La communauté arménienne du Liban : « on se souvient »…

Tag Arménien Rue Haret Sader, Bourj Hammoud

Du 24 avril au 30 mai 2014, la communauté arménienne installée au Liban a fêté successivement le début du génocide arménien pratiqué par les turcs ainsi que le début de la lutte pour l’indépendance. Le quartier du Bourj Hammoud, appelé aussi la « Petite Arménie » s’habille aux couleurs de cette dernière. Bien que les arméniens se soient, par la force des choses, déplacés vers d’autres contrées, ils n’en n’oublient pas pour autant leur origine et leur Patrie.

 

 

« Ce n’est pas l’arabe qu’il faut apprendre. Ici, on parle arménien. C’est un morceau de notre pays. » me dit Léon, un bijoutier de la rue Arax, dans le Bourj Hammoud.

Le 24 avril 1915 marquait le début du génocide arménien pratiqué par les turcs.  La communauté arménienne représente aujourd’hui, au Liban, 5% de la population. La communauté fait parti intégrante de puzzle confessionnel qui fait la fierté du pays. Ici, la place des arméniens n’est plus à discuter. Leur réputation en terme d’artisanat et de joaillerie n’est plus à faire. Les guides touristiques les plus connus n’hésitent pas à les citer en exemple lorsqu’il s’agit de faire des affaires en matière de métaux précieux. Parfaitement intégrer au Liban, les arméniens n’en oublient pas d’où ils viennent et qui sont ils : les héritiers d’une diaspora malheureuse et menacée.

Bien que les arméniens fêtent le 99ème anniversaire du génocide de leurs ancêtres, la douleur de ce passé violent est toujours présente. En me promenant dans le chef lieu de la communauté, où je vis pour les besoins de mon stage, il est impossible d’ignorer les centaines de tags qui ornent les murs du quartier : « Fuck Turkey » ou encore  « Turkey guilty of genocide ». L’heure n’est donc pas à la réconciliation. Le jour de mon installation dans le quartier du Bourj Hammoud, le boulanger arménien le plus célèbre de la zone ne manque pas de me prévenir sur les thèmes sensibles à ne pas aborder ici, à savoir la Turquie qu’ils jugent, encore aujourd’hui, responsable des atrocités commises envers le peuple arménien installé dans le pays. Pourtant, cela fait presque 100 ans que les faits ce sont produits mais la communauté n’a jamais pu l’oublier ou même vivre avec, ce qui entretient de fait, une mémoire collective.

La solidarité entre arméniens est aussi le fruit d’un certain communautarisme. Bien que la communauté arménienne a choisi, entre autre, le Liban comme terre d’accueil et qu’elle y est parfaitement intégrée et attachée, cette dernière conserve le goût de ses pratiques culturelles et le quotidien s’organise autour d’elles. Intégration oui mais pas assimilation culturelle ! L’exemple le plus courant des traditions fortement ancrées dans l’esprit de la diaspora arménienne : le mariage qui ne doit se faire qu’entre arméniens.

« Si mon père apprend que je veux me marier avec un libanais, même s’il est chrétien, il me tuera! » me confie Nina Kosojian, étudiante en Droit à l’Université libanaise

Quoique le Liban soit tourné vers une certaine occidentalisation et modernisme, emmenant alors dans son sillage sa jeunesse, les traditions résistent et restent les garantes d’une identité que l’on conserve comme un joyau et qui, parfois font l’objet de tensions. Tensions qui persistent actuellement entre différentes communautés qui fragmentent le territoire et entretenues par les migrations intensives côté syrien. Tout cela ne favorise malheureusement pas une ouverture mais plutôt un repli communautaire. Ce repli communautaire constitue aussi une défense supplémentaire pour légitimer, par le poids démographique, une présence sur un territoire qui n’est pas le leur. La mémoire collective constitue évidemment le socle de cette communauté arménienne. C’est la raison pour laquelle, il me semble, que les commémorations sont aussi nombreuses en cette période.

La mémoire du génocide rappelle aussi les racines et l’identité chères aux arméniens qui n’ont pas hésité à créer leur propre monde, hors de leur territoire. La Turquie est aussi l’ennemi qui rassemble. L’entretien de cette haine ancestrale renforce la communauté autour d’un même combat: celui de la reconnaissance du génocide par les turcs. Les arméniens accusent encore les turcs de nier le génocide et comptent poursuivre le combat en quête de reconnaissance …

  » Le « catholicos » a rappelé que « le peuple arménien dans son ensemble et là où il se trouve réclame justice avec détermination et fermeté, suite au premier génocide du XXe siècle qui a été perpétré contre lui « .

Un grand merci à Léon Karagoshian, Nina Kosojian et Pépé Arsalian pour m’avoir fait partager des morceaux de leurs histoires et m’avoir permis de connaître l’histoire du peuple arménien.

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