République Centrafricaine : Le fléau des agressions sexuelles

"La Représentante spéciale sur la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits, Zainab Hawa Bangura. Photo: ONU/Cristina Silveiro" "Tous droits réservés"

« La Représentante spéciale sur la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits, Zainab Hawa Bangura. Photo: ONU/Cristina Silveiro » « Tous droits réservés »

Le viol n’est pas quelque chose de nouveau en République Centrafricaine (RCA). Les agressions sexuelles étaient une arme pour l’armée Congolaise lors de la guerre civile du début des années 2000, mais aussi pour l’armée régulière de Bozizé, le pays est donc marqué par de nombreux traumatismes.

Pour comprendre l’importance des agressions sexuelles dans ce pays, il faut remonter à la tentative de coup d’Etat de André Kolingba, le 28 mai 2001. Pour faire face à cette déstabilisation, l’ancien président Centrafricain, Ange-Félix Patassé a fait appel au Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. C’est à ce moment que les miliciens de Jean-Pierre Bemba ont commis des agressions sexuelles sur des femmes vivant à Ouango, à l’Est de la capitale car c’est à cet endroit que Kolingba vivait avec des membres de son ethnie Yakoma. Par la suite, lorsque Bozizé était chef d’état-major de l’armée et qu’il a pris le pouvoir en octobre 2002, « Jean-Pierre Bemba avait de nouveau prêté main forte à Ange-Félix Patassé et les miliciens du MLC, profitant de la situation chaotique qui régnait dans le pays, avaient violé des femmes et sodomisé des hommes des quartiers Nord de Bangui, un bastion de M. Bozizé ».

En République Centrafricaine, les victimes de viol sont rejetées par leurs communautés et sont humiliées, ce qui les amène à vivre recluses au nord de Bangui. Par exemple, dans la religion musulmane, le fait d’avoir été violé est considéré comme un adultère dans ce pays. De plus, elles ne reçoivent plus d’aides de leur famille, ce qui les installe, à long terme, dans une situation d’extrême pauvreté, car aller travailler n’est pas possible compte tenu de l’humiliation subie.

Les agressions sexuelles dans cette région du monde sont sources de graves séquelles mais pas que. En effet, à cela s’ajoute une importante propagation du VIH due à ces viols. « Selon ONUSIDA, le programme commun des Nations unies sur le sida, le taux de prévalence de la maladie en Centrafrique était de 13,5 pour cent à la fin de l’année 2003. Quelques 260 000 personnes vivaient alors avec le virus et 240 000 avaient entre 15 et 49 ans, dont 130 000 étaient des femmes ». Quand Bozizé est arrivé au pouvoir, les viols ne se sont pas arrêtés, mais à ce moment-là, les violeurs sont les soldats de l’armée régulière selon les plaintes des victimes. « Ainsi, les violeurs ne semblent pas intimidés par les propos du Président Bozizé qui exige que les coupables soient sévèrement punis par la justice. En 2004, des soldats accusés de viol ont été exclus de l’armée et mis en prison. Cependant, la plupart de ces hommes se sont échappés durant leur garde à vue ou ont été libérés par d’autres soldats ou par des agents de sécurité ».

Les victimes se sont senties oublié par la Communauté internationale, en effet, ce n’est que le 22 mai 2007 que le Procureur a annoncé une enquête sur ces crimes par la Cour Pénale internationales (CPI). Il est clair, que ces crimes sont restés impunis mais la Cour de Cassation avait « conclu dans sa décision d’avril 2006 que les Cours de la RCA n’étaient pas en mesure d’enquêter et de poursuivre des crimes d’une telle étendue et a explicitement renvoyé la situation devant la CPI ». La Fédération Internationale des Droits de l’Homme a donc porté à la connaissance de la CPI, les divers crimes sexuels commis en République Centrafricaine, et l’année suivante, un mandat d’arrêt a été émis contre Jean-Pierre Bemba. Il est jugé à La Haye depuis novembre 2010 « pour manquement présumé à contrôler ses troupes du Mouvement pour la libération du Congo qui ont été déployées en République Centrafricaine pendant les années 2002 et 2003 ». Même si Jean-Pierre Bemba n’était pas sur place, « les procureurs soutiennent que, en tant que commandant en chef, il avait les moyens de savoir que ces troupes commettaient des viols, des meurtres et des pillages mais ne les avait ni arrêté ni puni ». Le 7 avril 2014, les juges de la CPI ont indiqué que la soumission d’éléments de preuve à son procès avait pris fin. Bien sûr, la CPI ne jugera pas Jean-Pierre Bemba pour viol à proprement parler, elle n’en a pas la compétence, car je le rappelle, la CPI a compétence à juger des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes de génocide et des crimes d’agression.

La CPI n’a donc pas encore donné son verdict, et même si ce jugement est très attendu par les victimes d’agressions sexuelles, les traumatismes sont toujours présents. Dans une crise qui n’en finit pas, les victimes sont laissées à leur propre sort. L’ONU (Organisation des Nations Unies) est quand même intervenue à partir de 2012. C’est avec la visite de Zainab Hawa Bangura, qui est la représentante de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits, que deux accords ont été signés avec les principales parties prenantes au processus de paix de la RCA. Avec ces accords, des engagements ont été pris, dont « l’adoption d’une législation spécifique sur la protection des femmes contre la violence ; la révision du Code Pénal et du Code de Procédure Pénale pour reconnaitre la violence sexuelle, dont le viol, comme un crime; et l’incorporation des provisions du protocole sur la prévention et la suppression de la violence sexuelle contre les Femmes et les Enfants de la Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs (CIRGL) dans la législation nationale ; ainsi que la préparation du projet de plan d’action national pour la mise en œuvre de la résolution du Conseil de Sécurité 1325 (2000) ». Zainab Hawa Bangura a effectué une deuxième visite, le 17 mars 2014, pour continuer à faire passer son message contre les violences sexuelles en RCA.

Malgré ces initiatives, les agressions sexuelles persistent. D’ailleurs en 2013, des rebelles de la Séléka et des anti-Balaka ont aussi été soupçonnés de viols. Monsieur Dangabo Moussa, Président de l’association africaine pour la défense des droits humains et libertés fondamentales, a porté plainte contre les anti-Balaka, en date du 26 avril 2014, pour viols et tentatives de propagation du Sida. De plus, Zainab Hawa Bangura a condamné les abus et a appelé les deux partis (ex-Séléka et anti-Balaka) à stopper leurs crimes, en leurs rappelant que des peines peuvent être infligées non seulement par les tribunaux nationaux mais aussi par les Cours internationales.

Toutes ces initiatives sont positives pour l’avenir mais compte tenu du contexte de la République Centrafricaine, il est difficile d’envisager un avenir meilleur pour toutes ces victimes de viols. Une ONG (Organisation non-gouvernementale) Centrafricaine avait pris des engagements en faveur des victimes, l’OCODEFAD (Organisation pour la Compassion des Familles en Détresse), mais il a fallu du temps pour que la Communauté Internationale s’intéresse à ce problème. Force est de constater qu’il va être difficile pour les victimes de guérir de leur traumatisme, sachant que la crise continue et que les agressions sexuelles sont toujours utilisées comme une arme pour déshonorer les parties adverses.

Amélie RIPOCHE


http://www.irinnews.org/fr/report/42721/r%C3%89publique-centrafricaine-le-calvaire-des-victimes-de-viol-continue

http://www.redress.org/downloads/publications/FR09.pdf

http://french.bembatrial.org/2014/04/la-presentation-des-elements-de-preuve-au-proces-bemba-est-terminee/

http://www.journaldebangui.com/article.php?aid=6383

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=29503#.U2jmT_l_sbg

 

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