Qatar 2022 : Des pots-de-vin et des jeux

élection du Qatar pour la Coupe du monde 2022

élection du Qatar pour la Coupe du monde

Alors qu’aujourd’hui débute la vingtième Coupe du monde de football au Brésil, sur fond de manifestations et de critiques, une autre échéance est au cœur du débat : celle du Qatar 2022. Choisi en décembre 2010 comme futur organisateur de la compétition, l’émirat ne fait pas l’unanimité, loin de là. L’épreuve qui doit se dérouler dans 8 ans est déjà entachée d’affaires de corruption.

Comme beaucoup d’autres rendez-vous sportifs, la Coupe du monde de football a un aspect politique. C’est sans doute l’un des événements les plus suivis au monde (avec les Jeux Olympiques) et sa médiatisation en fait un moyen de communication hors-norme. Souvent « instrumentalisée » par les Etats pour promouvoir un régime (Allemagne et Italie 1934), cette compétition a également pu servir à porter des messages d’espoir (Allemagne 1954, Mexique 1986) et l’association avec l’UNICEF en 2006 paraissait confirmer cette tendance.

Or, il semblerait que les instances sportives mondiales aient d’autres priorités que de prôner les valeurs qu’elles représentent. Après la stupéfaction du choix, par le Comité International Olympique, de Sotchi 2014 tant pour des raisons de Droits de l’Homme que des raisons sportives, c’est maintenant au tour de la FIFA d’être sur le devant de la scène.  Entre conditions de travail, écologie, corruption, rivalités internes et pressions politiques l’organisation du Mondial 2022 n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’attribution de la Coupe du monde 2022 avait déjà suscité des réactions. Les Etats-Unis étant candidats, Barack Obama avait déclaré : « Ce choix est une mauvaise décision ». D’autre part, au sein même du monde du football, les conditions de jeu ne faisaient pas l’unanimité. Il semble, en effet, que pour le bien-être des footballeurs professionnels, la participation à une compétition durant l’été au Qatar ne soit pas idéale. Mais au-delà des  joueurs, souvent considérés comme trop protégés, la situation des travailleurs sur les chantiers qataris est également source de critiques. L’Organisation internationale du travail, certains syndicats et des ONG comme Human Rights Watch ou Amnesty International ont déjà fait part des conditions de travail déplorables et des violations des droits humains. Plus de 1200 ouvriers seraient morts sur les chantiers qataris depuis 2010.

Cela dit, depuis une dizaine de jours, d’autres éléments viennent ternir l’image du projet Qatar 2022. Déjà avancées en Janvier 2011 par France Football, les suspicions de corruption semblent se confirmer. A l’époque, le magazine révélait que la Confédération Africaine de Football aurait reçu de l’argent pour son soutien, divulguait un mail de Jérome Valcke (Secrétaire Général de la FIFA), dans lequel on pouvait lire : « le Qatar a acheté le Mondial » et nous dévoilait qu’une rencontre avait eu lieu à l’Elysée avant l’élection. Celle-ci se serait déroulée le 23 Novembre 2010, peu de temps avant le vote, en la présence du Président de la République Nicolas Sarkozy, du Président de l’UEFA Michel Platini, de Sébastien Bazin qui représentait le groupe détenant le PSG à l’époque et du Prince du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani. Il aurait été question selon France Football de la création d’une chaine de télévision sportive pour concurrencer Canal +, du Rachat du PSG par le Qatar et d’un investissement financier plus important dans le groupe Lagardère. En contrepartie, Michel Platini n’aurait pas donné sa voix aux Etats-Unis comme prévu, mais bien au Qatar.

Ce 1er Juin, c’est le journal britannique le Sunday Times qui a consacré sa Une au « complot pour acheter la Coupe du monde » et qui déclare être en possession de documents prouvant les versements d’argent effectués (3,7 millions d’euros au total) par Mohamed Bin Hammam, ancien membre du comité exécutif de la FIFA et Président de la Fédération Asiatique de Football. Ce dernier avait été radié pour corruption électorale suite à une affaire en lien avec la présidentielle de l’organisation. Outre-Manche toujours, le Daily Telegraph accuse directement la France et Michel Platini suite à la rencontre ayant eu lieu à l’Elysée et met en avant le fait que le fils de Michel Platini travaille désormais pour Qatar Sports Investments. Le président de l’UEFA, également soupçonné d’avoir reçu de l’argent de la part de Mohamed Bin Hammam a immédiatement démenti.

Si jusque-là, la FIFA et son président suisse Sepp Blatter avaient bien reconnu « une erreur », il ne semble pas vraisemblable que l’enquête menée depuis 2 ans apporte beaucoup d’éléments déterminants. Les dirigeants du Football se sont contentés de se rejeter la faute du « Qatargate » en attendant les prochaines élections de la FIFA. Par ailleurs, jusqu’au 3 juin dernier, l’enquêteur M. Michael Garcia (procureur chargé des questions d’éthique de la FIFA) avait refusé de consulter les preuves du Sunday Times souhaitant rendre son rapport le 9 juin.

Cependant, les accusations de corruption à l’encontre de la FIFA nuisent également à ses partenaires comme Adidas, Visa, Sony. Ces trois  sponsors ont, de ce fait, mis la pression sur la FIFA dimanche dernier en réclamant une enquête rapide et appropriée. Le même jour, le Qatar a déclaré ne vouloir faire aucun commentaire sur l’enquête en cours. Selon le comité d’organisation le choix du mondial 2022 est « mérité » et le droit du Qatar va « être confirmé ». De plus, les accusations concernant Mohamed Bin Hammam ont une nouvelle fois été repoussées en déclarant que celui-ci n’avait joué aucun rôle « officiel ou non-officiel » dans cette candidature.

Sous le feu des projecteurs et fustigée par la presse internationale ainsi que par ses partenaires, la FIFA a finalement décidé de mener une enquête afin de déterminer les conditions d’attribution du Mondial-2022. M. Garcia, l’enquêteur de la FIFA dispose de 6 semaines pour étudier les documents à disposition de la presse et rendre ses conclusions à la chambre de jugement de la FIFA qui pourra se prononcer en faveur d’un non-lieu, ouvrir une procédure disciplinaire ou prendre des sanctions. M. Garcia a également affirmé que son équipe d’enquêteurs avait d’ores-et-déjà interrogé les membres du comité exécutif présents lors de l’attribution du mondial de 2018 à la Russie et de 2022 au Qatar.

Si ce mardi, Monsieur Blatter a sans doute essayé de détourner l’attention en déclarant : «Il y a une sorte de déchaînement contre la Fifa concernant la Coupe du monde au Qatar. Malheureusement, c’est beaucoup lié à la discrimination et au racisme, et ça me rend triste», il n’a visiblement pas réussi. Il a tout de même souligné que le sujet prendrait fin en septembre ou octobre suite à l’enquête de Monsieur Garcia. Toutefois il faut préciser que, quel que soit le contenu du rapport, c’est le comité exécutif qui devra prendre une décision et retirer la Coupe du monde au Qatar pourrait engendrer de fâcheuses conséquences. Le plus simple serait, bien entendu, que le Qatar se retire en cas de confirmation de corruption. Le retrait de l’émirat pourrait satisfaire d’autres pays comme l’Angleterre qui s’est déjà déclarée prête à accueillir le Mondial en cas de retrait du Qatar.

Ronan Hélou

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