Vers un conflit sino-japonais ? (2/2)

Manifestations en Chine contre le Japon - Source AFP/STR - Tous droits réservés

Manifestations en Chine contre le Japon – Source AFP/STR – Tous droits réservés

Depuis la nationalisation de trois des cinq îles de l’archipel en septembre 2012, la tension est à son comble en Mer de Chine. Au-delà des intrusions récurrentes de navires chinois, les gouvernements mènent des politiques nationalistes actives afin d’exacerber les mentalités mais sont aussi à la recherche de soutien international.

Les événements actuels et la politique menée dans chacun des deux pays ne cessent d’aggraver la situation. Chacune des manœuvres d’un de ces Etats engendre une réaction du gouvernement adverse et renforce la crise. Xi Jinping, président de la République Populaire de Chine depuis le 14 mars 2013, et secrétaire général et président de la commission militaire centrale du parti communiste chinois depuis 2012, mène une politique d’affirmation du nationalisme. Cette volonté ne contribue pas à un apaisement des relations bien au contraire. La politique du « rêve chinois » de Xi Jinping qui stimule la population et aggrave les relations avec le gouvernement japonais n’est pas la seule source d’inquiétude. Le 23 novembre dernier, une réforme concernant la zone aérienne d’identification en mer de Chine a également envenimé les rapports sino-japonais puisque celle-ci chevauche celle du Japon et englobe les îles de Senkaku. Après cette annonce, le Président américain Barack Obama a d’ailleurs envoyé deux avions B-52 dans la zone sans avertir les autorités chinoises afin d’affirmer son soutien au Japon. La Chine aurait depuis projeté une nouvelle zone aérienne comprenant les îles Paracel également sources de revendications. Washington a considéré que cette nouvelle zone serait « un acte provocateur et unilatéral qui augmenterait les tensions et compromettrait sérieusement l’engagement de la Chine à régler par la diplomatie les différends géopolitiques de la région ».

Au Japon, la politique menée ne tend pas non plus à pacifier les relations et est jugée par ses voisins comme « provocatrice ». Shinzo Abe, le premier ministre pratique également une politique nationaliste. Le gouvernement japonais a décidé de présenter de nouveaux manuels d’histoire présentant les îles Senkaku comme partie intégrante du territoire japonais en mer de Chine. Le ministre de l’éducation justifie ce choix puisque selon lui : «En matière d’éducation, il est naturel pour un État de donner à ses enfants des enseignements sur des parties intégrantes de son propre territoire». Cette réforme s’inscrit dans la politique conservatrice de Shinzo Abe qui souhaite proposer une nouvelle vision de l’histoire. En effet, le premier ministre japonais souhaite en finir avec un Japon «démilitarisé» et sa «diplomatie des excuses» envers les peuples asiatiques pour les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale. Il souhaiterait également changer la constitution du Japon afin de permettre un plus grand activisme militaire. Enfin, le premier ministre nippon s’est rendu fin décembre dans le temple shintoïste de Yasukuni où sont enterrés les soldats morts pour le pays dont quatorze criminels de guerre ce qui a été vu par Pékin comme une « provocation ».

D’un coté comme de l’autre, chaque événement engendre des tentatives de rapprochement avec les autres puissances. Ainsi suite à la visite de Shinzo Abe dans le temple shintoïste, la Chine a profité de cet incident pour tenter un rapprochement avec le Canada en mémoire des soldats ayant combattu aux cotés des forces chinoises durant la deuxième guerre mondiale. Cependant, si la tentative chinoise d’un rappel du passé pourrait porter ses fruits auprès de certains pays, l’impérialisme japonais n’est plus d’actualité et c’est bien la Chine qui est perçue comme la nouvelle puissance hégémonique en Asie du Sud-Est. En effet, le gouvernement chinois déploie d’énormes moyens financiers et militaires pour étendre son influence en investissant dans la zone. C’est le cas en Birmanie, au Cambodge, au Laos, en Malaisie et aux Philippines par exemple.

Aujourd’hui la marine chinoise est devenue la troisième puissance du monde et le conflit avec le Japon n’est pas le seul différend territorial. En effet, la Chine a aujourd’hui des revendications à propos de l’archipel des Spratley et des îles Paracel dont les eaux territoriales détiennent également de nombreuses ressources naturelles. Cependant, les tensions sino-japonaises sont les plus vives et les plus récurrentes et illustrent parfaitement les changements géopolitiques en Asie ainsi que la lutte hégémonique entre les deux puissances.

Ronan Hélou

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