La gestion des minorités religieuses dans l’Empire ottoman, la Turquie Kemaliste et celle d’Erdogan.

La situation des minorités religieuses en Turquie est plus qu’insatisfaisante et découle d’une lente mais sèche évolution du pays.

La candidature de la Turquie à l’Union Européenne a été acceptée en décembre 1999. Un des critères fondamentaux pour prétendre devenir un État-membre de l’UE demeure, bien entendu, celui des droits de l’homme et notamment l’attitude du pays candidat face à la question de ses minorités. Car en effet leur condition constitue une vitrine quant au système politique d’un État ainsi que sur sa politique et son attitude à l’égard des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Or, nous pouvons constater une situation très insatisfaisante de la plupart des minorités en Turquie. On est témoins de violations toujours persistantes et institutionnalisées des droits de l’homme, mettant directement en question la capacité de la Turquie à devenir membre de l’Union Européenne, sous peine d’une remise en cause des fondements et des idéaux mêmes de l’Union Européenne.

Situation religieuse en Turquie :

  • ISLAM (98-99 % de la population)

  • CHRISTIANISME 0,4% (orthodoxes oriental, grecs-orthodoxes et arméniens)

  • JUDAISME (séfarade)

En théorie, le traité de Lausanne de 1923, consacre le statut de minorités pour les non-musulmans et leur reconnaît des droits civils, politiques et culturels. En pratique, en fonction du droit interne turc et de la pratique nationale, ce n’est pas aussi simple… Il n’existe aucun droit pour les minorités d’ouvrir de nouveaux lieux de cultes, la société elle même a tellement subi un lavage de cerveau et a perdu toute sa tolérance à l’égard des non musulmans.

Pourtant la Turquie est un État dit « laïc ». La laïcité est apparu en tant qu’idée plus tardivement dans le monde musulman, par rapport à l’Europe. C’est au lendemain de la Première Guerre mondiale que la laïcité, en gestation chez les Jeunes Turcs a vu le jour avec les réformes brutales de Mustafa Kemal. Comme le répète l’auteur Pierre-Jean Luizard à plusieurs reprises : « la laïcité est d’abord ce qu’en font les laïcs, au même titre que l’islam est d’abord ce qu’en font les musulmans ».

Il est très important de bien comprendre le principe de laïcité en Turquie, ainsi que l’évolution de cette laïcité, dans le but de mieux comprendre la question de la gestion des minorités religieuses. Ainsi la laïcité en Turquie ne serait elle pas plus au service d’une recherche d’identité nationale et donc musulmane, qu’à celui d’une ouverture vers les minorités ?

La Turquie, un Etat laïc ?

Sous l’Empire ottoman, grâce au système de « millets », il existait une certaine forme de reconnaissance de liberté religieuse. On laissait les minorités s’auto-gérer mais cette « tolérance » était également assortie de discriminations (impôt spécial, interdiction de rentrer dans l’armée ou d’accéder à la fonction publique d’empire) et de mesures vexatoires (port d’un vêtement spécial, quartiers séparés, interdiction de construire des lieux de cultes plus grands que les mosquées …). A la chute du sultanat, l’Empire s’est disloqué, l’Anatolie devenue la Turquie actuelle. On est passé d’un empire multi-culturel à un état homogène ou quasi. Plus de statut n’était accordé aux minorités : c’était la volonté de Kémal de faire un pays 100% turc, 100% musulman.

Le Traité de Lausanne signé le 23 juillet 1923 entre les représentants de l’Assemblée Nationale Turque et les pays alliés a non seulement réglé des problèmes externes mais également internes. Les décisions prises au sujet des minorités y occupent une certaine place et visait donc à résoudre les problèmes éventuels après la guerre d’indépendance en Turquie. Comme précisé un peu plus haut, ce traité consacre le statut de minorités pour les non-musulmans et leur reconnaît des droits civils, politiques et culturels. Cependant son application est loin d’être évidente. Par ailleurs, il ne s’agit pas réellement d’une laïcité, plutôt d’une demi-laïcité dans le sens où oui Kemal a choisi de ne plus appliquer la charia et de se tourner vers du droit étranger, mais il a clairement transféré le contrôle du califat à celui de l’état. Le nationalisme turc s’appuie sur l’islam ce qui en fait un nationalisme religieux que gère l’état. Kemal est un progressif à sa manière, qui a voulu occidentaliser la Turquie mais sur le fond le sentiment religieux de la masse populaire n’a jamais été extirpé.

Complexité et paradoxe de la politique turque à l’égard des minorités

Aujourd’hui les minorités non musulmanes sont sur le papier dites « libres » mais toujours aucune possibilité d’ouvrir de nouvelles églises, prosélytisme religieux interdit (cf épisode des évangélistes allemands égorgés en 1995), par ailleurs il est très important de rappeler que le peuple est lui aussi très hostile : il existe de nombreux groupes d’activistes et militants. (qui souhaitent par exemple transformer à nouveau la basilique Sainte Sophie, ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, aujourd’hui musée, en mosquée)

Il y a une réelle pression politique et officielle hostile aux conversions, aux mouvements d’évangélisation et de propagande religieuse. Erdogan poursuit la dynamique des réformes visant à harmoniser la politique de la Turquie avec celle de l’Union Européenne. Le traitement des minorités culturelles et religieuses y figure en bonne place. Mais le régime des cultes de la Turquie actuelle, bien que se réclamant de la laïcité d’Atatürk, maintient certaines entraves à la liberté religieuse pour les minorités non-musulmanes et aussi musulmanes (alévis).

Il est important de comprendre qu’aujourd’hui tout n’est pas tout blanc ou tout noir, c’est-à-dire qu’il y perdure une vraie complexité entre un parti issu de l’islamisme (l’AKP) qui semble prôner la démocratie et la « vraie laïcité » face aux héritiers de Kémal (progressiste) qui font figure d’ultimes défenseurs d’un système autoritaire.

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