Les Philippines dans le conflit des massifs de Scarborough

En conflit avec Taïwan, la République populaire de Chine et la Malaisie à propos des îles Spratleys, les Philippines ont également de lourds désaccords avec la Malaisie à propos de l’État de Sabah. Ici nous nous proposons de nous arrêter sur une autre zone de tension : celle du récif de Scarborough.

(c) DR

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Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que les Philippines sont un pays en plein développement économique. Avec un taux de croissance de 6% en 2012, les philippins comptent désormais parmi les nouveaux tigres de l’Asie. Cet archipel de 7107 îles est bordé à l’est par la mer des Philippines, à l’ouest par la Mer de Chine méridionale et au sud par la mer de Célèbes.

Le secteur touristique est florissant dans cette région, faisant des Philippines une destination prisée, malgré la présence perpétuelle de menaces climatiques (catastrophes naturelles ou cyclones). Le climat social actuel est clame et optimiste ce qui favorise la croissance. Cependant, même si l’hyperprésidence donne une image de confiance et de stabilité à l’économie (auquel s’ajoute un effort considérable dans les discours et dans la pratique d’une politique contre la corruption), la corruption, la prostitution, les révoltes armées préoccupent encore très largement le pays. Le système économique reste encore très inégal, creusant un fossé énorme entre les riches et les pauvres.

Le récif de Scarborough est situé dans le centre-est de la mer de Chine méridionale, au large de l’île philippine de Luçon. Il s’agit d’un atoll, de forme triangulaire, qui possède un lagon d’une superficie d’environ 150 km². Il est presque intégralement recouvert à marée haute. Il est aujourd’hui revendiqué par la République populaire de Chine, les Philippines et Taïwan. Ce sont les eaux environnantes qui les intéressent. Elles sont des voies de passage pour plusieurs routes commerciales et abritent d’importantes zone de pêche.

Pour Manille, l’argumentaire est simple : situées à 220 kilomètres des côtes philippines, elles font, de fait, l’objet d’une exploitation par le pays depuis son indépendance. Mais Pékin n’est pas en reste, et exhume des textes historiques pour soutenir que des Chinois ont exploité la zone depuis le 13ème siècle. En 1935 justement, la première République de Chine en prend officiellement possession, l’atoll faisant partie de sa sphère d’influence et étant utilisée depuis des siècles par des pêcheurs chinois. Avec la proclamation de la République populaire de Chine sur le continent et le maintien de la République de Chine sur Taïwan en 1949, ces deux pays poursuivent leurs revendications sur l’atoll. Et le bras de fer s’est considérablement tendu depuis 2012. Des navires chinois interdisent désormais aux bateaux de pêcheurs philippins d’accéder à la zone. Depuis 2012 donc, suite à une opération militaire de sa marine, l’armée chinoise occupe ce récif.

Malgré plusieurs décennie de consultations, de contestations et de débats au sujet d’un atoll inhabité, Manille et Pékin continuent à se disputer autour de la question. Les Philippines ont tenté toutes les formes de médiations, qu’elles soient politique ou diplomatique, dans un objectif de négociation pacifique. Son différend avec la chine ne semble pas se calmer. Le ministre philippin des affaires étrangères, Albert del Rosario, avait annoncé à la presse la décision de son pays de faire appel à un tribunal arbitral dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). « A plusieurs reprises, depuis 1995, les Philippines ont échangé avec la Chine pour régler pacifiquement ces différends. A ce jour, une solution est encore loin. Nous espérons que la procédure d’arbitrage aboutira à une solution durable », a-t-il ajouté. La procédure s’applique également à une partie de l’archipel des Spratleys, au sud-est. Manille demande notamment au tribunal de déclarer « que les revendications maritimes en mer de Chine méridionale (…) sont contraires à la CNUDM et nulles », et de demander à la Chine « de cesser les activités qui violent les droits des Philippines dans son domaine…

De nos jours, les pêcheurs chinois servent souvent de pions sur l’échiquier des mers de Chine. Les autorités chinoises continuent en effet de revendiquer la souveraineté de l’intégralité de la mer de Chine méridionale tandis que pour Manille, nous sommes là dans la « mer de l’ouest des Philippines » et ces hauts fonds font partie de la zone exclusive maritime des Philippines puisque le récif de Scarborough se trouve à 140 milles nautiques à l’ouest de Luçon, la principale île de l’archipel philippin. L’histoire n’est en réalité pas nouvelle. Les mers de Chine et particulièrement la mer de chine méridionale ont toujours été agitées ; ces îlots dépeuplés de civils mais truffés de bases militaires faisant l’objet d’escarmouches depuis des années entre les marines et les pêcheurs des pays voisins -Philippines, Vietnam, Malaisie et surtout la Chine. Le poids militaire de la RDPC est largement supérieur aux trois autres. Du coup, les pays du sud-est asiatique se rapprochent des Etats-Unis. Des exercices conjoints aux marines américaines et philippines ont eu lieu et Manille a demandé l’aide de Washington.

Comprenons avant tout que les Philippines entretiennent des relations privilégiées avec les Etats-Unis, où réside la plus importante communauté philippine expatriée (près de trois millions de personnes). 400 000 ressortissants américains, dont une majorité de binationaux, résident dans l’archipel. Les deux pays sont liés par un accord de défense mutuelle en cas d’agression militaire, signé en 1951. Les relations avec Pékin sont contrastées. La Chine est le troisième partenaire commercial des Philippines, après les États-Unis donc et le Japon. Manille souhaiterait établir un dialogue stratégique avec la Chine, mais cette évolution est compromise par la préoccupation qu’inspirent les ambitions chinoises dans la région et la question récurrente des différends territoriaux (îles Spratleys et le massif des Scarborough). Manille a demandé en janvier 2013 la constitution d’un tribunal arbitral, en mettant à profit des dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, afin qu’il se prononce sur le droit des Philippines à disposer d’une ZEE en mer de Chine du Sud.

Au vu de cette situation, nous pouvons affirmer que le récif de Scarborough constitue un véritable enjeu aux yeux des trois puissances qui le revendiquent. Le butin n’est pas négligeable : des eaux très poissonneuses et surtout riches en hydrocarbures. L’énergie est un prérequis au fonctionnement de l’activité économique de la société de consommation. La rivalité autour du massif des Scarborough n’est donc pas anodine. Par ailleurs le sursaut de fierté nationale des philippins, suite à la polémique, est également un élément très profitable pour le gouvernement.

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