Algérie et Maroc : une course à l’armement ?

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Depuis la publication, le mois dernier, du dernier rapport de l’Institut International de recherche sur la paix de Stockholm (SICRI) paru mi-mai ; de nombreux articles ne cessent de pointer du doigt la « course aux armements », de ces dernières années, de l’Algérie et du Maroc. Il est malheureusement dommage que très peu d’entre eux se posent les questions nécessaires face à cette montée en puissance. En effet, augmenter ses capacités militaires n’est pas neutre. La première question à se poser est de savoir par quel moyen en sont-ils arrivés là ?  Puis pourquoi un tel arsenal ou, plus exactement pour quelles objectifs et contre qui ? Et surtout,  à qui « profite le crime » ?

La question des moyens est largement développée dans le rapport de l’Institut International de recherche sur la paix de Stockholm (SICRI). En effet, on y apprend que la multiplication des « efforts de guerre » de l’Algérie et du Maroc résulte d’un programme mis en place depuis quelques années. Sur l’ensemble du continent africain, l’achat des armes par ces deux pays représente 64% des armes achetées… ce qui signifie pour l’Algérie une augmentation de 1038% en dix ans de son budget de Défense (dépassant ainsi l’Angola +2059%, pour 2,8 milliards d’euros de dépenses annuelles en 2011). Toujours selon le rapport, le Maroc est passé de la 69ème place à 12ème dans le classement des pays qui dépensent le plus pour leur armement. Alors que le Maroc vise plutôt la qualité de son armée, l’Algérie mise sur la quantité qui lui permettra, à moyen terme de dépasser le Maroc. Si l’on observe le seul investissement dans les soldats, cela nous donne une armée de 317 000 hommes pour Oran et 245 800 pour le royaume (en 2014 la France était à 228 656 militaires d’actives). « Sur le plan aérien le premier possède 6 appareils de combats modernes et de 71 plus anciens, contre 24 et 46 respectivement pour Rabat. La supériorité s’avère encore plus écrasante en termes de véhicules blindés de combats d’infanterie, avec 1.085 engins en Algérie et seulement 195 au Maroc ». Le budget 2011 du ministère de la Défense algérien a été rallongé de 7 milliards de dollars. Ce qui a permis de passer des contrats extrêmement juteux de plus de 16 milliards de dollars. C’est donc bien un véritable programme d’armement qu’appliquent ces deux pays.

La question de savoir quelles sont les objectifs des deux pays peut paraitre plus délicate. Une guerre future entre les deux ? Entre voisins ? Il me semble que ce serait assez peu probable…..et, comme le déclare, le site Jeune Afrique « même si l’Algérie venait un jour à égaler ou presque son voisin par les compétences tout en le dominant numériquement, un conflit serait une catastrophe économique pour les deux protagonistes. Et un suicide politico-diplomatique pour celui qui le déclencherait ». On se souvient des autres pays ayant développé grandement leur arsenal. De l’Irak à la Syrie, en passant par la Lybie, la possession d’une armée nombreuse et équipée n’a pas donné les résultats escomptés. Les troupes irakiennes n’ont pas tenues longtemps face aux américains ; celles de Kadhafi n’ont pas résisté. Restent les troupes de Bachar Al Hassad incapables de vaincre ceux qu’ils appellent les « rebelles ». Trois armées, les plus puissantes de Nord-Afrique et du Moyen-Orient, aucune n’a su assurer la sauvegarde du pays. On pourrait aussi ajouter l’exemple de l’Egypte…. Alors pourquoi une telle armée ? La réponse la plus crédible serait de rappeler rappelant la montée de groupes terroristes armés dans la Sahel, et les crises liées aux Printemps Arabes.  Cette montée de l’insécurité, des nomadismes de groupes armés et des radicaux semble être la justification d’un tel investissement militaire. Une guerre contre des voisins est improbable, le danger semble plutôt intra-muros. En dehors des revendications Kabyles, on se souvient de ce qu’avait déclaré le 27 juillet dernier le ministre de l’Intérieur algérien, monsieur Daho Ould Kablia, et qui illustre bien l’ampleur du problème : « L’Algérie mène une guerre. C’est une guerre contre une nouvelle forme de terrorisme. Il s’agit du trafic de drogue ». Que ce soit l’Algérie ou le Maroc, la lutte contre le terrorisme, les trafics illicites ou les risques de troubles paraît être la première motivation à de tels investissements militaires.

Mais dans toutes courses à l’armement, quoiqu’il advienne au pays, il y a des gagnants. Les pays occidentaux sont à la première place avec la Russie à leurs côtés. La France à elle seule a vendu pour 36 millions d’euros d’armes légères en 2007 à l’Algérie et l’équivalent au Maroc. On n’oublie pas non plus la tentative de vente de Rafales à la Lybie….et la restauration des Mirages F-1 du royaume marocain, pour 350 millions d’euros. Mais elle se fait largement distancée par des pays tel que la Russie, qui va même jusqu’à effacer la dette du pays en échange de contrats économiques liés principalement au secteur militaire et correspondants à près de 13 milliards de dollars. L’Allemagne a, elle, remportée un contrat de 10 milliards d’euros. La transaction comprend : avions, chars, équipements, navires etc. Et enfin, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis restent près de la première place en exportation d’armement. La liste des pays profitant de cette vive demande d’équipements, de matériels et d’armes serait longue s’il fallait tous les évoquer, il est intéressant de noter la présence de la Chine et des Pays-Bas dans certains contrats. Une telle demande est une aubaine pour les pays exportateurs d’armements car c’est un moyen d’échanges économiques importants, une porte ouverte à des éléments de son propre pays sur le sol des Etats acquéreurs (entretiens, formations, etc.).

En fin de compte il est relativement habituel que lorsqu’un pays s’équipe militairement, son voisin en fasse de même. Il y a une sorte d’ébullition, de concurrence pacifique pour présenter sa puissance. Il est bien sûr peu probable qu’une guerre Algéro-Marocaine ait lieux. Le développement des Printemps Arabes, des trafics illégaux, du terrorisme et du radicalisme, tout simplement de l’insécurité dans la zone sahélienne est l’explication la plus plausible d’un tel arsenal. Puissances militaires, certes, mais Etats situés dans des zones de crises qui ne cessent d’augmenter. Le danger semble être à l’intérieur. Espérons que cette course permettent d’augmenter la coopération militaire entre les deux Etats, et peut être, un jour servir d’Etats policiers du Sahel, garant de l’ordre et de la sécurité.

Thibault Dewynter

Sources :

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