21 après le Génocide : quelle réconciliation au Rwanda ?

 

United Nations Assistance Mission for Rwanda (UNAMIR) - (c) DR

United Nations Assistance Mission for Rwanda (UNAMIR) – (c) DR

Mardi 7 avril dernier, jour du 21ème anniversaire du déclanchement du Génocide au Rwanda, la présidence française a déclassifié les archives sur le Rwanda pour les périodes 1990 – 1995. C’est ce qui nous fait nous interroger sur la question de la Réconciliation au Rwanda après le génocide.
Une réconciliation institutionnelle
C’est d’abord la justice qui va aider le pays et ses habitants à se réconcilier. Au niveau international, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, crée en 1994 va avoir pour rôle de  poursuivre et juger les hauts responsables du génocide.  Au niveau national, ce sont des tribunaux nationaux qui sont mis en place pour juger ceux ayant aidé à la planification du génocide, ainsi que ceux ayant commis des atrocités pendant ce génocide. Au dernier niveau: communautaire, ce sont les Gaçaça -d’anciens tribunaux villageois- qui ont été réinstaurés, pour permettre aux communautés elles-mêmes de juger les coupable. Leur mandat s’est achevé le 4 mai 2012.

Mais c’est la Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation qui a le plus œuvré dans le sens de la réconciliation. Crée en 1999 dans le but de créer un « Rwanda pour tous les rwandais » elle s’est chargée  de concevoir et coordonner le programme d’unité et réconciliation nationale, en développant divers outils de réconciliation comme des festivals de la communauté et des sommets nationaux pour rassembler le peuple; des programmes de formation à la paix et à la réconciliation, ou encore en publiant des rapports d’étude sur des thèmes tels que la construction de la paix au Rwanda ou le rôle de la femme dans la réconciliation, entre autres.

Une réconciliation personnelle
Mais la réconciliation est avant tout un processus psychologique individuel. Se réconcilier c’est, d’une certaine façon, faire le deuil.

A la fin du génocide bourreaux et victimes se sont retrouvés à cohabiter ensemble. Alors que certains se retrouvaient seuls et sans aucune famille, ces mêmes-là se sont retrouvés à vivre côte à côte avec ceux ayant massacré les leurs, eux avec toute leur famille encore présente. Alors qu’il y a eu un nombre très important de femmes violées, ces dernières n’ont pas pu recevoir de trithérapie, contrairement à leurs violeurs, en prison. Enfin, de nombreux rwandais n’ont pas pu retrouver les corps de leur proches, et donc les enterrer, ce qui a empêché de faire le deuil des évènements passés.

Comprenons que la réconciliation individuelle passa avant tout par un travail de mémoire et, souvent, se fait à travers un effort de pardon. Or il n’a pas été permis aux victimes de connaitre la vérité sur les évènements génocidaires. En effet, une vérité sociale est apparue au Rwanda, les coupables en prisons se « partageant » les crimes lors des procès pour réduire leurs peines. Précisons qu’il était difficile pour certaines victimes de témoigner, lors des Gaçaça, face à leurs bourreaux. Aussi, la vague d’allègement des peines de 2007 a été perçue par certains comme une amnistie libérée et a laissé une sensation d’impunité. Sans sanction et réparation, la réconciliation, vue comme un processus imposé institutionnellement, a été compromise. Le pardon a aussi été corrompu: pour certains les demandes de pardon semblaient fausses. Aussi, alors que pour certains il paraissait comme libérateur, pour d’autres le pardon a été perçu comme processus imposé par les appels au pardon publics lancés par le président du Rwanda depuis 2000, Paul Kagame. On peut ici récuser l’usage collectif du pardon, qui est en réalité  une démarche individuelle.

Esther Mujawayo[i], une survivante, nous livre :  » «  Je ne sais pas pourquoi les étrangers tiennent tant à ce qu’on se réunisse. C’est peut-être leur culpabilité d’avoir laissé faire sans réagir qui produit, chez eux, ce fantasme de nous apporter des solutions miracles? Pfffff, comme de la magie! On serait tous bons après avoir été si odieux, et, grâce à eux, on se rapprocherait pour tenter de revivre ensemble… »

Pour conclure, si le but de la réconciliation institutionnelle était de rétablir un ordre social, les initiatives prises ont eu un effet certain. Mais malgré tous les dispositifs mis en place, il apparaît que la réconciliation personnelle est à apprécier avec beaucoup de prudence.

 

[i] Dans son ouvrage : Esther Mujawayo, Souad Belhaddad; SurVivantes; Editions de l’Aube; 2004; 208p.

 

Romina REBOIS

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