Yémen: un territoire en pleine instabilité

La situation politique au Yémen est aujourd’hui très floue et complexe. Le conflit, présent depuis 2014 dans ce pays de 27 millions d’habitants et situé au sud est de la péninsule arabique, est monté en intensité depuis le début de l’année 2015. En effet, depuis que le président yéménite Abd Rabo Mansour Hadi a été contraint de quitter sa « capitale provisoire » Aden, le 25 mars 2015, suite à la progression et pression houthiste, le désordre est total.

Le « coup d’état » houthiste

Les houthistes sont une branche minoritaire du chiisme qui représente 42% de la population yéménite. Ce mouvement, créé en 1994, demande plus d’autonomie et dénonce sa marginalisation. Principalement situé au Nord-Ouest du pays, autour de Saada, ces milices sont entrées en conflit avec le gouvernement Yéménite dès 2014. En septembre 2014, profitant d’un appui de la population dans le Nord du pays, le mouvement des « Déshérités » s’empare d’une partie du littoral ouest et de la capitale Saana. Dès janvier 2015, elles renversent le président Abd Rabo Mansour Hadi, homme en poste depuis février 2012 qui se devait de gérer la transition démocratique et créer une nouvelle Constitution. Ce dernier se retrouve par conséquent obliger de fuir dans le sud du pays, à

Source: AFP/ Mohammed Huwais

Miliciens houthistes en avril 2015 à Sanaa Source: AFP/ Mohammed Huwais

Aden, suivi de près par les troupes houthistes qui s’emparent de nombreux pans du pays (notamment du sud ouest avec la prise de Taez). En mars 2015, suite à une dernière offensive du mouvement chiite sur Aden, port à la fois port stratégique mais aussi deuxième plus grande ville du Yémen, le président Hadi doit se réfugier dans la capitale saoudienne, Riyad.

Ces milices seraient soutenues par l’Iran. De nombreux dirigeants sunnites accusent notamment ce dernier de chercher à  rééditer l’expérience du Hezbollah libanais au Yémen.

Création d’une véritable coalition arabe

Elle est composée de 9 Etats arabes et principalement menée par les Saoudiens en pointe de lance. Tout d’abord, depuis fin mars et l’arrivée du président yéménite Hadi sur son sol, l’Arabie saoudite et ses alliés sunnites, ont lancé une vaste contre-offensive nommée « tempête décisive ». Cette coalition comprend 9 Etats : l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Qatar, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie, les Emirats Arabes Unis, le Soudan et enfin le Maroc. Celle-ci se traduit par de nombreux raids aériens très meurtriers, sur la ville de Taez (3° plus grande ville du Yémen) mais aussi la capitale Saana. Le principal but de l’Arabie Saoudite est de protéger sa frontière sud (qui aurait été violé plusieurs fois par les « rebelles » selon elle) et de stopper l’influence iranienne sur la région.
Cependant depuis le début de mois de septembre, les monarchies du Golfe arabo-persique se sont impliquées plus fortement dans le conflit avec la mise en place d’une intervention militaire terrestre. « Une nouvelle phase plus meurtrière se prépare » selon April Longley, spécialiste du Yémen à l’International Crisis Group.

Membre de la coalition sunnite et leurs investissements respectifs (officiels) Source: site Le Monde

Membre de la coalition sunnite et leurs investissements respectifs (officiels)
Source: site Le Monde

En effet, un corps expéditionnaire d’environ 5000 hommes a été constitué afin de faire reculer les miliciens houthistes. Cela est un vrai basculement dans la stratégie militaire de l’alliance sunnite puisqu’auparavant, la coalition agissait par le biais des troupes anti-houthistes, qu’elles armaient et entraînaient. Ces dernières, très hétéroclites, regroupaient à la fois des troupes encore fidèles à l’ancien président Hadi, des milices tribales mais aussi des factions islamistes. Devant le manque de résultat concret, les pays du CCG (Conseil de Coopération du Golfe) ont donc revu leur stratégie à la hausse. L’objectif à long terme de la coalition est de reprendre Sanaa, la capitale du pays.

La menace djihadiste profite du désordre et du vide laissé par les combats

AQPA a pu renforcer son influence dans le sud du pays. Malgré le fait que les États-Unis mènent une campagne contre la principale branche d’Al-Qaïda, et ce depuis 2001 (assassinat de Nasser Al-Wahishi en juin 2015, numéro 2 d’Al-Qaida au niveau mondial), cette dernière a pu renforcer son influence dans le sud du pays. Ils ont été des membres de fait, dans ce combat interreligieux, d’une nouvelle coalition hétéroclite regroupant les forces régulières, des commandos émiratis et saoudiens, des séparatistes sudistes et des groupes tribaux. Ils ont ainsi pu bénéficier de distributions d’armes alors que le gouvernement cherchait à contrer l’avancée des rebelles. Les djihadistes en ont profité pour construire des camps d’entraînement au Nord d’Aden (environ 300 combattants y seraient entraînés) et consolidés leur contrôle de la province orientale de l’Hadramaout, où AQPA a capturé la ville portuaire de Mukalla en avril 2015.

Zones d'occupations des différents acteurs fin septembre 2015

Zones d’occupations des différents acteurs fin septembre 2015

Parallèlement, l’EI profite du chaos pour mener de nombreux attentats visant fidèles et mosquées chiites de Sanaa depuis mars. Le groupe extrémiste sunnite a notamment revendiqué un double attentat début septembre ayant fait plus de 30 morts et 100 blessés dans une mosquée à Sanaa.

Selon un rapport publié par Amnesty international qui a demandé à l’ONU d’ouvrir une enquête pour « crimes de guerre », les deux partis (à la fois houthistes mais aussi fidèles du président Hadi) mèneraient notamment des attaques depuis des zones civiles (près d’hôpitaux, écoles…) en usant d’armes imprécises. Cette guerre qui est loin d’être terminée, aurait déjà fait au moins 5 000 morts et 25 000 blessés, dont de nombreux civils, selon l’ONU.

LOBEZ Clément

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