Soudan du Sud, une pression internationale payante ?

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Devant la situation extrêmement difficile du Soudan du Sud et les nombreuses exactions commises à l’encontre des populations civils, la pression internationale s’est accentuée ces derniers mois pour tenter une résolution politique du conflit. Fruit de cette pression, un accord de cessation des hostilités a été signé le 9 mai.

Nous l’avons vu dans un précédent article, le Soudan du Sud est actuellement en proie à un déchainement de violence et à un nouveau désastre humanitaire, ceci malgré un cessez le feu qui avait été mis en place en Janvier dernier. Début mai, on peut souligner que les forces du gouvernement venaient de reprendre la ville de Bentiu près des zones pétrolifères et qu’elles entraient dans l’une des places fortes des rebelles, Nasir, une ville proche de la frontière Ethiopienne. Au Nord du pays, ce sont les rebelles de Riek Machar qui ont un peu relâché la pression qu’ils exerçaient sur l’état de Warrap tout comme à Bor, ville où un camp de réfugiés sous protection de l’ONU avait été attaqué le 17 Avril par des forces pro gouvernement.

 Un nouveau pas pour la médiation ?

Aujourd’hui les différentes offensives sont pour le moment gelées grâce à la mise en place d’un nouveau cessez le feu. Le président Sud Soudanais Salva Kiir et son opposant rebelle (et ex vice président) Riek Machar se sont rencontrés dans la capitale éthiopienne d’Addis-Abeba le vendredi 9 mai. Sans entamer de négociations directes, il a tout de même été convenu de cesser les hostilités et de permettre l’accès à l’aide humanitaire, notamment par la mise en place de couloirs aériens. Devant les nombreux massacres, les déplacements massifs de population et les premiers pas d’une famine d’envergure, cet accord encourageant est à première vue plutôt une bonne nouvelle.

De nombreuses pressions internationales ont pu permettre ce premier pas. Les États Unis restés plutôt passifs jusqu’en avril ont commencé à réagir avec notamment le secrétaire d’état John Kerry qui avait pu rencontrer le président Salva Kiir début mai. Il était peu après rentré en contacte téléphonique avec le rebelle Riek Machar en poussant les deux ennemis à organiser une rencontre en Éthiopie. Cette dernière fût également permise grâce à des pressions directes (interdiction de voyager et gel d’avoirs) exercées sur des responsables militaires des deux camps impliqués dans des massacres (le chef de la garde présidentielle d’un côté et un commandant rebelle impliqué dans les massacres de Bor et Bentiu de l’autre).
Parallèlement les Nations Unis ont aussi poussé à cette rencontre avec notamment la visite du secrétaire général Ban Ki Moon à Juba et la menace de sanctions en appelant à la création d’un tribunal spécial pour juger les responsables d’atrocités.
Enfin, le nouveau cessez le feu a aussi été initié par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), une organisation sous régionale de l’est de l’Afrique qui avait déjà négocié la signature du premier accord en janvier.

Le but aujourd’hui est donc d’empêcher de nouvelles violations comme avec l’accord précédent. Les belligérants ont déclaré « qu’un gouvernement de transition offre les meilleures chances au peuple du Soudan du Sud ». L’idéal d’un tel gouvernement serait d’en exclure totalement la présence des deux leaders politiques qui en s’opposant ont mené à une nouvelle guerre civile. Cependant il est certain que les deux opposants ne se tiendront pas à l’écart des futures élections prévues pour 2015. Autre problème majeur dans la médiation du conflit, le sentiment anti-occidental croissant avec le blâme public du président Salva Kiir accusant « les étrangers », en référence aux États Unis, qui ont accompagné la création du pays et qui aujourd’hui soutiendraient les forces rebelles.

L’une des seules solutions viables actuellement en cours de discussion serait le déploiement d’une force d’interposition de 3 000 hommes de l’IGAD permettant ainsi d’écarter une gestion occidentale du conflit.
Malheureusement dans tous les scénarios de médiation on peut constater que les deux opposants restent campés sur leur position belliqueuse avec notamment les propos de Salva Kiir qui une fois rentré d’Éthiopie aurait déclaré avoir été menacé d’emprisonnement par le premier ministre éthiopien s’il ne signait pas l’accord ; Riek Machar quant à lui continue sa tentative d’unification des opposants au gouvernement.

Une catastrophe humanitaire en progression :

Si la résolution politique du conflit reste donc extrêmement sensible et aléatoire, la situation humanitaire du pays reste parallèlement catastrophique. Si le conflit armé n’est pas généralisé sur l’ensemble du territoire il a pour conséquence de créer des poches de famine, c’est-à-dire des petites zones où les seigneurs de guerre détournent l’aide humanitaire pour la revendre et financer leurs activités. Ce scénario est déjà apparu dans les années 1990 durant la guerre civile entre le Nord et le Sud. De plus nous arrivons actuellement à la saison des pluies qui logiquement initie la période de semailles des terres. Or, en raison des actes de violences, du pillage et de la peur des exactions entrainant des déplacements massifs de population, l’agriculture est actuellement au point mort (1,3 millions de déplacés) et on estime qu’un tiers de la population est exposé à la famine. Les organisations internationales humanitaires comme la Croix Rouge ou le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies se préparent déjà au pire notamment devant les répercussions de la météo. En effet la pluie va rendre les routes complètement impraticables et va empêcher aux avions d’atterrir pour apporter l’aide humanitaire. On estime finalement qu’en raison des conditions météorologiques, de l’absence d’infrastructures et de la taille du pays, le Soudan du Sud apparait comme le pays le plus cher pour monter une opération humanitaire d’envergure. Le coût estimé de celle-ci est d’environ 1 milliard d’euros dont aujourd’hui seulement 40% sont couverts. Il reste donc encore beaucoup d’efforts à faire pour se sortir de ce véritable bourbier politique et humanitaire Sud Soudanais, et il est important d’agir vite. En effet la situation se répercute parallèlement sur les pays frontaliers comme l’Éthiopie, un pays où déjà 6 millions d’éthiopiens sont dépendants de l’aide humanitaire internationale et où la venue estimée de 300 000 réfugiés n’arrangera très certainement pas les choses.

Reste à espérer que la conférence de levée de fonds pour le Soudan du Sud organisée le 20 mai en Norvège permettra d’apporter plus de soutien et que par la suite une bonne médiation politique soit engagée pour éviter un détournement de l’aide humanitaire.

 Géry Bailliard

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/05/09/soudan-du-sud-rencontre-entre-salva-kiir-et-riek-machar-a-addis-abeba_4414112_3212.html

http://www.lemonde.fr/international/article/2014/05/10/cessez-le-feu-dans-la-guerre-civile-au-soudan-du-sud_4414642_3210.html

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/16/au-soudan-du-sud-la-famine-menace-un-tiers-des-habitants_4419856_3244.html

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