Renforcement de la société civile au Burkina Faso, premier bilan

Un exemple de CSB : celui de la commune de Pissila, effectif depuis 2011

Un exemple de CSB : celui de la commune de Pissila, effectif depuis 2011

 Comme certains d’entre vous, chers lecteurs, le savez déjà (ou l’avez deviné en parcourant certains des derniers articles de ce blog), votre serviteur et Déborah Guidez sommes actuellement en stage au Burkina-Faso, au sein de l’association burkinabé ATAD, dont nous avons déjà parlé. Nous suivons donc le processus de renforcement de la société civile, en cours dans le pays depuis une dizaine d’années maintenant. Dans ce cadre, nous nous intéressons de façon plus précise au fonctionnement  de structures appelées «comités de suivi à la base » (CSB), qui constituent les premiers maillons de cette chaîne d’information, de sensibilisation et de plaidoyer, puisqu’elles agissent directement au niveau villageois et communal. Après un peu plus d’un mois, l’heure est donc venue d’un premier bilan.

Pour rappel, un CSB est une structure agissant comme une interface entre les pouvoirs politiques locaux et la population dont elle est directement issue. Chacun de ces comités est constitué de 12 membres volontaires et bénévoles, élus par consensus lors d’une assemblée villageoise après une session d’information de tous les acteurs (services municipaux compris) organisée par l’association qui servira de « point focal » (à l’échelle régionale). Une fois élu, le comité dispose d’un mandat de 3 ans, renouvelable une fois, et bien entendu strictement non cumulable avec un poste politique quel qu’il soit. L’association focale sert ensuite uniquement de point de formation et d’information pour les comités qu’elle suit, mais n’intervient plus non plus dans les actions menées localement.

La composition du comité est toujours la même,  3 membres issus des communautés religieuses (un catholique, un protestant et un musulman), 3 membres issues de groupements féminins, 2 membres issus d’associations pour la jeunesse (18-35 ans), 2 membres issus d’associations diverses (aide au développement ou autre), un représentant issu d’une association d’handicapés, et enfin un représentant de la chefferie coutumière. Cette composition garanti en principe que toutes les composantes de la population locale aient au moins un représentant au sein du comité de suivi. En ce qui concerne le représentant de la chefferie coutumière, elle a un double intérêt. D’une part, il s’agit d’une autorité encore influente et respectée au sein des populations (même si elle ne dispose plus d’aucun pouvoir légal), mais elle permet aussi de se prémunir contre les éventuelles tentatives d’instrumentalisation des comités par les municipalités.

J’ai eu la chance de pouvoir assister à la mise en place de deux de ces CSB (à Latoden et à Arbolé), et j’en ai tiré un premier constat. Tout d’abord, la population se saisit facilement et avec intérêt de ce système, dont elle apprécie l’équilibre représentatif et les objectifs. Ensuite, l’idée forte est de permettre la mise en contact des « forces vives » de la société civile locale, trop souvent dispersées, et de leur permettre de travailler ensemble à la réalisation d’objectifs communs. De ce point de vue, il s’agit d’une réussite incontestable.

Nous avons ensuite pu nous entretenir avec d’autres comités, notamment celui de Kaya, dont Déborah Guidez a parlé ici, déjà en fonctionnement depuis un an ou plus, afin de pouvoir dresser un bilan de leur action. Sans grande surprise, plusieurs difficultés sont apparues.

Tout d’abord, même si les responsables politiques locaux ont toujours été informés de la mise en place d’un comité dans leur commune et du fonctionnement de celui-ci, les premiers mois ont toujours été marqués par une certaine incompréhension.  Ainsi, il a fallu du temps aux municipalités pour voir les comités non pas comme des « enquêteurs » ou des concurrents potentiellement gênants mais comme de véritables partenaires. Il faut ici rappeler que le rôle de ces derniers est bien d’agir comme une interface, et donc dans les deux sens, ce dont les services municipaux se sont la plupart du temps rendu compte au bout de quelques mois. De fait, en parallèle de leurs actions de plaidoyer pour l’amélioration de tel ou tel problème local (accès aux soins, à l’eau, recueil et diffusion d’informations sur le budget de la commune, etc.), les comités font aussi un travail de responsabilisation des populations, notamment en ce qui concerne le paiement des impôts (souvent très problématique). Cette double action effective a pu rassurer les mairies, qui finissent donc par collaborer plus facilement.

Mais le problème central, qui revient inlassablement partout où nous nous sommes rendus, concerne les moyens dont disposent les comités. Leurs membres sont, comme nous l’avons précisé, bénévoles, et prennent donc sur leur temps personnel pour agir. Mais ils ne disposent d’aucune source de financement, et il est exclu que les municipalités s’en charge pour des raisons évidentes d’indépendance. Cet état de fait freine considérablement leur efficacité. D’abord, il faut noter la question des moyens de transport, qui coûtent très cher compte tenu du niveau de vie moyen dans le pays (le plein d’une moto coûte en gros 10 000 FCFA, soit l’équivalent de près de 20 jours de nourriture pour une personne…). Chaque commune rurale pouvant compter jusqu’à une quarantaine de villages éloignés de plus de 5 km chacun, on peut comprendre que sans moyens pour se déplacer, le travail d’information soit bien moins efficace. Pour la même raison les déplacements pour assister à des réunions régionales ou nationales de formation sont souvent difficiles. Enfin, la mise en place de certaines activités est rendue impossible. Pour inviter des responsables locaux et des acteurs de la société civile à des discutions par exemple, il faut pouvoir fournir à boire et à manger, tout bêtement… Les moyens nécessaires ne sont donc pas extraordinaires puisqu’il s’agirait seulement de doter les CSB d’un budget fixe leur permettant d’être remboursés de leurs frais de transports et de bouche lors de leurs déplacements ou de leurs réunions, mais aucun partenaire ne s’est pour le moment manifesté pour les soutenir financièrement.

De fait, les CSB ne doivent leur survie qu’à l’acharnement de leurs premiers élus, qui ont pu voir certaines actions couronnées de succès : plus grande transparence dans les budgets communaux, évolution positives dans les pratiques de mariage forcés et dans le domaine du respect des droits humains en général, confiance établie avec les municipalités etc. Les populations commencent également à s’adresser de plus en plus souvent à eux pour agir comme médiateurs dans leurs problèmes avec les pouvoirs locaux, mais à cause du manque de moyens leur tâche est de plus en plus difficile et les volontaires pour prendre la suite sont de plus en plus rares. A moins de trouver des solutions pérennes dans ce domaine donc, le risque est grand que ces structures « à la base », issus directement de populations qui ne demandent qu’à être les acteurs de leur propre développement, ne puissent durer, ce qui serait un formidable gâchis…

Vignane-Gonzalez Lou

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