Le bal des sanctions

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Alors que la présence russe s’intensifiait en Crimée et sur les frontières ukrainiennes aux mois d’avril et mars, les menaces de sanctions occidentales s’accumulaient devant les portes du Kremlin. L’Union Européenne et les Etats-Unis avaient ainsi conclu un plan de sanction commun en trois phases dont la phase 1, débutée dès mars, comprenait avec les protestations diplomatiques la suspension des négociations sur la libéralisation des visas et l’annulation du G8 de Sotchi et du sommet UE-Russie en marge du précédent. Avec l’annexion de la Crimée officialisée par la ratification du Parlement russe et la signature du Président Vladimir Poutine le 21 mars, la phase 2 fut enclenchée, impliquant le gel des avoirs en occident de dignitaires russes ou ukrainiens pro-russes, progressivement montés au nombre de 62 aujourd’hui, auxquels se sont ajoutées deux entreprises criméennes accusées de tirer partie de l’annexion russe ainsi que d’autres sanctions propres aux Etats-Unis sur 17 entreprises russes proche du pouvoir.

Toutefois rien de bien impressionnant pour la Russie selon les dires d’Arnaud Dubien, directeur de l’observatoire franco-russe et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), propos rapportés par Libération. L’essentielle des sommes en jeu ayant très certainement été déplacées avant le gel. « On se donne l’illusion de faire quelque chose, mais ce type de sanctions n’a aucun effet sur la politique russe vis-à-vis de l’Ukraine. Ça a juste pour conséquence d’irriter un peu plus la Russie».

La crise en Ukraine s’est prolongée en mai avec des affrontements violents entre miliciens séparatistes et troupes gouvernementales dans l’Est du pays malgré les accords de Genève prévoyant le désarmement de toute milice illégale. Kiev accuse toujours le Kremlin de soutenir ceux qu’elle nomme « les terroristes » et appelle les occidentaux à agir.

La question de mettre en place la troisième phase du plan se pose. Elle serait alors probablement prise bien plus au sérieux par la Russie puisqu’elle consisterait en des interdictions économiques qui toucheraient directement le pays.

Mais si les Etats-Unis y semblent des plus favorables, des diplomates européens se plaignaient dès avril de l’empressement américain.« Pour Washington, c’est plus facile de monter au créneau car la Russie est loin » déclarait l’un d’eux au Monde pour dénoncer « la « sanctionnite aigüe » des Etats-Unis. En effet, difficile pour l’Union Européenne de sanctionner la Russie alors que 6 pays membres dépendent à 100% à du gaz russe et douze autres à plus de 50%. Enfin si on peut parler de la fragilité de l’économie russe et sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures à l’occident, la plupart des pays de l’UE ne peuvent s’enorgueillir de leur propre économie, les investissements russes étant dès lors les bienvenus.

Après tout, la Fédération de Russie pâtit déjà de la crise ukrainienne. Près de 50 milliards de capitaux étrangers ont déjà fui le pays, le rouble menacerait de s’écrouler et Standard and Poor’s a d’ors et déjà baissé la note russe à BBB. Dès lors, pourquoi agiter davantage une Russie qui dénonce une logique de « rideau de fer » ?

 Et en effet, les Russes réagissent à la menace et se défendent : Sergueï Glaziev, conseiller économique de Vladimir Poutine, aurait transmis au ministère des finances, dès avril, un plan censé amoindrir la dépendance du pays au reste du monde, tout particulièrement de l’occident. Entre autre, nul n’ignore que la Russie négocie actuellement avec la Chine pour ses exportations d’hydrocarbures, un client capable de remplacer les Européens comme le laissait entendre le premier ministre Medvedev à l’agence Bloomberg. De même que des accords avec l’Iran, contournant les sanctions occidentales contre ce pays, pourrait voir le jour au grand dam des États-Unis et de l’Union Européenne.

En mai, la Russie menaçait de couper le gaz à l’Ukraine à partir du 3 juin si la société publique Naftogaz ne pré-payait pas à Gazprom les 1,66 milliard de dollars dus pour juin alors que l’Ukraine a déjà accumulé 3,5 milliard de dette gazière pouvant s’expliquer par l’augmentation punitive en avril de 80% du prix du gaz russe à l’Ukraine : de 268 dollars par millier de m3 à 485 dollars. Soit près de 100 dollars de plus que le prix fait par Gazprom à certains pays européens.

La banque russe Rossiya ayant été touchée par des sanctions américaines, Visa et MasterCard ont alors suspendu les services de paiement pour le compte des clients de cet établissement. Une décision qui, par ricochet, a touché d’autres banques, les deux émetteurs américains contrôlant 85 % des transactions par carte de crédit et de débit effectuées en Russie. Les représailles ne se sont pas fait attendre de la part d’un Kremlin rendu furieux. En réponse, la Douma a voté en avril la création d’un système de paiement national visant à remplacer les systèmes américains : PRO 100, suivant ainsi les modèles japonais et chinois. 4 banques russes auraient déjà les moyens d’utiliser ce système selon RussiaToday. Une catastrophe pour les deux géants américains, la Russie représenterait 40% des transactions mondiales. Plutôt que de risquer de se faire exclure de la Fédération, Visa et MasterCard ont réduit leur entrave sur la seule banque Rossiya sans que cela ne suffise à calmer les ardeurs d’un Président Poutine jugeant les deux groupes trop capricieux.

L’Occident et la Russie s’échangent ainsi sanctions contre sanctions derrière la crise ukrainienne et les deux protagonistes seraient loin d’avoir abattu toutes leurs cartes. Le spectre de la troisième phase de sanctions contre la Russie plane toujours et toute tentative d’annexion de l’Est ukrainien similaire à la Crimée en serait le déclencheur selon les diplomates occidentaux. Mais ce ne serait que se tirer une nouvelle balle dans le pied explique le célèbre trader Jim Sinclair, célèbre pour l’exactitude de ses prévisions, la Russie ayant selon lui les moyens de faire tomber le pétrodollar, un des piliers de l’économie américaine.

Vincent Houdou

Sources:
http://lesmoutonsenrages.fr/2014/04/26/le-parlement-russe-adopte-un-nouveau-systeme-national-de-paiement-mastercard-tremble/
http://www.france24.com/fr/20140327-mastercard-visa-poutine-systeme-paiement-russie-ukraine-sanction-crimee-unipay-carte-credit/
http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/05/20/crise-du-gaz-l-europe-la-russie-et-l-ukraine-cherchent-un-terrain-d-entente_4422320_3234.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/12/moscou-appelle-au-dialogue-entre-kiev-et-les-separatistes_4415117_3214.html

http://www.lemonde.fr/international/article/2014/04/28/ukraine-les-sanctions-contre-la-russie-divisent-les-occidentaux_4408329_3210.html
http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/04/28/la-russie-s-organise-pour-vivre-avec-les-sanctions_4408352_3234.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/28/les-occidentaux-prets-a-de-nouvelles-sanctions-contre-la-russie_4408183_3214.html

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