Les nouveaux défis de la CAME

Tous droits réservés

Tous droits réservés

   Ces 14 et 15 juin s’est tenue l’Assemblée Générale de la section française de Médecins Sans Frontières. Parmi les sujets évoqués le rôle et l’action de la CAME.

La fondation de la CAME, Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels, remonte en 1999, alors que l’association était devant une impasse thérapeutique face à des maladies telles que le VIH/Sida, la tuberculose ou le paludisme, pourtant parmi les premières causes de mortalité à l’échelle mondiale.

En effet, le milieu médical rencontrait à l’époque une pénurie de médicaments pour de nombreuses raisons selon les régions: -lenteur d’une administration nationale à enregistrer les nouveaux médicaments ; -médicaments trop chers, tels que les anti-rétroviraux, traitement à 10 000$ par an par personne ; -l’absence de recherche contre certaines maladies faute de marché rentable pour les laboratoire comme pour le cas de la maladie du sommeil (alors traitée avec de l’arsenic) ou l’ulcère du Buruli (contre lequel il n’y avait pas vraiment de traitements à l’époque).

Après avoir établi une liste de maladies infectieuses prioritaires, la CAME/MSF s’est alors lancée dans une grande campagne à échelle internationale afin de rendre plus accessibles et à plus bas coûts les médicaments nécessaires. Appels aux laboratoires pour l’abandon de certains brevets permettant l’émergence de génériques, pression pour la réduction des marges à la vente, pression sur les autorités publiques et politiques afin de soutenir la recherche et accélérer les processus de reconnaissance des nouveaux médicaments.

À en croire les représentants de la CAME et de MSF lors de ce week-end, l’action menée fut globalement couronnée de succès. Tirée par la locomotive qu’était le Sida et la peur de voir les grandes épidémies africaines se reproduire en Europe, en Asie et en Amérique, la mobilisation publique suivit ainsi que les concessions politiques et économiques par les États comme les grandes entreprises pharmaceutiques.

Toutefois, et malgré ce que certains ont pu annoncer, les maladies infectieuses seraient certes en net recul, mais n’auraient pas disparu. Au contraire, certaines formes tendraient à devenir plus résistantes et de nouveaux problèmes seraient apparus.

Les problèmes de coûts et de rentabilités de la recherche contre les maladies rares ou nouvelles sont pour la CAME toujours d’actualité, notamment pour les fameuses espèces résistantes si on espère éviter leur propagation (pour les pneumocoques par exemple). Par ailleurs, le prix des médicaments dans un pays étant indexés sur la richesse de celui-ci, il peut paraître absurde de voir les prix s’envoler dans certaines pays en développement, notamment quand le développement social et celui du système de santé ne suivent pas la hausse du PIB. Se pose enfin la question de l’accessibilité et de l’adaptabilité des traitements. Aujourd’hui, une campagne de MSF au Sénégal portant sur 17 000 vaccins exige la présence de 17 congélateurs, avec l’énergie pour les alimenter et la place pour les recevoir. Cela limite l’extension de telle opération.

Il s’agit donc pour la CAME de trouver un moyen de relancer la mobilisation. Même si MSF reste une trop petite ONG pour tenter de changer le système de brevet qui assure l’exclusivité d’une molécule au laboratoire qui l’a inventée pendant une certaine période, elle peut, comme par le passé, pousser certains laboratoires à abandonner leurs brevets afin de favoriser l’émergence de génériques et donc la production et la baisse des prix. Il existe également souvent des moyens légaux d’obliger les groupes pharmaceutiques à diminuer leurs prix comme par exemple pour les vaccins contre l’hépatite C en France. Encore faut-il que l’État les utilise, la CAME pourrait l’y pousser. Enfin pour revenir au vaccin dans les pays chauds, toujours selon les intervenants, il serait tout à fait possible pour les laboratoires de créer des vaccins thermostables qui permettraient de vacciner les 20% d’enfants dans le monde qui n’en reçoivent aucun.

Ainsi, malgré des laboratoires pharmaceutiques semble-t-il particulièrement de plus en plus avides, cupides et cyniques à en croire le Monde Diplomatique, pouvant s’imposer des taux de rentabilité de 20% par an, MSF estime pouvoir poursuivre ses actions avec succès pour une meilleure accessibilité des médicaments dans le monde.

Encore faudrait-il pouvoir, comme à la fondation de la CAME, réussir à remobiliser un large public pour cette cause.

Vincent Houdou

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s