La « face cachée » de la crise grecque

La crise grecque continue de secouer l’Union Européenne (UE), la zone euro, et occasionnellement la presse. Le récent déplacement du premier ministre grec à Berlin (le 23 mars 2015) en est l’illustration. Les résultats des dernières élections en Grèce ont fait couler beaucoup d’encre, notamment avec l’idée d’un « Grexit » c’est-à-dire une sortie de la Grèce de la zone euro, voire pour certains de l’UE. Un risque sous-estimé en Europe mais qui aurait des répercutions géopolitiques importantes pour l’UE, mais aussi plus largement pour l’Occident définit par Huntington.

Pourquoi la Grèce est-elle géopolitiquement importante pour l’Occident ?

La Grèce est membre de l’OTAN et abrite une de ses bases en Crète à Souda, à l’est de Chania en Crète. Cette ville est à 1719 kilomètres de Mosul (Irak) à vol d’oiseau. Sachant que le rayon d’action d’un Rafale français est de 1850 kilomètres à haute-altitude, Souda est une des bases qui peuvent servir au lancement d’avions de chasse pour attaquer les positions de l’État Islamique. La Grèce a une situation géographique stratégique pour l’Occident vis-à-vis d’une zone déstabilisée avec le conflit syrien, irakien, et même libyen. De plus, la politique floue de la Turquie dans cette région fait de la Grèce la dernière base sûre pour l’OTAN.

Quel est le risque ?

Avec la crise grecque, le risque, pour l’UE et l’Occident, est que la Grèce fasse le choix de se détourner de Bruxelles au profit de Moscou, au moment où Poutine cherche à connaitre les limites et la détermination de l’UE et de l’OTAN, notamment en Ukraine. La possibilité d’une aide financière russe a clairement été évoquée par Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères russe : « Si le gouvernement grec s’adresse à nous, cet appel sera examiné ». Même minime, puisqu’Athènes a assuré qu’une telle demande ne serait pas effectuée, le risque existe.

Les conséquences d’un choix de Moscou par la Grèce 

Si Athènes venait à choisir la Russie, plusieurs conséquences sont envisageables. Tout d’abord, on pourrait avoir une sortie complète de la Grèce de l’UE, ce qui réduirait à néant les espoirs de Bruxelles d’être un interlocuteur politique crédible au niveau international : Comment l’UE, incapable de régler une crise interne, pourrait intervenir dans une crise internationale ? Ensuite, il faut envisager une sortie de l’OTAN par Athènes. En effet, il apparait peu probable que Moscou accepte que l’un des nouveaux alliés reste dans une organisation que la Russie juge comme étant son principal ennemi. Ceci qui signifierai la fermeture de la base de Souda pour l’OTAN, et donc une limite dans le plan d’action occidentale au Moyen-Orient et contre l’État Islamique. Certes cette zone de conflit serait un peu plus éloignée pour l’UE, mais la Russie aurait plus de contrôle sur la question. Enfin, le « Grexit » au profit de la Russie empêcherait les tentatives occidentales d’amoindrir la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie. Ce serait l’échec d’une tentative d’acheminement de l’énergie via la Turquie et le Caucase. Il faut aussi envisager une possible renaissance des tensions ancestrales entre la Grèce et la Turquie, jusque-là relativement canalisées par l’Occident, ce qui pourrait déstabiliser la région.

Le risque géopolitique de la crise grecque n’est donc pas à ignorer, pour l’UE et l’Occident. Il explique aussi en partie les raisons de l’attachement de l’UE à régler cette crise interne. Même si les critères économiques imposés par Berlin sont critiqués, il apparait capital pour l’Occident que la Grèce sorte de sa crise économique sans l’aide de la Russie.

François VOUTIER

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s