Les enjeux de l’alliance navale Indes-Japon face à la puissance chinoise

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Alors que l’alliance diplomatique et militaire entre les Etats-Unis-Japon est souvent évoquée, celle entre l’Inde et le Japon est peu révélée. Pourtant de nombreux intérêts stratégiques sont partagés par ces deux pays, notamment sur des questions de sécurité économique et la volonté de faire contrepoids vis-à-vis de la Chine. Nous tâcherons d’analyser cette alliance.

Commençons tout d’abord par une brève présentation de chaque nation.

La Chine possède la 4ème flotte marchande du monde et la 3ème industrie navale. Selon un rapport [1] de l’Administration Américaine d’information sur l’Energie, la Chine  est devenue première importatrice de pétrole en septembre 2013 ce qui accroît sa dépendance énergétique. Ses exportations (290 milliards d’euros de biens exportés vers l’Union Européenne en 2012) et importations massives font que 90% de son commerce est de nature maritime et utilisent de nombreuses voies dites vulnérables en raison de la piraterie et du terrorisme maritime (détroits de Malacca, de la Sonde, et de Lombok). L’extension de sa puissance en Asie du Sud-Est passe donc par la sécurité de ses voies maritimes.

L’Inde a une croissance économique régulière mais moins forte que celle de la Chine. Elle jouit d’une vision positive des pays occidentaux mais est crainte par certains de ses voisins comme le Pakistan. Son rapprochement avec les Etats-Unis, en 2009, lui a permis d’être reconnue comme puissance nucléaire civile. L’Inde tente donc d’incarner la puissance asiatique de l’Océan Indien. Son atout principal reste sa croissance économique avec un taux de croissance de 3,8% (2012, OCDE)[2]. Comme le précise le site du Ministère de l’économie et des finances : « avec un PIB mesuré en parité de pouvoir d’achat, l’Inde se hisse au 4ème rang mondial, après les Etats-Unis, la Chine et le Japon ». Autre atout de poids, sa démographie importante la rend indépendante de la Chine. Néanmoins, sa dépendance en énergie (gaz, charbon, pétrole), surtout vis-à-vis des pays du Golfe (70% de son importation de pétrole en 2010) la rend vulnérable et l’oblige à contrôler ses routes maritimes et surtout à développer ses infrastructures portuaires, engorgées et mal connectées aux autres modes de transports.

Le Japon est un pays dépendant de ses importations en combustibles fossiles. Il tient la 1ère place en importateur de gaz naturel et la 2ème pour le charbon. 83% de ses importations pétrolières en 2012 proviennent du Moyen-Orient. Ses atouts reposent sur sa croissance économique et son alliance avec les Etats-Unis.

Pour répondre à ces différentes vulnérabilités, quelques stratégies ont été mises n place par le Japon et l’Indes.

Face à la tentative de maîtrise des voies maritimes du sud-est asiatique par la Chine ; le Japon et l’Inde adoptent une stratégie d’alliance dans le but de faire contrepoids. Celle-ci a eu pour prétexte la lutte contre la piraterie au large de la Somalie à partir de décembre 2011. Elle s’est ensuite renforcée par des exercices conjoints des gardes côtes de l’Inde et du Japon en janvier 2012 ; puis grâce à des manœuvres navales, en juin 2012, dans la baie de Sagami de la préfecture de Kanagawa. Le 6 janvier 2014 le ministre indien de la Défense Arackaparambil Kurian Antony et son homologue japonais Itsunori Onodera se sont mis d’accord pour renforcer la coopération bilatérale en 2014 et organiser de nouvelles manœuvres navales en Océan Indien.

L’objectif final est  « de faire en sorte que les forces navales indiennes et japonaises soient rapidement et pleinement inter-opérationnelles »(discours de l’ancien 1er ministre japonais Shinzo Abe à New-Delhi en 2012).

Ces stratégies ne sont pas le fait d’un hasard historique mais sont mises en place dans un contexte précis : celui du développement naval chinois.

Outre le crainte mutuelle face à l’augmentation des capacités militaires maritimes de la Chine (entre fin 2011 et fin 2012, la Chine a lancé ou mis en service un porte-avions, 3 sous-marins, 5 destroyers lance-missiles, 5 frégates, 7 corvettes, une vingtaine de patrouilleurs lance-missiles, 4 dragueurs océaniques, 2 transports de chalands de débarquement, 2 pétroliers-ravitailleurs, 2 bâtiments-bases de sous-marins et 2 bâtiments d’expérimentation), l’Inde et le Japon partagent une convergence d’autres intérêts stratégiques tels que la lutte contre la piraterie et les menaces liées au transfert de technologies sensibles (nucléaires, missiles balistiques) de la Corée du Nord vers le Pakistan, ennemi de l’Inde.

L’alliance bilatérale Inde-Japon n’est pas nouvelle. En 2006, une déclaration conjointe vers un partenariat stratégique et global avait été mise en place et a débouché sur un Pacte de sécurité le 15 janvier 2007. En réponse à l’arrêt de l’exportation de terres rares par la Chine vers le Japon un accord, en 2010, nippon-indien a été mis en place pour l’exploitation et la sécurisation conjointe des terres rares.

La visibilité croissante de cette concurrence navale entre puissances asiatiques permet, par un effet de miroir, de faire ressortir les enjeux de chacun.

Pour accroître sa puissance, la Chine adopte la stratégie dite du « collier de perles ». Pour cela elle augmente ses capacités maritimes. Cette stratégie lui permet de sécuriser peu à peu ses routes maritimes, de développer l’exploitation de fonds marins spécialement pétroliers off-shore et halieutiques en mer de Chine et mer Jaune et de tenter d’accéder « au grand large » dans le Pacifique.

La priorité maritime de l’Inde est de garder la main mise sur l’Océan Indien et de s’opposer au « collier de perles » chinois s’étendant jusqu’au Sri Lanka, Pakistan, Maldives, Birmanie et Bangladesh. Le Japon, lui, a exactement les mêmes problèmes que la Chine : la sécurisation de ses voies maritimes internationales et la nécessité de s’approvisionner en matière première (terres rares, pétrole…). Il entre donc en conflit avec la Chine sur la revendication de ZEE. Pour lui, l’Inde occupe une place stratégique importante car elle est située au cœur des lignes de communications reliant l’archipel nippon au Moyen-Orient et à l’Afrique.

De plus, l’objectif de l’Inde et du Japon est de faire  front au développement de la puissance chinoise de manière indirecte, par une succession d’accords avec les pays d’Asie du Sud-Est. Ce jeu d’alliance Indes-Japon s’affirme notamment avec le développement d’une alliance trilatérale entre Japon-Indes-Etats-Unis débutée en décembre 2011.

A long terme, l’Indes et le Japon ne pourront probablement pas dépasser numériquement la flotte chinoise. Néanmoins, à court terme, ils gardent une avance possible qui leur permet de poser leurs pions sur leurs différentes routes commerciales stratégiques. De plus, l’accroissement des accords bilatéraux et trilatéraux en vue d’exercices navals communs va permettre à l’Indes et au Japon d’équilibrer l’augmentation numérique de la flotte chinoise. Le poids que prennent les Etats-Unis en Asie du Sud-Est sera un des atouts principaux pour l’alliance Indes-Japon

Thibault Dewynter

Bibliographie

 

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Une réflexion au sujet de « Les enjeux de l’alliance navale Indes-Japon face à la puissance chinoise »

  1. Merci Thibault pour le témoignage humble et lumineux de ta vie, et si je regrette de ne pas t’avoir plus connu ici-bas j’espère fermement que nous nous retrouverons un jour au Ciel à contempler la face de Dieu.

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