Soudan du Sud, un nouvel enlisement de l’ONU

Un soldat de l'armée rebelle de l'ancien vice président Riek Machar, le 20 avril à Bentiu. Tous droits réservés.

Un soldat de l’armée rebelle de l’ancien vice président Riek Machar, le 20 avril à Bentiu.
Tous droits réservés.

Alors que la République du Soudan du Sud est officiellement état membre de l’ONU depuis à peine trois ans, les Nations Unis envisageraient déjà de sanctionner les dirigeants du régime ainsi que les chefs de la rébellion en cours devant les massacres massifs de civils perpétrés par les deux bords.

Bref rappel historique: Sans refaire l’histoire du Soudan qui depuis les années 1950 a été profondément marquée par les hécatombes des guerres civiles, nous pouvons rappeler que la République du Soudan du Sud a été créé le 9 juillet 2011 en faisant sécession suite à un référendum tenu du 9 au 15 janvier de la même année. Le 14 juillet 2011 ce pays est alors officiellement reconnu comme le 193ème état membre de l’ONU. En parallèle, le conseil de sécurité des Nations Unis avait également voté le 8 juillet, l’adoption de la résolution 1996 en estimant que la situation du Soudan du Sud constituait toujours une menace pour la paix internationale et la sécurité de la région. La Mission des Nations Unis au Soudan du Sud (MINUSS) déployée depuis la résolution se charge donc sur le terrain de consolider la paix et la sécurité tout en cherchant à contribuer au développement.

En effet, la situation de ce nouvel état est extrêmement conflictuelle avec tout d’abord au Nord la poursuite de combats entre le Soudan du Sud et le Soudan sous motifs à la fois religieux (population plutôt Musulmane au Nord et Chrétienne et Animiste au Sud) et économiques (contrôle des régions pétrolifères frontalières) ceci malgré le cessez le feu instauré en septembre 2011.

Parallèlement à ces conflits, le Sud Soudan connait une nouvelle situation de guerre civile depuis fin 2013 en opposant le régime en place de Salva Kiir face aux partisans de Riek Machar issus du mouvement populaire de libération du Soudan, l’ancienne rébellion avant l’indépendance. Cette opposition interne au Soudan du Sud est notamment basée sur des rivalités ethniques avec les Dinkas, ethnie de Salva Kiir, face aux Nuers, ethnie de Riek Machar.

Aujourd’hui, la MINUSS est donc toujours sur le terrain et devant le regain de violence de l’année 2013, le conseil de sécurité a décidé en décembre dernier de déployer 5 000 casques bleus supplémentaires. De plus, le mandat de cette mission doit être renouvelé en juillet prochain. Ce renouvellement pose donc beaucoup de questions au conseil de sécurité notamment sur la nature même du mandat.

Une dégradation de la situation depuis fin 2013: Ce nouveau conflit interne qui a débuté le 15 décembre dernier dans la capitale de Djouba fait énormément de victimes civiles. On comptait dès le début des hostilités déjà plus de 70 morts dans la capitale et 200 000 Sud Soudanais déplacés.
Depuis, c’est l’escalade de la violence avec des attaques et contre attaques de la ville stratégique de Bor (ce qui a d’ailleurs obligé certaines compagnies pétrolières internationales à cesser leurs activités dans cette ville), de Malakal ou encore de Bentiu, ville située dans la zone pétrolifère du nord du pays. Les tentatives de cessez le feu ou d’accords de paix initiées fin janvier et début février restent totalement stériles pour le moment. On peut aussi souligner que 700 soldats de l’armée gouvernementale auraient rejoint les rebelles.

Situation tristement classique, les civils reçoivent cette violence de plein fouet avec récemment l’attaque du camp de réfugiés de la ville de Bor. Ce camp surpeuplé sous protection de l’ONU abrite environ 5 000 personnes depuis quatre mois. Le 17 Avril des manifestants pro gouvernement ont alors attaqué le camp dont les réfugiés en sont aujourd’hui les prisonniers. Les attaquants qui étaient armés ont causé la mort de 58 personnes et en ont blessés une centaine malgré les tentatives des casques bleus. La ville de Bor étant depuis janvier sous le contrôle des forces gouvernementales, le camp a été attaqué sous prétexte qu’il est accueil principalement des réfugiés de l’ethnie Nuer (celle des forces rebelles) et qu’il cacherait des opposants. La situation est aujourd’hui critique pour ces réfugiés qui ne peuvent sortir du camp sans risquer la mort. Peu de temps avant, le 15 avril c’était la ville de Bentiu qui était attaquée cette fois ci par les rebelles et causant la mort de plus de 200 civils. Cette zone apparaît donc comme le théâtre d’un désastre humanitaire d’envergure, une situation qui avec l’arrivée de la saison des pluies ne devrait pas aller en s’arrangeant.

Face aux exactions perpétrées par les deux camps, le conseil de sécurité de l’ONU avait déclaré que l’attaque de civils et de camps sous la protection de l’ONU peut constituer un crime de guerre.
Plus récemment, c’est la France et les Etats Unis qui ont affirmé vouloir prendre des sanctions à l’égard du gouvernement Sud Soudanais et des rebelles. Une déclaration préparée par les Américains et dans ce sens devrait être bientôt adoptée par les 15 pays membres.

Cependant la question principale reste aujourd’hui celle de la mission Onusienne au Sud Soudan. En effet sur les 5 000 casques bleus supplémentaires et devant être envoyés sur le terrain, seulement 700 ont rejoint la zone. L’ambassadrice des Etats Unis auprès de l’ONU Samantha Power s’est dite prête à étudier un projet de résolution sur le rôle de la MINUSS. Selon le journal Le Monde une source diplomatique a déclaré que le rôle des casques bleus pourrait se concentrer à l’avenir sur la seule protection des civils.

La zone du Soudan reste donc très problématique et l’ONU se retrouve finalement confrontée à ses vieux démons, à savoir les échecs de ONUSOM I et II entre 1992 et 1995 en Somalie, un pays où la situation y est malheureusement très similaire. L’attitude des Nations Unis et notamment sa capacité à tirer des leçons du passé face aux conflits d’aujourd’hui va donc être très intéressante à suivre dans les prochains mois…

Géry Bailliard

http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/unmiss/

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