Changement dans la diplomatie chinoise : qu’est-ce que cela implique ?

Source: REUTERS  Greg Baker/Pool  Tous Droits Réservés

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La Chine opère un virage dans ses priorités géopolitiques, impliquant un risque de tensions avec le reste du monde développé.

(L’article original ici : http://thediplomat.com/2014/12/chinas-big-diplomacy-shift/ )

Le gouvernement chinois a pris la décision de mettre en priorité l’accent sur ses relations avec ses voisins directs plutôt qu’avec les Etats-Unis et les autres grandes puissances, à l’avenir. Cette information, confirmée par la Central Work Conference on Foreign Relations, indique un changement majeur dans la diplomatie chinoise. La décision reflète la volonté de Pékin de revitaliser le pays, ce qu’elle estime plus facile à réaliser avec les puissances émergentes plutôt qu’avec les nations occidentales. Cette décision est susceptible d’entraîner des tensions avec les grandes puissances.

Un cadre général des affaires étrangères

A la Central Work Conference, Xi Jinping a opéré une transformation du le cadre général des affaires étrangères traditionnel de son pays. Ce cadre général est une liste, simple mais stricte, de catégories de pays, classés par ordre d’importance et fournissant un schéma d’orientation de la politique étrangère et de la diplomatie chinoises. Cet ordre de priorité a cependant peu changé depuis la création du parti et des orientations données par Mao Zedong.

Il existe 5 catégories : les grandes puissances (Etats-Unis, Europe, Japon et Russie), la périphérie (tous les pays limitrophes de la Chine), les pays en voie de développement (tous les pays à faible PIB, y compris la Chine), les organisations multinationales (ONU, ASEAN, …), et la diplomatie publique. C’est un système simple et largement utilisé, malgré les quelques incohérences qu’il implique, comme la redondance de certains pays dans plusieurs catégories.

Revalorisation de la périphérie, recul des grandes puissances.

En septembre 2013, le changement a été amorcé. La Chine reconnaît que cette zone limitrophe est vitale pour son avenir, et y projette des objectifs à long-terme économiques et géopolitiques. La Chine réalise plus de chiffre avec ses voisins asiatiques qu’avec les Etats-Unis et l’Europe réunis, avec 1.4 milliard de dollars en 2013, selon un responsable des affaires étrangères chinois. L’importance est aussi géostratégique, car pour devenir la puissance globale dont elle rêve, la Chine doit sécuriser les zones Est et Sud, souvent en proie à différentes tensions et revendications par d’autres acteurs. Il devient donc clair pour la Chine de revoir ses priorités.

Mais la revalorisation de la périphérie passe par le retrait dans les relations avec les puissances occidentales. L’écart technologique et économique se réduisant entre l’Ouest et la Chine, les premiers stagnants suite à la crise économique, la Chine n’a plus à se reposer sur le système industriel occidental. Les marchés émergeants en Asie seront probablement de taille à concurrencer les marchés occidentaux, et les capacités et connaissances technologiques de la Chine ont rattrapé en partie leur retard sur l’Ouest, malgré une capacité d’innovation encore faible. L’armée ne cesse de se moderniser, en particulier sur mer, lui donnant du poids dans ses revendications territoriales. La Chine veut aussi coopérer plus avant avec les « puissances majeures en développement », les leaders de demain (elle-même, Russie, Inde, Brésil, Mexique, Afrique du Sud et Indonésie.)

L’importance grandissante des alliés et partenaires américains.

Ces décisions peuvent paraître étonnantes, au vu des récentes avancées sino-américaines sur le réchauffement climatique et la coopération militaire. La coopération avec les Etats-Unis reste forte et porteuse pour la Chine, mais les analystes chinois prévoient que cette zone périphérique prendra le pas sur l’occident dans les années qui viennent, en termes d’importance économique, géographique et politique.

Ignorant ouvertement les critiques européennes et sanctionnant leur accueil du Dalaï Lama, s’opposant aux Etats-Unis sur la Mer de Chine et rejetant leurs demandes de changement dans leur comportement, notamment en ce qui concerne la cyber-guerre et les revendications territoriales, la Chine gagne en puissance et en confiance. La Chine va poursuivre l’affirmation de sa domination sur la région, et réclamer des réformes à l’échelle globale pour représenter plus justement le changement en cours dans la distribution des puissances. Dans cette situation de rivalité et de défiance croissantes, la Chine, comme les Etats-Unis, pourraient bien durcir leurs positions et prendre des mesures plus strictes pour sécuriser leurs intérêts respectifs dans cette zone.

Pour éviter une telle escalade, les Etats-Unis, malgré leur puissance et leur présence dans la zone, doivent chercher à coopérer avec leurs alliés asiatiques pour conduire la Chine à suivre, et non à défier, les principes de l’ordre international, à s’intégrer et non à tout renverser. Ceci suppose nombre de négociations et compromis.

Les pays en développement gagnent en force, alors que les puissances actuelles stagnent, voire déclinent. Les dirigeants chinois en sont conscients, veulent en profiter, et les conséquences sur la géopolitique mondiale pourraient être importantes. Les puissances occidentales doivent prendre dès maintenant cette donnée en compte, pour maintenir la paix et la stabilité.

Flavien Gouabault

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