La diplomatie spatiale à l’aube du IIIème millénaire.

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Le contexte de Guerre Froide, en évoquant des relations internationales basées sur l’espace, a tendance à évoquer en nous  l’image d’une « Guerre des étoiles ». A l’aube du IIIème millénaire, satellites civiles,  institutions spatiales régionales, hausse des problèmes transnationaux liés aux activités spatiales ne nous permettent pas de garder une telle image d’Epinal. Bien sûr, l’héritage de la Guerre Froide se fait toujours sentir, et comme partout, le Hard power côtoie le Soft power ; mais le développement d’un monde multipolaire et la privatisation de ce domaine de haute technologie transforme peu à peu la diplomatie spatiale jusqu’à l’émergence d’un « Droit spatial ».

Il est vrai que la conquête de l’espace est indissociable d’une bipolarité. Concrètement, elle servait à la fois une propagande pour montrer l’efficacité d’un système sur l’autre, et à la fois un besoin de dépasser technologiquement et militairement (espionnage et force de frappe) l’autre. Les années 1990-2000 ont permis une redistribution de ces cartes. Néanmoins, plusieurs grandes puissances gardent à l’esprit cet exemple de passif ainsi que l’idéal d’un leadership spatial. Les Etats-Unis sont  les meilleurs représentants de ce point de vue. Il suffit d’évoquer l’ajout, dans leur politique spatiale de 2006, d’éléments de « space dominance » leur permettant « d’interdire l’utilisation de capacités spatiales hostiles aux intérêts nationaux », pour s’en faire une idée. Ce Hard power a été atténué en 2010 avec l’émergence d’une diplomatie spatiale. La Chine peut être aussi évoquée notamment avec la destruction, en janvier 2007, d’un ancien satellite météorologique (FY-1C) montrant ainsi sa capacité technologique et lui permettant, en 2010 de contester les monopoles américains et européens. Mais cette continuation de la diplomatie spatiale de puissance, basée sur la « sécurité nationale maximum » doit faire face aux nouveaux acteurs de la mondialisation.

L’explosion du système libéral dans les années 1990-2000 et le développement des technologies informatiques ont transformé la politique spatiale. Les technologies actuelles permettent de nouvelles perspectives pour les applications spatiales aussi bien en matière d’observation de la terre qu’en matière de navigation satellitaire. La libéralisation et le développement d’un monde complexe, multipolaire et interdépendant a fait émerger de nouveaux acteurs étatiques (Iran, Corée, Indes, Brésil…) et non-étatiques (SpaceX, Boeing…). Concrètement, de nombreux pays émergents mettent en place une diplomatie spatiale en contractant des liens plus ou moins forts avec des puissances. L’acquisition de satellites ou de services de lancement, la création de laboratoires de recherche et de centres de recherche spatiaux se multiplient au travers d’accords bilatéraux et complètent souvent une aide au développement. La diminution, à la suite de la Guerre Froide, de la part des budgets des états consacrés à l’espace, entraîne indirectement une privatisation de ce secteur. L’influence des Etats, sur ces entreprises, reste essentielle mais celle-ci n’est plus dans une volonté de diplomatie de puissance mais plutôt dans une diplomatie économique. Le spatial est une vitrine technologique, selon Christophe Venet il « contribue au solde de la balance commerciale (…) et peut servir de différenciateur dans le cadre d’accords commerciaux plus globaux »[1]. La diplomatie spatiale des puissances vers les pays émergents permet  une politique d’influence (exemple de la Chine en Amérique latine).

Ce multilatéralisme est complémentaire d’un second mouvement. Alors que les puissances spatiales voient leur monopole infiltré par les nouveaux acteurs de la mondialisation et tentent de le préserver plus ou moins (politique spatiale des Etats-Unis en 2006), les pays émergents  développent une double politique. Tout d’abord ils augmentent les accords/associations régionaux ; on trouve ainsi ARMC en Afrique, des institutions spatiales régionales comme APSCO et APRSAF pour l’Asie ou même ESA pour l’Europe. Ensuite, la revendication d’un accès et d’une utilisation équitable de l’espace (cf. déclaration de Bogota en 1976) s’exprime dans la volonté d’élaborer des normes. L’Union Européenne pèse lourdement, sur ce dernier point, depuis qu’elle a lancé le projet de code de conduite sur les activités spatiales. La revendication d’une ouverture du spatial pour les pays émergents et l’accroissement d’alliances régionales contribuent à la multipolarité du spatial et à cette nouvelle diplomatie spatiale. Cette revendication du domaine spatial n’est pas seulement liée à une ambition de puissance, les limites de certaines ressources spatiales (orbites géostationnaires et fréquences associées) et les problèmes transnationaux (changement climatique, surveillance des catastrophes naturelles etc.) contribuent à ce qu’on pourrait appeler l’émergence de l’idée d’une Organisation des Nations Unis pour l’espace.

A l’aube du IIIème millénaire, il est évident que l’importance du spatial ne cessera de s’accroître. Les problèmes environnementaux et supranationaux du même type me paraissent déterminants dans l’aboutissement d’un Droit de l’espace plus égalitaire. La montée des pays émergeants et des acteurs transnationaux ne peut qu’aller dans ce sens. Bien sûr, en raison du coût et des moyens que nécessites une telle activité, les puissances spatiales traditionnelles gardent un avantage et une avance, mais le monopole ou la bipolarité ne semblent plus à l’ordre du jour. Dans ce contexte la diplomatie de puissance sous forme de Hard power doit faire place peu à peu à une diplomatie d’influence et d’économie.

Thibault Dewynter

[1] VENET Christophe, « L’espace, un outil de politique étrangère », Penser les ailes françaises, n°30, mai 2014.

Sources :

 

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