Volontaires français contre DAESH (2/2) LA TASK FORCE LAFAYETTE

Insigne de la Task Force Lafayette (source : page facebook de la TSF)

Insigne de la Task Force Lafayette (source : page facebook de la TSF)

Après l’étude du mouvement Dwekh Nawsha France et son action sur le terrain, la suite de cet article se propose de vous faire découvrir la Task Force Lafayette. Pour beaucoup, celle-ci n’est plus inconnue puisque la majorité des médias français ont couvert largement la mise en place du départ de cette unité formée d’anciens militaires français et leurs motivations. Mais pour bien les comprendre, la synthèse de leur communication auprès des médias éclaire sous de nouveaux aspects l’organisation méthodique de ces hommes qui se préparent à rejoindre le Kurdistan irakien.

Ils sont douze et tous ont en commun le service de la France durant les Opérations Extérieurs de ces vingt dernières années. Sidérés par la barbarie des actes de DAESH et les menaces d’attentats pesant encore sur notre pays, ils ont décidés de passer à l’acte et préparer leur départ au Kurdistan irakien, non pour combattre mais former les troupes kurdes aux prises avec l’Etat Islamique dans la région, en reprenant la forme d’enseignement des troupes françaises en Afghanistan, les OMLT (Operational Mentoring and Liaison Teams), auquel certains d’entre eux ont participés au sein de la Task Force Lafayette, brigade française déployée en Kapisa de 2008 à 2012, d’où la reprise de ce nom pour leur mouvement. Mais qui sont vraiment ces futurs formateurs des peshmergas ?

Profil des volontaires de la Task force Lafayette

La dizaine de volontaires s’est formé par connaissances, et Gecko, l’initiateur du projet, précise, dans un reportage du Figaro, que le recrutement ne se fait uniquement par cooptation, que tous ont servis avec l’un des membres du groupe en OPEX. Si la majorité est composée d’anciens militaires, d’autres servent encore dans l’armée et ont décidés de démissionner ou de poser leurs congés sans solde. La communication du mouvement insiste longuement sur les confessions religieuses des volontaires, juifs, chrétiens, musulmans et athées. Autre point fort communiqué, le fait que plusieurs d’entre eux sont pères de famille et qu’ils ont décidés de tout quitter pour cette mission, par sens du devoir.

La majorité des membres du groupe ont accordés des entretiens aux médias qui permettent de mieux les connaitre. Agés d’entre 23 et 50 ans, ils sont entre autre deux bretons, un toulousain, un bordelais. Voici leur profil :

  • Gecko, originaire de l’Est de la France. Spécialisé en télétransmissions, il a combattu en Afghanistan avant de quitter l’armée il y a quelques mois (I Télé, Le Figaro, LCI)
  • Aksel, originaire de Normandie. Trentenaire, célibataire, sans enfants, 9ans de service au sein de l’Armée de terre, nombreuses OPEX dont l’Afghanistan (Paris-Normandie.fr)
  • Ach, ancien parachutiste (Europe 1)
  • X, 23ans, a effectué une mission de contre-piraterie au large de la Somalie au sein des groupements d’intervention de la Marine Nationale.
  • X, 50ans, vétéran d’Irak en 1993.
  • Cass, femme d’un ancien militaire.
  • Un franco-américain vétéran de l’US Army.
  • Nova, aucune information le concernant (Planet.fr)

Spécialités : mécanique, armement, déminage, infirmier, contre-terrorisme et libération d’otages, sniper.

Corps d’origine : Forces Spéciales, Parachutistes, Légion Etrangère, Armée de l’Air

Naissance du projet et mise en place

Dans un entretien accordé au Figaro, Gecko explique la création de la Task Force Lafayette :

« Le projet se concrétise en juin 2015. À l’aide d’un ami parti faire de l’humanitaire au Kurdistan, il parvient à rentrer en contact avec le chef d’une unité kurde qui commande 120 soldats. Tout commence par un échange sur Facebook, le jour de la fête de la musique: «Bonjour, je vous contacte car des collègues et moi voudrions nous engager en tant que volontaires. Nous sommes tous d’anciens militaires. Peut-être pourriez-vous nous aider?» La réponse arrive quelques heures plus tard: «Vivez-vous en France? Quelle est votre expérience militaire?» Parmi les nombreux messages qu’échangent les deux hommes, Gecko explique sa démarche: «L’État islamique nous a attaqués en France en janvier dernier et a tué 17 innocents (…) Nous ne pouvons pas les laisser gagner (…) Entre 1000 et 1200 Français ont rejoint le groupe terroriste. Nous voulons montrer au monde entier que tous les Français ne sont pas comme ça». La conversation se poursuit sur les démarches administratives (on leur procurera un visa), les uniformes à apporter et le drapeau français «qu’il ne faudra pas oublier». »

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2015/09/25/01003-20150925ARTFIG00204-d-anciens-soldats-francais-s-organisent-pour-partir-combattre-daech.php

Préalablement à la préparation de leur départ, ces professionnels ont voulus entrer dans un cadre de complète légalité et de collaboration avec les services antiterroristes. Si le ministère de la Défense et de l’Intérieur n’ont répondus à aucun média leur soutien ou non au groupe, les différentes interviews de Gecko en disent plus. S’il nie un soutien de la part des autorités et de l’armée, il reconnait des contacts avec la DGSI et la DGSE, inquiets d’en savoir plus sur leurs intentions, et que si ces organes du renseignement ne les soutiendront pas ouvertement, ils maintiendront un contact permanent sur place via le consulat de France d’Erbil. L’autre volet de la préparation est juridique, avec l’emploi d’un avocat pour pouvoir répondre à leurs deux interrogations primordiales : celle de ne pas être considérés comme des mercenaires et de l’éventuelle poursuite judiciaire par les familles de djihadistes français qu’ils pourraient rencontrer et tuer sur place. Dans un entretien à Causeur, Gecko souligne qu’ils seront uniquement engagés au Kurdistan irakien et qu’ils n’iront pas en Syrie, insistant sur le fait qu’ils ne font pas de politique.

Sur place, déjà trois des membres du groupe font du repérage depuis la fin septembre, pour prévoir les logements et l’éventuelle chaine d’évacuation en cas de blessure. Si tout se passe bien, l’équipe décollera d’Allemagne pour Erbil ou Souleymanieh en décembre prochain, un voyage à leurs frais. La mission qu’ils prévoient doit se dérouler sur une durée de quatre à douze mois maximum. Après deux semaines d’acclimatation, ils seront mis à la disposition de l’Asayesh, les services de renseignements et de police kurdes, auprès desquels ils signeront de non-rémunération, afin de ne pas être assimilés à des mercenaires. Pris en charge par les services kurdes pour le gîte et le couvert, ainsi que pour l’armement nécessaire pour dispenser leur formation. Parmi leurs préocupations, celle de l’impact de leur engagement est abordé par Askel, l’un des volontaires, dans une interview accordé le 25  septembre à un journal normand : « envisager l’après, ouvrir les discussions avec les peuples pour éviter ce qui s’est passé en Afghanistan ou en Irak avec l’arrivée de nouveaux groupes terroristes. » (Source : Paris Normandie.fr). A leur retour, ils seront pris en charge par la DGSE pour un débriefing.

Communication et financement

Leur stratégie de communication est rodée et bien mise au point. S’ils ont accordés des interviews à beaucoup de médias, leur anonymat n’est jamais dévoilé. Visages couverts d’une cagoule ou dans l’ombre, pseudonymes, les informations les concernant sont vagues. Ils communiquent beaucoup sur leur dissociation des milices de Dwekh Nawsha, où sert d’autres volontaires français et sur leur côté apolitique et areligieux. Au-delà des médias, leur communication s’axe sur une page Facebook comportant à l’heure actuelle plus de 24000 j’aime et de très nombreux messages de soutien. Pour leur communication une fois sur place, ils ont prévu de filmer leur quotidien avec des GO PRO.

L’observation de leur page sur les réseaux sociaux, permet de constater très facilement que la majorité des messages concerne des demandes de militaires ou d’anciens militaires pour rejoindre le groupe. Si leur stratégie par cooptation exclus le recrutement direct, ils demandent tout de même aux volontaires potentiels d’envoyer un CV précisant leur parcours militaire au cas où ouvriraient le recrutement par la suite. Cependant, beaucoup de ces demandes comportent souvent des considérations religieuses ou politiques, et les membres de la TSL refusent catégoriquement toutes personnes partant pour la croisade, ainsi que toutes propositions de financement d’organisations politiques ou religieuses. N’ont-ils pas choisis la Marianne pour emblème ?

Pour financer le coût de l’opération estimé à 2800 euros par membre du groupe, pour le matériel de protection balistique et de transmissions, ils ont créés un site de donation en ligne (https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-task-force-lafayette) sur lequel ils ont déjà recueilli quelques 30 000 €.

L’appât de l’argent déployé autour du groupe a apparemment convaincu un individu malfaisant de créer un faux site homonyme incitant également au don (http://taskforcelafayette.com/). Sur celui-ci, les dernières publications, deux extraits d’articles sur l’Etat Islamique en Irak, remontent à juillet et août dernier. Un PDF pompeusement nommé « dossier de presse » présente en sept pages l’action de la TFL mais fait surtout la part belle au RIB demandant des dons. De plus, la description du site est totalement erronée, expliquant que le groupe doit combattre directement sur la ligne de front. Signalé à plusieurs reprises par la page Facebook du mouvement, il s’avèrerait bien que ce site est un faux visant à détourner des fonds.

Fruit d’une organisation méthodique mise en place par des hommes et femmes d’expérience ayant une vision rationnelle de leur mission, la naissance et la mise en place du projet de la Task Force Lafayette présente donc tous les éléments nécessaires pour la réussite, ne serait-ce que pour le bon déroulement de leur présence sur place. Même s’il est permit de s’interroger sur la réceptivité de leurs futurs élèves kurdes et sur les difficultés importantes de compréhension auprès de ceux-ci, la poursuite de la mission sera à suivre avec attention à partir du mois de décembre.

Antoine Carenjot

https://fr.linkedin.com/pub/antoinecarenjot/60/910/29

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s