VOLONTAIRES FRANÇAIS CONTRE DAESH, UN PHÉNOMÈNE À DÉCRYPTER. 1/2 DWEKH NAWSHA FRANCE

Insignes des unités de volontaires de Dwekh Nawsha France (site Dwekh Nawsha France)

Insignes des unités de volontaires de Dwekh Nawsha France (site Dwekh Nawsha France)

Depuis le mois de septembre dernier, les médias se font l’écho de la volonté et l’engagement d’anciens militaires français aux côtés des forces kurdes combattant l’Etat Islamique dans le Nord de l’Irak. Deux groupes identifiables se détachent au sein de ces forces. S’ils ont en commun l’expérience des nombreuses Opérations Extérieures menées par la France depuis la guerre du Golfe jusqu’à l’Afghanistan et le Mali, leurs motivations sont souvent bien différentes.

Si le nombre total de ces volontaires reste indéterminé, alors que les médias avancent des chiffres souvent bien relatifs, déjà sur place ou s’apprêtant au départ, il convient d’observer, via la presse et la communication interne de ces mouvements que la conception de leur mission sur place est vue de manière différente.

Avec l’expansion de la zone contrôlée par l’Etat Islamique au cours des premiers mois de l’année en Syrie, en Irak et au Kurdistan, les initiatives de volontariat pour intégrer les mouvements locaux combattants n’ont cessées de se développer. Si les britanniques et les américains représentent la majorité des volontaires, dès le mois de juillet 2015, il convient de souligner que tous les mouvements français se sont tous développés après les attentats de janvier sur le sol métropolitain. Si au niveau institutionnel, le choc provoqué par les actes des frères Kouachi et Coulibali a conduit à la mise en place de l’opération Sentinelle en France et le déclenchement de frappes aériennes sur les soldats de DAESH en Irak et en Syrie, nombre de militaires français ou vétérans sont arrivés à la même constatation : si l’Etat se refusait à les envoyer sur le terrain, ils le feraient par leurs propres moyens.

Les premiers engagements ont lieu au sein des Unités de protection du peuple kurde, le YPG, dans le courant de l’été. Leur zone d’opération : la frontière turco-syrienne, notamment la ville de Tell Abyad, libérée par les milices kurdes à la mi-juin. C’est dans cette ville que Le Figaro, dans un article du 29 septembre était entré en contact avec les trois seuls français présents sur la zone, engagés directement dans les combats.

Les volontaires de Dwekh Nawsha France 

Si le nombre des français combattants au sein du YPG est extrêmement restreint, il convient de souligner qu’ils sont les seuls français ayant réellement, pour le moment, combattus contre DAESH. Parmi les deux mouvements représentés au Kurdistan irakien, Dwekh Nawsha France, créé après le lendemain des attentats de Charlie Hebdo. La chronologie de leur engagement et leur évolution progressive diffusé sur leur site internet est particulièrement intéressante. Si le premier volontaire est recruté en avril 2015, il faut attendre fin août-début septembre pour la création de deux unités de combats : l’Assyrien French Legion et le Bataillon Beaufort. Le 21 septembre, leurs premiers éléments débarquent sur la zone des combats et cinq jours plus tard est créé la troisième unité, l’Isis Hunting Team 732. Selon nos informations, celle-ci ne comporterait que deux volontaires pour le moment.

Mais quel est ce mouvement dans lequel ils servent ? Créé en France sans contact préalable avec leur pendant kurde, Dwekh Nawsha France reprend le nom d’une fraction armée minoritaire chrétienne crée en août 2014 par le Parti patriotique assyrien. Non intégrés aux Pershmergas, leur seul objectif est la protection de la région de Bakufa, petit village de la plaine de Ninive, berceau du christianisme irakien. A treize kilomètres au nord et éloigné de la zone des combats, dans le hameau de Sharafya, sont installés 11 étrangers dont 5 français.

Parmi eux, Gregory R, 42ans, polonais naturalisé français après 10 ans de service au 2ème Régiment Etranger de Parachutistes de Calvi. Déployé sur plusieurs Opérations Extérieures, notamment en Ex-Yougoslavie et en Afrique, puis ayant travaillé dans des sociétés privées de sécurité, il est interviewé par les reporters de BFM TV le 9 octobre dernier. Le reportage permet d’appréhender leur quotidien. Installés dans une ancienne clinique à l’abandon sans périmètre de sécurité particulier et dans plusieurs maisons, les volontaires sortent sans escorte pour se ravitailler dans l’épicerie du hameau. Les habitants semblent rassurés. Pour le moment, toute participation active aux combats leur est interdite par les irakiens, qui craignent, en cas de mort de l’un d’entre eux, l’enveniment des relations diplomatiques avec les pays d’origine de ces combattants étrangers.

De la croisade

Toutes les interventions auprès des médias de ces volontaires, sur le terrain, mettent en avant les mêmes mots d’ordre : lutte contre la barbarie, croisade, défense de la chrétienté. Ils partagent idéologiquement les idées des kurdes de Dwekh Nawsha. Cependant, malgré les interventions structurées des combattants étrangers, que nous ne jugerons pas compte tenu de leurs états de service, les communicants, en France, ont énormément de mal à parvenir à une ligne de conduite clairement établie. Il est notamment précisé que tous les volontaires peuvent intégrer leur groupe, même sans aucune expérience militaire, et sans discrimination de confession ou d’opinion politique. Divisés en catégories de membres, l’une de celles-ci, appelée « Armée de l’ombre » éclaire l’aspect profondément flou de la direction idéologique et stratégique de DNF et l’aspect irréaliste de leurs aspirations :

En réponse aux attentats de janvier, nous avons créé DNF. Notre but créer une armée de l’ombre réunissant tous les francophones de culture Chrétienne de 18 à 118 ans. Nous allons poursuivre DAECH jusque derrière leurs PCs. Nous vous formerons et vous disposerez de tous les outils pour travailler. Vous aurez un grade et serez commandé. Les grades : Tout le monde commence comme communicant. Une fois quelques épreuves réalisées vous intégrerez notre armée de l’ombre. Vous commencerez au plus bas de l’échelle : 2éme classe. Il y aura tous les grades de l’armée française. L’image : Ils auront des uniformes suivant le corps d’armée, des drapeaux, des médailles et des grades […] Le but de cette armée : Créer un front virtuel contre DAECH qui regroupe l’ensemble des forces francophones dans le monde. Les effacer du web, les concurrencer dans chaque domaine. Là où ils sont, nous y serons. Promouvoir l’humour de Charlie (Section Charli’s not dead), créer des faux sites de recrutement pour DAECH, repérer des terroristes en puissances pour pouvoir les repérer et les signaler. Pouvoir être partout avec une petite touche « génération identitaire du web ». Il aura le recrutement via un formulaire de contact hyper détaillé. La stratégie : Continuer sous le nom de DNF, mais ne plus prendre part à la gestion militaire. Continuer le combat, mais avec une armée online. En parallèle, créer un site et un groupe, et transférer les ressources de DNF vers « L’armée des ombres du net ». DNF nous servira de vivier pour le moment, mais rapidement nous prendrons la main en termes de visibilité. J’hésite sur 2 références Résistance française ou Croisades. Je penche plus sur Croisade. Le rêve : Dans 5 ans, être capable avec les hackers et de couper l’électricité de Racka. Dans 10 ans, être reconnus comme d’utilité publique. Dans 15 ans, prendre le contrôle d’une attaque massive de drones.

Source : site Dwekh Nwasha France http://www.dwekh-nawsha-france.com/

S’il est permis de s’interroger sur les propos précédents, le projet de troisième unité de DNF à partir sur le terrain peut créer encore plus de questionnements, à la lecture de l’ordre du jour diffusé sur les réseaux sociaux du « commandant » (sous pseudonyme) de cette unité au nom évocateur de l’orientation idéologique de ses membres : l’Unité 732.

« I know that fighters on site are struggling with french due to the actions of our government and some on area but we are not all the same. Unit 732 is primarily a unit of experienced fighters, we are apolitical and do respect all religions. Our enemy is common, Isis is the Nazism of our century and we must all unite to eradicate it. This is not the fight of our children but ours. We seek no honors or medals. And we must do our duty soldiers. The unité732 is only composed of former soldiers, all experienced, all that experienced conflict (Yougoslavia, kosovo, Afghanistan, Africa). We are not simply people looking for action. We must defend our freedom together.

This is OUR fight. Peter Quill, Commander of the Unit 732,Assyrian/french Legion

Un projet à poursuivre ?

Devant l’inaction forcée des éléments de Dwekh Nawsha France arrivés au Kurdistan, de par la volonté même des kurdes auprès desquels ils souhaitent combattre, il est judicieux de se demander quelle est l’utilité de l’envoi d’un plus grand nombre de volontaires, tout du moins dans une mission de combat. L’autre difficulté est aussi la barrière de la langue, les pershmergas parlant en général le Kurmanji et aucune autre langue.

Si le volet combattant est pour le moment uniquement représenté par DNF et ses cinq français, déjà sur le terrain, un autre mouvement, créé plus récemment, la Task Force Lafayette, n’est pas encore sur le terrain et a pour but non pas le combat mais la formation des forces kurdes. Ce sujet sera traité dans la deuxième partie de cet article.

Antoine Carenjot

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