Le « silence complice » face à la persécution des chrétiens d’Orient

D’après l’association Portes ouvertes, un chrétien dans le monde est tué toutes les cinq minutes en raison de sa croyance. Le 4 avril dernier, veille du dimanche de Pâques, le pape François dénonçait « le silence complice » et « l’indifférence » devant la « furie djihadiste » qui frappe les chrétiens. Le soutien de l’évêque de Rome pour les chrétiens du monde est annoncé deux jours après le massacre de 148 croyants à l’université de Garissa au Kenya, tués par des Shebabs somaliens.

Qui sont ces « chrétiens d’Orient » ?

On recense aujourd’hui environ 200 millions de chrétiens dits « d’Orient », très majoritairement catholiques ou orthodoxes. Cette appellation englobe finalement de nos jours les chrétiens non latins. Les chrétiens repris sous ces appellations représentent des minorités plus ou moins importantes présentes en Iran, Turquie, Inde, Pakistan, Indonésie, Éthiopie, Érythrée, Égypte, Arménie, Syrie et au Liban, mais aussi à travers leurs diasporas européenne, nord et sud-américaine ou encore australienne.

C’est particulièrement en Syrie et en Irak que les familles sont la cible privilégiée des mouvements djihadistes qui ont émergé à la faveur de la chute des régimes. Ils sont persécutés, expulsés de chez eux, forcés d’abjurer leur foi ou encore soumis à des impôts spécifiques.

(c) DR
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Selon Bernard Heyberger, historien, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, lors d’un entretien pour le journal La Croix le 17 février dernier : « (…) je ne crois pas à un plan d’éradication concertée des chrétiens d’Orient : ils sont davantage victimes des rivalités entre sunnites et chiites, entre factions islamistes rivales. Il est toujours plus facile de prendre leurs ressources aux populations minoritaires – en l’occurrence les chrétiens, mais aussi les yézidis, etc. – qu’aux musulmans, surtout lorsque l’on se présente comme de « bons musulmans » ! Les violences contre les chrétiens donnent même de la légitimité à ceux qui les commettent, de même que les actes de brigandage à leur égard peuvent être présentés par leurs auteurs comme des actes islamiques conformes à la charia. Ce discours passe d’autant mieux auprès de la population que c’est celui qui est enseigné à l’école dans de nombreux pays musulmans… »

Aujourd’hui la situation de ces familles est critique. Le gouvernement français se dit favorable à l’accueil des chrétiens d’Orient quand d’autres acteurs, dont notamment les évêques français et plusieurs acteurs humanitaires, estiment qu’il faut au contraire les aider à rester sur place.

Lors du débat du conseil de sécurité des Nations unies sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient, présidé par Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international le 27 mars à New York, ce dernier a eu ces mots : « Je vais parler clair : au Moyen-Orient, nous faisons face à une entreprise barbare et systématique d’éradication ethnique et religieuse. Les musulmans sont par leur nombre les premières victimes des djihado-terroristes mais les communautés non musulmanes constituent des cibles privilégiées. Elles incarnent cette diversité que Daech veut faire disparaître. Les Chrétiens, les Yézidis, les Turkmènes, les Kurdes, les Shabaks – tous sont menacés par ce que j’appellerai le triangle de l’horreur : l’exil forcé, l’asservissement, la mort. « . Le ministre a en effet organisé cette réunion dans le but d’ériger une charte d’action, sous l’égide des Nations unies, avec pour objectif de mettre un terme à l’entreprise d’éradication et d’extermination conduite par Daech et préserver la diversité du Moyen-Orient. Le souhait de Laurent Fabius de mobiliser d’urgence la communauté internationale face aux persécutions a permis l’intervention du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, du Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, ainsi que des représentants religieux et de la société civile, lors de l’ouverture de ce débat public, auquel l’ensemble des Etats membres des Nations unies ont pu participer.

Par ailleurs, le 23 juin sera organisé à Paris un « un grand rassemblement de mobilisation et de soutien aux chrétiens d’Orient ». Il s’agit d’une initiative de François Fillon et Valérie Pécresse (Les Républicains), tous deux engagés pour cette cause depuis des mois. Le but de se rassemblement est d’accroître la pression sur les gouvernements français et européens pour qu’ils aident ces « minorités persécutées ». Il se déroulera au Cirque d’Hiver, 110 rue Amelot, Paris XIe, à partir de 19 heures.  Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Oeuvre d’Orient, association française entièrement consacrée à l’aide aux chrétiens d’Orient, et Patrick Karam, président de la Chredo (Coordination chrétiens d’Orient en danger) se sont associées à cette initiative.

Malgré ces mobilisations, le silence autour du sujet de ces persécutions n’en demeure pas moins complice. La prise de conscience grandit cependant, comme le témoigne la semaine de polémique suite à la décision de la RATP en mars dernier de retirer des 250 affiches promotionnelles d’un concert la mention « au bénéfice des chrétiens d’Orient » (au nom du « principe de neutralité du service publique »). Cet épisode aura fait couler beaucoup d’encre, jusqu’à ce que le tribunal de grande instance de Paris soit même saisi, et aura finalement abouti au rétablissement de la mention.

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