Haïti : une gestion humanitaire contestée

La situation en Haïti est encore loin d’être résolue. De multiples polémiques mettent en exergues les nombreux problèmes auquel ce pays doit faire face dans sa lente reconstruction.

Le séisme en Haïti est survenu le 12 janvier 2010. Ce dernier d’une magnitude de 7.1 sur l’échelle de Richter entraina un bilan humain catastrophique pour l’un des Etats les plus pauvres au monde. Environ 200 000 morts furent comptabilisés ainsi que 300 000 blessées et 1.2 million de sans-abris. Malgré une aide internationale de grande ampleur, de nombreux problèmes survinrent à la suite de cette catastrophe naturelle (problèmes logistiques, sanitaires et sécuritaires). Cela fait maintenant cinq années que le pays est en reconstruction. La question mérite d’être posée. Au vue du gigantesque capharnaüm médiatique et politique, l’aide à ce pays fut-elle réellement efficace ?

L’aide humanitaire en Haïti dans son organisation et son fonctionnement fut pointée du doigt et remise en question. Ne remettons pas en question la nécessité de cette aide, ni la volonté des organismes à vouloir secourir, mobiliser et reconstruire. Il ne faut pas décrédibiliser les actions positives. Cela dit, plusieurs problèmes peuvent être ciblés. Dans son ouvrage « L’échec humanitaire ; le cas haïtien » (CETRI, Louvain-la-Neuve, 2013), le chercheur Frédéric Thomas tente de mettre en évidence en quoi l’aide humanitaire est à la fois l’un des symptômes et l’une des causes des problèmes d’Haïti. Il explique en quoi ce pays est dépendant de l’aide internationale tout en soulignant que la communautaire internationale a participé à cet état de faits. Cela donnant l’impression d’une situation d’urgence qu’on ne cesse de reproduire. De plus, la surabondance d’aide se fait au dépend de l’économie locale. C’est le cas par exemple de la production agricole locale qui est touchée par la distribution désordonnée de nourriture. Or, les infrastructures agricoles ont été relativement peu impactées par le tremblement de terre. Les producteurs et importateurs locaux sont découragés car ils ne peuvent pas suivre le rythme de l’acheminement d’aide humanitaire (coût de production et d’importation trop important).

Après le tremblement de terre, près de 10 000 ONG sont intervenues en Haïti, cela allant des grosses structures d’aides à de petites organisations regroupant quelques personnes. Les premières citées sont généralement pointées du doigt dans leurs interventions. Logique de concurrence, écrasement de certaines structures sur d’autre, surexposition médiatique, organisation budgétaire (dépenses, salaires…) ; voici quelque exemples des critiques auxquelles les ONG doivent faire face. En juin 2015, une enquête, réalisé par l’agence Propublica et la Radio Publique Américaine a remis en question l’action de la Croix rouge américaine sur le sol haïtien. Les journalistes ont notamment tenté de démontrer l’échec de l’ONG dans sa volonté de reconstruction de maison par manque de main d’œuvre suffisamment qualifiée, manque de connaissance de la réalité économique haïtienne, ou encore par manque de planification.

Polémique autour de l’intervention militaire

Dispensaire prévu uniquement pour les malades du choléra dans le but d'endigué la propagation de l'épidémie (photo: MINUSTHA/ Logan Abassi)

Dispensaire prévu uniquement pour les malades du choléra dans le but d’endigué la propagation de l’épidémie (photo: MINUSTHA/ Logan Abassi)

Outre le dossier de l’humanitaire, l’intervention des casques bleues en Haïti (MINUSTHA établi en juin 2004) s’est également retrouvée au cœur d’un scandale. Quelques temps seulement après les révélations d’abus sexuel en Centrafrique, les casques bleus se retrouvent cette fois-ci impliqués dans une affaire d’exploitation sexuelle. Un rapport de l’OIOS[1], datant du 15 mai dernier, explique que 231 femmes haïtiennes auraient eu des relations sexuelles avec des soldats de la force onusienne en échange de biens matériels et/ou de services. Le rapport cite notamment « la faim, le manque d’abris, la pénurie de produit de première nécessité et de médicaments » comme étant des « facteurs déclenchant ». Ce n’est pas la première fois que les casques bleus se retrouvent impliqués dans un scandale en Haïti. En 2006 déjà, des soldats avaient été accusés d’obliger les femmes à avoir des rapports sexuelles en échanges de nourritures, de vêtements ou de médicaments. En 2010, des études démontraient l’implication d’un contingent de casques bleus népalais dans la propagation du choléra en Haïti qui avait provoqué la mort de plus de 8000 personnes. Bien que l’ONU ait nié son implication, cette affaire avait quelque peu terni son image.

On constate aujourd’hui qu’Haïti a d’énormes difficultés à se relever. Bien évidemment, il faut nuancer. L’aide humanitaire est extrêmement difficile à mettre en place. Il faut cependant savoir se montrer critique quant à la réalité des interventions et poser la question d’une réelle efficacité sur le terrain. Quant à l’intervention onusienne, le type de problème évoqué précédemment reste récurent. Bien que des stratégies soient mises en place pour tenter de les endiguer, la gestion de ces affaires, le contrôle des forces d’interventions, les temps d’enquêtes (16 mois en moyenne) soulèvent de nombreuses critiques.

Thierry MARSAIS

[1] Office of Internal Oversigth Service

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