan à recréer une « véritable Nation », lui permettant ainsi de se défendre de manière autonome et/donc à terme, engendrant le retrait définitif des troupes américaines.

Source AFP

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Cependant, malgré un très important investissement américain (60 milliards de dollars en aide notamment), l’armée afghane n’est toujours pas opérationnelle. L’exemple de Kunduz en est la preuve, avec une armée qui fuit ses positions dès les premiers accrochages.La contre offensive afghane, longue et laborieuse, a mis en avant les graves défaillances de l’armée. Cela a indirectement rappelé que neuf mois après la fin officielle des opérations militaires américaines (discours de Barack Obama le 27 mai 2014), le soutien des dernières forces américaines encore sur place malgré tout, reste indispensable pour garantir le maintien des institutions.
D’autre part, le gouvernement de Kaboul reste déchiré par de nombreuses luttes internes et le Pakistan, pays de refuge des camps d’entraînements talibans, profite de la moindre occasion pour affaiblir son voisin et même si cela doit passer par l’émergence d’un «Etat islamique local». La prise de Kunduz marque un véritable revers pour le président afghan Ashraf Gani, en poste depuis à peine un an. En effet, A.Gani, président proche des Occidentaux, a été élu notamment pour sa promesse de ramener la paix dans un pays déchiré par des dizaines d’années de guerre. Des premières négociations de paix avaient été mises en place en juillet entre le régime officiel et les rebelles mais celles-ci avaient été complètement endiguées suite à la mort du mollah Mansour.

La capture provisoire d’une «grande ville»: symbole du renforcement taliban

Les talibans n’ont eu besoin que de quelques heures pour s’emparer de Kunduz, l’une des plus grandes villes du pays (300 000 habitants). Une attaque coordonnée et rapide menée sur une dizaine de fronts par des centaines de talibans a pris par surprise les autorités militaires et le renseignement afghan. Les insurgés islamistes ont envahi des bâtiments gouvernementaux et hissé le drapeau blanc de leur mouvement sur une place du centre de la ville. Dans une vidéo diffusée sur Facebook, ils ont affirmé vouloir y appliquer la charia et la loi islamique. Parallèlement, les talibans assuraient accorder une « amnistie générale » à tout militaire qui déserteraient. C’est la première conquête depuis 2001 d’une ville de cette taille et de cette importance par la rébellion talibane.

Le chef des Talibans, le mollah Akhtar Mansour, a félicité dès le lundi soir ses combattants pour cette «grande victoire». Ce dernier, en poste depuis cet été suite à la mort du mollah Mansour, devrait pouvoir s’appuyer sur ce succès pour légitimer son élection. En effet, son statut avait été affaibli par des divisions internes et plus particulièrement par la famille du défunt Mansour qui ne l’a seulement accepté comme leader qu’à partir de mi juillet.
Dans un communiqué, les talibans ont insisté sur le fait qu’ils étaient bien conscient que leurs forces ne pourraient pas résisté sur le long terme à une importante contre-offensive et que cette opération était avant tout «une réponse à l’assertion du gouvernement afghan qui estime que nous sommes uniquement en position de force dans la zone frontalière du Pakistan».

Déploiement de Talibans dans la ville de Kunduz, abandonnée par les troupes afghanes Source: Al Emara/ site The Long War journal

Déploiement de Talibans dans la ville de Kunduz, abandonnée par les troupes afghanes
Source: Al Emara/ site The Long War journal

La prise de ce nœud stratégique (permettant de relier Kaboul au Tadjikistan voisin) a entraîné d’importants mouvements de population qui avaient pour but de fuir le régime fondamentaliste et ses miliciens islamistes.

Quelle réponse à ce nouvel échec de la politique antiterroriste américaine?

Cet accroc, associé au peu de résultats concrets en Irak dans la lutte contre l’EI, attise le débat à l’intérieur même du pays sur la conduite et la stratégie à suivre.
Alors qu’il s’expliquait devant le Sénat, le général John Campbell, commandant des forces américaines en Afghanistan, a insisté sur l’idée qu’il fallait laisser sur place «une force combattante solide afin de ne pas refaire la même erreur qu’en Irak» et ainsi limiter considérablement le risque
de revoir les Talibans revenir au pouvoir.
Cependant, la question du temps, avec irrévocablement le coût financier considérable qui l’accompagne, entre en compte. En effet, tant qu’un gouvernement et une Nation ne seront pas en état de marche, l’armée afghane ne pourra véritablement être fonctionnelle, d’où un appel à la patience par les tenants de cette idéologie malgré le spectre du néocolonialisme.

Le 15 octobre, prenant en compte les réalités du terrain, Obama s’est finalement décidé à maintenir 5500 soldats sur place jusqu’à la fin de son mandat en 2017, au lieu de 1000 hommes comme initialement prévu. Avec l’intervention en Irak depuis août 2014 contre l’EI, le président Obama léguera donc deux théâtres d’opérations très compliqués et fragiles à son successeur.

LOBEZ Clément

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