Mais que fait l’Iran ?

sl20130615172850730Le Président de la République Islamiste d’Iran Hassan Rohani -Tous droits réservés-

Si on considère comme beaucoup de médias occidentaux que l’Iran ne serait qu’une dictature théologique et fondamentaliste, la dernière élection présidentielle du 14 juin 2013 peut paraître surprenante.

Malgré l’écartement du dauphin du dernier Président Ahmadinejad, et l’indécision d’un grand nombre de citoyens, les sondages du 6 juin annonçaient encore, comme au début de l’année, un duel au second tour entre deux conservateurs : Mohammad Ghalibaf (39% des voix au premier tour), maire de Téhéran, ancien chef de la police, conseillé du Guide Suprême Ali Khamenei, face à Mohsen Rezaï (16,8 %), officiellement recherché par Interpol pour une implication dans un attentat meurtrier contre les juifs d’Argentine, aussi proche de l’Ayatollah, ancien chef du Corps des Gardiens de la Révolution, ou Saïd Jalili (13,9 %) héros de la guerre Iran-Irak, partisan d’une politique étrangère agressive, également proche du Guide Surpême.
La preuve irréfutable de la dérive autoritaire du régime et la fin du rêve républicain clamait ainsi France24 après un entretien du 22 mai avec Azadeh Khian-Thiébaut, chercheuse au Centre national de recherche scientifique (CNRS) spécialiste de l’Iran et professeur de sciences politiques à l’Université Paris VII.
L’élection serait jouée d’avance, au pire truquée comme en 2009 lors de la réélection contestée du Président Ahmadinejad, alors accusé de fraude massive, les candidats modérés ne faisant là qu’un rôle de figuration.

Et pourtant, malgré des « intimidations » et un « manque de transparence » dénoncées par la BBC et les Etats-Unis, « des élections pas libres et équitables » pour le rapporteur de l’ONU, grâce à la division des conservateurs et le désistement 4 jours avant le scrutin du réformateur Mohammad-Reza Aref au profit de celui perçu comme un modéré : Hassan Rohani, ce dernier va remporter l’élection dès le premier tour par 50,71% des voix, loin devant ses rivaux conservateurs, Ghalibaf (16,56%), Saïd Jalili (11,36%) et Mohsen Rezaï (10,58%) avec 72% de participation.

Une heureuse surprise donc qui annoncerait sûrement un tournant dans la politique iranienne. Huit mois plus tard, sur le plan de la politique étrangère, l’Iran semble effectivement  avoir pris un nouveau chemin, profitant de la nouvelle donne au Proche-Orient pour se rapprocher de ses voisins et même des États-Unis.

Fini le « Grand Satan » américian, place à la négociation. Les accords de Genève sur le nucléaire marque ainsi une première étape vers la fin de 30 ans de conflits avec les occidentaux.
À l’Est, la République Islamiste semble s’accommoder du régime Afghan qui laissera toujours plus de place aux minorités iraniennes notamment les Hazaras chiites que les Talibans. L’Iran semble avoir également accepté de mettre sous silence les persécutions de la minorité chiite au Pakistan, considéré comme un allié par Washington, pour un nouveau rapprochement historique en tablant sur la dépendance énergétique de ce voisin. Est ainsi en projet un « gazoduc de la paix ». Si à l’inverse l’Inde, ancien partenaire objectif de l’Iran, semble se tenir à l’écart de cette réconciliation qui ne l’arrange guère, Téhéran peut là encore tabler sur les besoins énergétiques de ce géant en éveil pour à terme l’associer au projet.
À l’Ouest, la chute de Saddam Hussein avait déjà débarrassé l’Iran de son pire ennemi au profit des Kurdes irakiens et de la majorité chiite que Téhéran avait soutenue, gardant ainsi des relations très étroites avec le nouveau régime.
Au Sud, si l’opposition Arabie Saoudite-Iran se poursuit, ce que le Monde Diplomatique qualifie de « guerre froide » dans son édition de janvier 2014, avec le Liban comme lieu d’affrontement interposé, la République Chiite a toutefois fait de grandes avancées envers les autres pays du Golf Persique, multipliant les visites diplomatiques et laissant même entendre que l’Iran serait prêt à revoir sa position vis-à-vis des îlots contestés entre l’Iran et les Émirats Arabes Unis, annexés par le Chah en 1968.
Si les relations avec Ankara reste cependant assez délicates, en dehors du conflit syrien, les intérêts des deux grands pays non arabe du Moyen-Orient semblent toutefois concorder en de nombreux domaines alors que l’Iran cherche de nouveaux partenaires économiques et que la Turquie voit ses espoirs européens toujours plus s’éloigner. La visite du ministre turc des Affaires Étrangères à Téhéran en novembre dernier pourrait également être le début de la réconciliation entre les deux pays.

La Syrie reste donc le seul grand contentieux entre Téhéran et ses anciens adversaires hormis Israël. Mais si les médias occidentaux semblent s’être concentrés sur le rôle du Président russe Vladimir Poutine, ce serait l’Iran, selon ses propres services, qui serait à l’origine du compromis sur la destruction des armes chimiques ayant mis fin au risque de frappe aérienne occidentale contre le régime de Bachar el-Assad.
Quant à l’État Hébreu, bien qu’au lendemain de l’élection Netanyahu ait publiquement déclaré que le changement de gouvernement iranien « ne changerait rien », Le Président Rohani a également fait ce qui semble être un premier pas en reconnaissant le génocide des juifs par les Nazis pendant la seconde guerre mondiale, en 2013, à quoi s’est rajoutée la condamnation de ce fait par le ministre des Affaires Étrangères iranien, Javad Zariff à la télévision allemande ce 3 février 2014, tout en condamnant toutefois peu après le non respect des droits des Palestiniens par Israël.

Enfin, malgré tout ces retournements dans la politique étrangère iranienne et son souhait de dégeler ses relations avec les pays arabes et les occidentaux, le nouveau maître de Téhéran n’a pas pour autant perdu de vue les anciennes alliances passées par son prédécesseur. Les Brics restent ses principaux interlocuteurs et la Russie, qui a appelé à renforcer leurs liens, reste son principal allié dans la bataille qui se joue en Syrie avec le soutien diplomatique de la Chine. De même, les partenariats réalisés avec la plupart des dirigeants socialistes d’Amérique latine n’ont pas été démentis.

Depuis la dernière élection présidentielle, la République Islamique d’Iran sous la direction de Rohani semble donc réaliser l’exploit de conserver ses anciennes alliances internationales, poursuivre son soutien au Hezbollah Libanais et au régime Syrien légal, tout en renouant avec ses voisins par une attitude moins belliqueuse et avec les États-Unis par le dialogue sur le programme nucléaire. Cela laisse évidemment présager une amélioration rapide de l’économie iranienne, jusqu’alors en berne, grâce au desserrement de l’étau occidental tout en assurant à l’Iran une place incontournable dans les relations internationales à venir.

Vincent Houdou

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