Crise syrienne: Le Liban suffoque et se débat.

Photo: HCR/S. Baldwin

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Le cap des un million de réfugiés syriens au Liban a été largement dépassé en début d’année. Alors que le pays porte encore les séquelles d’une guerre civile dévastatrice dont il peine à se remettre, l’arrivée massive des réfugiés syriens dans le pays remue le couteau dans la plaie.

« Ce n’est pas aux syriens à qui il faut s’en prendre, c’est au gouvernement libanais qui n’a pas su protéger son peuple! » s’exclame Georgette Khalil.

L’incident du Bourj Hammoud, à Beyrouth, révélateur des tensions communautaires ?

Le samedi 17 mai, une violente dispute éclate dans le quartier du Bourj Hammoud, banlieue Nord de Beyrouth où s’entasse près de 350 000 habitants. Majoritairement, le quartier abrite des migrants arméniens, palestiniens, irakiens et, plus récemment des réfugiés kurdes  et syriens. La querelle a opposé un groupe de libano-arméniens à un clan kurde, ressortissant syrien. La raison de l’altercation reste encore floue, une semaine après les faits. Mais il pourrait s’agir, selon les forces de l’ordre, d’un conflit résultant de tensions préexistantes entre les deux communautés. En effet, la communauté libano-amérnienne accuse la communauté syrienne de « faire une concurrence déloyale au niveau de l’emploi. »Cela n’aurait pu rester que des grossièretés échangées entre voisins mais la dispute a, très vite, tourné au drame. Un homme d’une cinquantaine d’années est décédé après avoir reçu, sur la tête, une bonbonne de gaz. Le coupable a été arrêté par la police, présente tout au long de la rixe.

Cet évènement a donné l’occasion aux libanais de dénoncer une certaine insécurité dans le quartier, voire le pays qui, selon ces derniers, serait due à la présence importante des ressortissants syriens. Les forces de sécurité ont alors pris la décision de verrouiller entièrement la zone et d’interdire l’accès du quartier, aux syriens, de 20h jusqu’à 6h du matin. Les forces de l’ordre sont déployées dans chaque rue et procèdent à des contrôles d’identité rigoureux. La fermeture des magasins, considérés comme illégaux, tenus par des syriens a été ordonnée.

« Quand il y a eu la guerre chez nous, est-ce que les syriens nous ont aidé comme nous, nous le faisons ? Non! Ils ont fermé les frontières pour s’assurer qu’on resterait mourir chez nous ! » me confie Mariam, habitante du quartier.

 Le réveil de blessures profondes ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet accueil massif des réfugiés font ressurgir des mauvais souvenirs. La communauté internationale appelle à plus de solidarité et demande d’intensifier l’aide humanitaire. Le gouvernement libanais a fait le choix de laisser l’entrée libre aux réfugiés sur le territoire.

Mais comment un pays d’à peine 10 000 kilomètres carrés, de plus de 4 million d’habitants, croulant sous les problèmes socio-économiques, a pu faire le choix de laisser entrer plus d’un million d’étrangers sur son espace ? La réponse est claire : le gouvernement met en application le Droit International Coutumier du « non refoulement ». Cependant, il est important de noter que le gouvernement libanais ne reconnaît pas les ressortissants syriens comme réfugiés. Les autorités libanaises leur confèrent un statut d’étranger ou plus simplement, de « visiteur ». Pour obtenir le statut de réfugiés, le Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations Unies a étroitement collaboré avec le gouvernement libanais.

« Le gouvernement a peur que la situation se répète avec les Syriens et qu’elle perdure, que les réfugiés ne repartent pas », a dit à IRIN Simon Faddoul, président de Caritas Liban.

La crainte que l’histoire se répète est dans tous les esprits. L’incident du Borj Hammoud confirme que certains « réfugiés » s’installent au Liban et offre au pays une main d’oeuvre bon marché.  La présence des syriens a considérablement aggravé le cas libanais. Le pays est surendetté et s’appauvrit, un gouvernement fantôme, la gestion des structures publiques sombre dans le chaos, les prix ne cessent d’augmenter et le taux de chômage a battu des records chez les 18 – 27 ans. Le rapport de la Banque Mondiale, commandé par les autorités libanaises, dresse un constat catastrophique, à horizon 2015. Le pays suffoque considérablement et les esprits s’échauffent. L’ONU demande à ce que les élections présidentielles aient lieu le plus rapidement possible pour tenter de rétablir la situation et négocier, de nouveau, avec le gouvernement syrien pour la protection des civils. La reprise des hostilités à Homs et les déclarations qui suivirent confirme que les tentatives de retour à la paix espérées après la Conférence de Genève II ont lamentablement échoué. Le Liban peut-il être ou, sera t’il, considéré comme un dommage collatéral de la crise syrienne ?

Le constat est accablant et la pilule est dure à avaler pour les libanais, qui réagissent parfois avec violence. La discrimination voire, le racisme d’une communauté envers une autre est malheureusement le lot quotidien. Le Liban pourra t’il retrouvé la paix ? Les communautés et les multiples confessions qui ont fait la fierté de cette nation retrouvera t’elle le goût de vivre ensemble ? Du côté de l’aide humanitaire et de la communauté internationale, est-il acceptable de venir en aide à une population au détriment d’une autre ?

F.Luca

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