Il y a 37 ans, la Légion sautait sur Kolwézi

2e REP Ministère de la Défense Tous Droits Réservés

Des légionnaires grimpant dans un C-130 avant le parachutage (2e REP
Ministère de la Défense
Tous Droits Réservés)

Le 19 mai 1978, soit 37 ans jour pour jour, la Légion Étrangère sautait sur la ville de Kolwézi, dans le cadre de l’Opération Bonite, pour délivrer et extraire des otages européens tenus par des rebelles katangais. Revenons sur cette opération célèbre du 2ème régiment étranger parachutiste.

La situation

Avant tout, un point sur le contexte. Cette opération militaire fut décidée pour protéger les ressortissants européens pris dans le mouvement de rébellion du Front National de Libération du Congo. Le Katanga, aussi appelé Shaba, province du sud de l’actuelle République Démocratique du Congo, s’était déclaré indépendant du Congo belge en 1960, avant d’être réintégré au Zaïre trois ans après. Dans cette zone instable, qui a traversé une crise de 1960 à 1965, les troubles ne se sont pas apaisés facilement. Le 11 mai 1968, une révolte larvée éclate contre le président Joseph-Désiré Mobutu, qui dirige le pays à ce moment. Les rebelles, venant d’Angola, entrent à Kolwézi et prennent le contrôle de la ville, qui abrite environ 3000 européens. D’après différentes estimations, environ 170 européens auraient été tués par les rebelles. Le président fait alors appel à la France et la Belgique pour maîtriser la situation. En effet, les rebelles sont soutenus et  bien armés par des forces l’Union Soviétique qui, semble-t-il, convoite les ressources en terres rares de cette zone. A l’époque, le régime soviétique achetait autant de cobalt que possible. Pour éviter que la situation ne dégénère, des forces européennes intervinrent.

L’intervention occidentale

La réaction occidentale ne se fit pas attendre longtemps. Le 16 mai est déclenché le dispositif « Guépard », qui met en alerte des régiments pour préparer une intervention. Le 8e RPIMa est en alerte, mais le 2e REP est désigné pour intervenir. Les autorités belges et françaises organisent une réunion pour décider une intervention commune. La réunion échoue, les deux pays ayant une approche différente de la situation. Les belges veulent adopter une approche moins directe que les français, basée plus sur le renseignement pour ensuite déclencher un déploiement terrestre et de parachutistes plus massif, à l’instar de l’opération Dragon Rouge, à Stanleyville en 1964. Cependant, des informations fuitent et atteignent les rebelles, ce qui compromet l’effet de surprise recherché. Paris décide alors d’attaquer et envoie ses légionnaires parachutistes vers Kinshasa dans la journée du 17, sans prévenir les belges, retardant ainsi leur déploiement. Ils ne partiront de Belgique que le 18, alors que les français sont déjà sur place et se préparent au parachutage dans la nuit du 18 au 19 mai. Les belges prennent un jour de retard par rapport aux actions françaises. Le gouvernement français continue de court-circuiter leur allié belge, en l’obligeant à contourner l’Afrique par l’Ouest et le Sud avant de pouvoir se déployer sur zone. L’intervention franco-belge se fait sur un climat de rivalité, les français accusant les belges de vouloir faire chuter le président en place, et les belges reprochant aux français de rejeter toute coopération.

L’Opération Bonite

Le 19 mai, à 14h30, les 405 légionnaires, soit trois compagnies et le PC, sautent sur l’ancien aérodrome de la ville. Dès le largage d’assaut, six légionnaires sont blessés par des tirs d’armes légères, et un autre est tué et mutilé en pleine rue alors qu’il était isolé du reste de son unité. Dès lors commencent des combats de rue intenses. Grâce à des actions débordantes rapides, les légionnaires stoppent et éliminent les rebelles et sont en mesure de libérer les otages. A la tombée de la nuit, vers 18h, plusieurs quartiers de la ville sont aux mains de la Légion. Durant la nuit, des groupes restants de rebelles tentent d’entrer en ville mais sont repoussés par le dispositif des militaires. De nouveaux combats ont lieu dans la nuit du 19 au 20, et 250 parachutistes supplémentaires arrivèrent en renfort vers 6h30, sautant sur l’est de la ville et prenant ainsi les rebelles à revers. Les forces belges arrivent enfin, le 20, accusant leur jour de retard, et font un poser d’assaut de 600 hommes. Ils sont arrêtés par les légionnaires, mais forcent le passage et entrent à Kolwézi. Dans l’après-midi du 20, mes forces européennes continuent leur action. Les légionnaires français prennent d’assaut la mine de Metal Shaba et la libèrent, chassant 200 rebelles et perdant un homme dans l’opération. L’efficacité de l’action leur permet de reprendre le centre-ville dans la foulée. Les belges envoient des convois dans la brousse pour récupérer les ressortissants isolés, et sécurisent la vieille et la nouvelle ville, découvrant les massacres perpétrés. Les belges resteront un mois, jusqu’au 28 juin, dans la région du Shaba, pour assurer le retour à la normale, la protection de certaines personnalités (notamment des industriels européens nécessaires à la survie d’entreprises dans la zone) les fonctions humanitaires initialement prévues de ravitaillement de nourriture, et participeront, avec la relève des troupes africaines (Sénégal, Togo, Gabon) sous commandement marocain, au maintien de la paix.

L’après : quels résultats ?

La force française a permis, en deux jours d’opérations, de libérer environ 2800 otages, de prendre la totalité de la ville et de la garder sous contrôle, jusqu’à la relève et leur départ, le 21 mai. Les ressortissants et rescapés sont évacués en même temps, mais il reste de nombreux blessés, qui sont traités par la force belge qui a amené des moyens médicaux conséquents.

On estime que durant cet événement environ 700 civils furent tués, 170 européens, 250 rebelles, 5 légionnaires, 1 para-commando belge et 1 para-commando marocain. Des témoignages rapportant des exactions de militaires sur les autochtones ont aussi été reportées.

Malgré cela, cette opération est un véritable succès militaire pour la France, malgré que les massacres n’aient pas pu être empêchés. Avec un contingent relativement réduit ( environ 650 hommes) et une opération bien préparée, et ce malgré les difficultés politiques et logistiques (problème d’acheminement du matériel, équipement de parachutage  américain mal adapté aux besoins de l’opération, l’armement français accusant son âge face aux nouveautés de l’époque…), le résultat est très satisfaisant : pertes réduites (5 tués et 6 disparus), les rebelles mis en déroute et éliminés, leur matériel détruit et la ville reprise. Cette opération rondement menée a prouvé l’efficacité des troupes légères aéroportées déployées dans un contexte difficile, et inscrit une page d’histoire glorieuse au crédit de la Légion Etrangère et du 2e REP.

A la mémoire de tous ceux qui sont tombés à Kolwézi.

Flavien Gouabault

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