L’agro-industrie: un modèle à remettre en question

Stopper la faim dans le monde ! Aujourd’hui, cet argument est utilisé à toutes les sauces, notamment par les multinationales agroalimentaires ou encore des structures non gouvernementales. Intéressons-nous à la première citée. En effet, le modèle agro-industriel est de plus en plus remis en cause aujourd’hui.

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source: ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie

Aurélie Trouvé, maitre de conférence en économie et spécialiste des questions agricoles et alimentaire, démontre dans son livre, Le business est dans le pré, en quoi les politiques favorisant l’agro-industrie se révèlent être destructeur d’emploi et menacent la santé publique et l’environnement. En effet, aujourd’hui, les multinationales n’ont de cesse d’accroître leur mainmise sur l’ensemble du secteur agricole, contrôlant les terrains, les semences, le négoce en matière première ainsi que plusieurs filières de production.  La France, bien qu’étant perçue comme une puissance agricole, fait face à de multiples problématiques au sein de ce secteur. Les conditions des agriculteurs sont extrêmement précaires (rappelons qu’un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, les dérégulations du marché  étant un des facteurs explicatifs de ce phénomène morbide), la  pollution des sols (cf. carte ci-dessus) interpelle, de même que l’importation de produits potentiellement dangereux (maïs ou soja transgénique…). De plus, depuis de nombreux moi l’Europe et les Etats Unis discutent « en secret »[1] d’un projet d’accord commercial transatlantique nommé TAFTA (Trans-Atlantic Free Trade Agreement) et concernant des domaines extrêmement variés comme la sécurité alimentaire, l’accès au médicament ou encore le règlement des différents entre le privé et le public. Ce traité pourrait à terme conduire à une diminution des réglementations, et une pénétration plus importantes des multinationales américaines sur le marché européen au dépend des exploitants agricoles.

Bien évidemment, ce phénomène touche l’ensemble de la population mondiale. Au niveau sanitaire, nous observons aujourd’hui une diminution des régimes simples et traditionnels au profit de produits hautement transformés qui représentent plus de la moitié des ventes mondiales. Cela entrainant des répercussions directes sur la santé : en 2011, les maladies non transmissibles (maladies cardio vasculaire, respiratoires, les cancers, le diabète) auraient provoqué la mort de 36 millions de personnes. Dans 80% des cas, ces décès sont prématurés, c’est-à-dire qu’ils concernent des individus de moins de 70 ans. De même, ces décès sont observés dans les pays à faible et moyen revenu (4 individus sur 5). L’OMS estime qu’une baisse de la consommation d’aliments produits par l’agro-industrie (riches en sucres, sels et graisses) permettrait d’éviter près de la moitié de ces décès (alcool, tabagisme et pollution étant les autres principaux facteurs).

A qui appartient la planète?

La question sanitaire n’est pas le seul souci. L’investissement foncier à grande échelle qualifié par certains d’accaparement des terres est un problème important à mettre en lumière. En effet, ce phénomène, relativement ancien, ne cesse de prendre de l’ampleur. On parle généralement d’accaparement lorsque des terres sont acquises au détriment et en violation des droits humains. L’augmentation des prix des denrées alimentaires et la demande en énergie toujours plus croissantes (agro-carburants) font de la terre un investissement rentable aussi bien à court terme qu’à long terme. Or, ces investissements à grande échelle concernant majoritairement les continents Africain et Asiatique (en 2012, le Mali a mis en vente près de 6000 ha de terrains pour des investisseurs privés ou publics), se font au dépend de communautés rurales qui perdent ici leurs moyens de subsistance. Les populations les plus pauvres et démunis se retrouvent touché de manière directe et violente par ce phénomène. En effet, notons que ces investisseurs ignorent les impacts sociaux et économiques induits par leurs transactions foncières. Les terres dites arables figurent parmi les biens les plus inégalement répartis sur la planète. Dernièrement, différentes ONG ont critiqué la NASAN (Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition) créé par le G7. Ce programme, censé lutter contre l’insécurité alimentaire en Afrique a accéléré le processus d’accaparement des terres sur ce continent.

Aujourd’hui, l’agro-industrie soulève de réels problèmes qu’ils soient sanitaire où socio-économique et ce à l’échelle planétaire ; ce mode de fonctionnement a atteint des limites bien trop importantes. Nous voyons très clairement que l’initiative politique et législative au niveau des États ou des instances internationales est relativement limitée quant à la résolution de ces problèmes.

Thierry Marsais

[1] Au moment des élections européennes près de 6 français sur 10 déclaraient n’avoir jamais entendu parler du traité.

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