Développement au Burkina Faso, des idées mais encore beaucoup de travail.

Projet de maraîchage par un groupement de femmes de Latoden (Burkina Faso)

Projet de maraîchage par un groupement de femmes de Latoden (Burkina Faso)

Vendredi 16 Mai, s’est tenue à Kaya (Burkina-Faso) une rencontre dans le cadre du projet BRACED (« Building Resilience and Adaptation to Climate Extremes and Disasters) porté par l’ONG « Christian Aid ». Ce dernier a pour but de mettre en place des solutions globales et pérennes au bénéfice de populations durement touchées par les changements climatiques et les catastrophes qui y sont associées (sècheresse, inondations, tempêtes, etc.). L’objectif de la rencontre était de réunir des acteurs de la société civile d’une part, et des responsables de services techniques (liés aux mairies) d’autre part, afin de recueillir leurs avis sur les situations du terrain, leurs suggestions, leurs questionnements. Dresser le bilan de cette réunion permet d’obtenir une image assez fiable de la situation « à la base » (au niveau des populations rurales) du pays.

La rencontre avait lieu dans les locaux d’ATAD (une association basée à Kaya et très impliquée dans les projets de développement local) toute la journée. La matinée fût consacrée aux échanges avec divers acteurs de la société civile (essentiellement d’autres associations, de défense des droits des femmes, des handicapés, des jeunes, etc.), et l’après-midi à ceux avec les services techniques (éducation, environnement, action sociale, etc.). Elle avait pour thème « échanges sur l’analyse des pouvoir, du genre et des parties prenantes », et comme son nom l’indique il s’agissait de recueillir des avis sur le fonctionnement des pouvoirs locaux, sur la place des femmes, et de dresser la liste de toutes les parties prenantes susceptibles d’être concernées par le projet BRACED (en tant qu’acteurs, bénéficiaires, opposants, etc.).

Le thème du changement climatique, associé à la pauvreté endémique au Burkina-Faso, fait consensus, tous les acteurs présents à la réunion sont d’accord pour admettre qu’il s’agit d’un sujet important. Or, il a aussi été constaté qu’aucun projet d’envergure n’existe encore dans le pays pour construire une meilleure résilience des populations face aux catastrophes. Les attentes de la société civile ne semblent pourtant pas inabordables. Il s’agit, pour eux, de trouver des solutions pour permettre aux agriculteurs, éleveurs ou pêcheurs de maintenir au moins un niveau de production suffisant pour leur permettre de commencer à stocker quelques denrées en prévision de jours plus difficiles, ce qui est actuellement impossible pour la grande majorité d’entre eux. Les diverses associations ont également pointé un cruel manque de sensibilisation des populations à l’écologie, ce qui entraine de nombreuses pollutions des sols, ou un déboisement trop important, ce qui accélère la désertification.

En ce qui concerne la situation des femmes, le bilan n’est pas satisfaisant non plus. Il a été constaté que dans la plupart des cas, les choses n’évoluent pas assez vite pour elles. Souvent, toute l’organisation villageoise tourne autour des hommes. Même quand des aides sont prévues spécifiquement pour les femmes, ce sont les hommes qui les récupèrent. La femme est traditionnellement maintenue dans un état de dépendance vis-à-vis de son mari, et c’est une mentalité très ancrée en milieu rural. Il faut donc s’attaquer en profondeur et sur la durée à l’organisation socio-culturelle des localités, pas seulement économiques. Les femmes ne sont pas bien informées, car tout doit passer par le mari (qui choisit donc ce qu’il veut bien dire à sa (ses) femme(s)). Même si le foyer dispose d’une radio, c’est l’homme qui la monopolise.

Les services techniques partagent globalement les mêmes analyses, mais ont pu pointer d’autres problèmes qui entravent en grande partie l’investissement des services publics locaux dans les projets de développement. D’abord et avant tout, on constate un manque de moyens, mais même quand ceux-ci existent, les responsables des budgets n’osent souvent pas les allouer à des projets de développement, car ils ne sont pas bien informés et ne savent pas où placer les lignes de budget pour ces crédits. Deuxièmement, il a aussi été question d’un manque de volonté politique au niveau des mairies pour prendre en charge l’aide au développement, les priorités n’étant pas bien définies. Enfin, il a été question de mauvaise gouvernance et de corruption trop importante à l’échelle du pays, à tous les échelons de l’administration, ce qui rend toute action financée en partie par les pouvoirs publics aléatoire. Ainsi, la plupart des infrastructures liées à l’eau dans le pays (barrages, citernes, etc.) sont mal entretenues, voir pas entretenues, et construites avec des matériaux de mauvaise qualité.

Le bilan des discutions de la journée ne laisse pas de place au doute, pour parvenir à des résultats durables, il n’existe pas de solution unique. Il semble qu’il soit urgent de mettre en place des solutions de court terme mettant en œuvre un renforcement des capacités agricoles (formations techniques, reboisement, récupération de terres, etc.). Mais pour pérenniser les progrès obtenus, et particulièrement en ce qui concerne la situation des femmes, des efforts d’éducation et de sensibilisation de long terme ne doivent pas être oubliés. De manière générale, il a été retenu que tout projet mis en place devra être équilibré sur ces points, et devra prendre en compte des réalités locales disparates et les sensibilités de tous les acteurs. Pour être réellement efficace, il faut susciter l’envie du changement à la base, et non pas l’imposer, ce qui suppose un travail de discutions, de sensibilisations, de plaidoyer et de formations sur le long terme.

VIGNANE-GONZALEZ Lou

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