Crise présidentielle au Liban: vers une solution?

Au Liban, le poste de président de la République doit constitutionnellement être attribué, par le Parlement, à un chrétien maronite. Or, depuis le 25 mai 2014 et le départ de Michel Sleiman (soit 388 jours), le poste est vacant. Et ce dans l’indifférence presque complète des sphères médiatiques occidentales. Cette vacance du pouvoir s’explique notamment par l’absence d’accord entre les différentes parties, malgré vingt-quatre sessions parlementaires (la dernière au 3 juin 2015). Ces sessions en question ont principalement et majoritairement échouées par l’absence de quorum[1]. En effet, les députés du Courant patriotique libre (CPL) et du Hezbollah bloquent régulièrement le processus d’élection en ne se présentant pas aux sessions.

La crise syrienne comme blocage principal.

Depuis 2011, la Syrie est en pleine guerre civile. Ce pays voisin du Liban a toujours eu une influence majeure dans la vie interne libanaise. La crise présidentielle actuelle, que traverse le pays du Cèdre, est aussi fortement (voire complètement) influencée par les évènements en Syrie. En effet, les différents partis se séparent entre les pros et anti Bachar El Assad. Et aucun ne souhaite voir s’installer un président qui lui serait défavorable. L’absence d’un candidat du compromis ne permettrait pas une évolution rapide. Le CPL et le Hezbollah ont pour le moment opté pour la politique de la chaise vide lors des séances prévoyant l’élection d’un président, mais rien n’indique qu’ils seront les seuls à y avoir recours. L’absence de dénouement en Syrie pourrait donc bloquer la crise présidentielle libanaise pour une durée indéterminée.

La rencontre entre le général Aoun et Samir Geagea.

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Cependant, un récent évènement laisse supposer une possible sortie de crise : la rencontre entre deux leaders chrétiens maronites. Il s’agit du général Michel Aoun, chef du CPL, et de Samir Geagea, chef de la milice des Forces libanaises (FL). Les deux hommes ne s’étaient plus vu ni parlé depuis une décennie, et ils convoitent tous les deux le poste de président de la République Libanaise. A l’issue de leur rencontre, le 2 juin dernier, les deux hommes ont fait une déclaration d’intention (en 16 points), fournissant les bases du dialogue entre les deux formations. Une bonne nouvelle donc qui pourrait relancer le dialogue inter-chrétien au Liban. Seulement, les deux protagonistes sont unanimes : cette rencontre est le signe du début du dialogue, non celui de la fin. Il reste en effet de nombreux différents pour mettre fin aux divisions entre chrétiens. La rencontre Aoun-Geagea laisse ainsi la place à l’espoir d’une sortie de crise, mais dans un délai relativement long.

Le Liban : une lutte d’influence.

« […] ce n’est pas qu’une affaire interne » déclare la communauté maronite quand elle évoque le vide présidentiel prolongé[2]. En effet, l’Iran et l’Arabie Saoudite ont fait du Liban un objet de lutte d’influence. L’Iran chiite soutient le Hezbollah tandis que le royaume saoudien sunnite est proche du Mouvement du 14 Mars, qui regroupe les antis Bachar El Assad. Les deux puissances régionales cherchent à intégrer le Liban dans leur zone d’influence afin d’imposer leur vision au Moyen-Orient. Un affrontement diplomatique fort qui empêche aussi une sortie de crise au Liban. L’Iran ne compte pas perdre pied dans un pays où la République Islamique d’Iran a cherché à s’installer depuis la Révolution en 1979. L’Arabie Saoudite quand a elle veut empêcher l’Iran de s’imposer au Liban. Pour certains, ceci s’explique par la peur d’un « arc chiite » allant du Pakistan à la mer méditerranée et qui pourrait affaiblir le pouvoir sunnite dans la région. Ce jeu géopolitique ne laisse donc aucun espoir d’une solution rapide à la crise présidentielle libanaise.

Après 388 jours sans président, il semble que le Liban peut trouver une solution. Mais pas avant plusieurs mois. Les puissances régionales, la crise syrienne, ainsi que les différents internes empêchent le retour d’un chrétien maronite sur une place qui lui est constitutionnellement garantie.

François VOUTIER

[1] Au minimum, les deux tiers des députés libanais, soit 86 sur 128, doivent être présent pour qu’un vote puisse se tenir.

[2] Marie Malzac, « La diplomatie vaticane au Liban », dans Famille Chrétienne, n°1952 (du 13 au 19 juin 2015), Paris, Edifa, p.24.

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