Mexique: le paradoxe de la torture.

La torture dans le monde - Enquête d'Amnesty International

La torture dans le monde – Enquête d’Amnesty International

Peu de temps après que l’Union européenne a dévoilé son intérêt pour l’Amérique du Nord et ses ressources énergétiques suite aux évènements en Ukraine, le Mexique pourrait également bénéficier de cette nouvelle stratégie si, comme l’a déclaré l’Ambassadrice de Pologne, Beata Wojna, « il passe de la phase de recherche à la phase d’exploitation ». Néanmoins, les diverses accusations émises à l’encontre du pays concernant le recours à la torture pourraient freiner ce processus…

Alors que Juan E. Méndez, rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, était en visite au Mexique du 21 avril au 2 mai pour y évaluer la situation, ses conclusions sont accablantes pour le pays : « La torture au Mexique est une pratique généralisée dans toutes les corporations policières, dans l’armée, dans la marine […] Presque tous les détenus que nous avons interrogés déclarent avoir été torturés ».

Loin d’atténuer l’impact de ces remarques, peu de temps après cette visite, Amnesty International lançait sa campagne mondiale « Stop torture » dont l’objectif majeur est de provoquer une prise de conscience générale concernant l’existence de mauvais traitements et de torture dans certains pays. Pour ce faire, il a été décidé de mettre en avant cinq pays emblématiques de ce phénomène : le Maroc, les Philippines, le Nigéria, l’Ouzbékistan et le Mexique.Concernant ce dernier, c’est bien la militarisation et la violence engendrées par la guerre ouverte contre le trafic de drogue et le crime organisé qui sont désignées comme étant à l’origine de l’augmentation des cas de torture observée ces dernières années.

Ainsi, au Mexique, 64% des personnes interrogées par l’ONG ont déclaré craindre ces pratiques s’ils étaient arrêtés un jour, ce qui place le pays en seconde place après le Brésil. Néanmoins, cette peur ne s’accompagne pas d’une volonté particulière de mettre fin à cet usage puisque, lorsqu’il fut demandé à ces mêmes personnes si elles étaient partisanes de la torture dans certains cas, 29% ont répondu positivement.

Néanmoins, bien que l’existence de ces méthodes soit avérée et admise par beaucoup, Amnesty International reproche à l’État « une négation systématique de l’existence de la torture […] dans le but d’obtenir des aveux et en tant que méthode d’enquête judiciaire ». La Commission Nationale des Droits de l’Homme a par ailleurs souligné qu’elle avait émis des observations similaires à diverses reprises bien qu’elle ait de son côté évité l’emploi de l’expression « pratique généralisée ».

Suite à ces nombreuses remarques, le Président Peña Nieto a accepté la majorité des recommandations émises par l’ONU, bien que l’image d’une pratique ancrée au plus profond du Mexique ait été remise en cause. Toutefois, la possibilité de devenir une source énergétique de premier ordre pour l’Union Européenne et les enjeux qui y sont liés comme par exemple la possibilité de rétablir l’équilibre de la balance commerciale entre les deux entités devrait permettre une meilleure prise en compte de cette problématique dans les mois à venir.

Hélène DUPUIS

Sources:

LANGNER, Ana, « México, parte de campaña « Stop Torture » de AI », El Economista, 04/05/2014
LANGNER, Ana, « En México, detención es sinónimo de tortura », El Economista, 13/05/2014
SALIBA, Frédéric, « Au Mexique, la torture est devenue endémique », Le Monde, 10/05/2014

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