San José part à la rencontre de ses populations indigènes…

Cérémonie du peuple Borucas - Tous droits réservés

Cérémonie du peuple Borucas – Tous droits réservés

Parmi les quelques 4 872 000 habitants que compte le Costa Rica, plus de 100 000 individus appartiennent à l’une des huit ethnies¹ réparties sur l’ensemble du territoire. Alors qu’elle ne représentait que 1,7% de la population costaricaine en l’an 2000, elle a atteint en une décennie un taux de 2,4%. De prime abord, cette augmentation semble favorable aux populations autochtones… Toutefois, est-ce vraiment le cas ?

Tout d’abord, il convient de souligner que cette progression est essentiellement le fruit de deux facteurs dont le premier est un meilleur recensement. En effet, contrairement aux années précédentes, le dernier recensement a permis de comptabiliser non seulement les habitants des territoires faciles d’accès mais également ceux vivant dans des zones plus reculées telles que les montagnes. Outre un comptage plus précis, cette avancée devrait permettre de mieux comprendre leur mode de vie et donc d’adopter  à leur encontre des politiques qui leur seront plus favorables et répondront mieux à leurs besoins.
Le deuxième facteur est la tendance accrue à se déclarer indigène qui n’est pas seulement propre au Costa Rica mais s’observe  à l’échelle internationale. Bien qu’ils soient aujourd’hui encore marginalisés et relativement défavorisés, les autochtones bénéficient peu à peu d’une image plus positive qu’auparavant. De plus, les divers accords signés depuis 1993² afin de faire reconnaître leurs droits, bien que n’ayant pas toujours été respectés, ont permis de moins les exclure des décisions prises au niveau national. Ainsi, davantage d’individus sont aujourd’hui prêts à affirmer leur appartenance à l’une des huit ethnies.

Mais finalement, quelle qu’en soit l’origine, cette évolution va avant tout permettre une meilleure visibilité et donc une meilleure prise en compte des autochtones, notamment en leur offrant la possibilité de prendre davantage part aux décisions générales concernant le pays. En effet, les intérêts nationaux et tribaux ne concordent pas toujours et désormais, le Gouvernement ne pourra plus nier la souveraineté qu’ont les indigènes sur les réserves qui leur ont été concédées. L’actuel projet hydroélectrique El Diquís³ en est l’illustration. Il consisterait à inonder une partie de la zone sud du pays où se trouvent diverses réserves indigènes afin de construire le plus grand bassin de retenue artificiel d’Amérique Centrale. Un dialogue avec les populations locales a été mis en place à cette occasion, soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement.

Néanmoins, ces populations pèsent encore bien peu face à un « Costa Rica [qui] découvre ses indigènes » comme le concluait le Programme des Nations Unies précédemment cité. Ainsi, même si un dialogue a été entamé avec l’ensemble des ethnies, de nombreux points sont encore à améliorer pour leur permettre de bénéficier d’une véritable discussion d’égal à égal, essentiellement dans les domaines des transports et de l’enseignement. On notera par exemple que le taux d’alphabétisation de ces populations est de 90% contre 97% pour le reste des Costaricains et que 70% d’entre eux ne parviennent pas à terminer le cursus basique, ce qui peut s’expliquer notamment par le fait que les cours ne soient dispensés qu’en espagnol, ce qui n’est pas leur langue maternelle. Enfin, d’importants efforts sont à faire concernant les transports car les difficultés rencontrées pour connecter certains territoires indigènes aux infrastructures sanitaires ou scolaires par exemple privent ces personnes de nombreux services que l’Etat leur offre.

En conclusion, la meilleure visibilité des populations indigènes au Costa Rica est certes une avancée mais qui ne doit être considérée que comme un premier pas et non comme un but atteint car le chemin à parcourir avant de prêter toute l’attention nécessaire à leurs besoins basiques puis à les aider à accéder à un développement en accord avec leur mode de vie est encore long…

Hélène DUPUIS

¹ Les huit ethnies sont: le peuple Borucas, le peuple Bribri, le peuple Cabecar, le peuple Chorotega, le peuple Guatuso (aussi appelé Malekus), le peuple Guaymie (également appelé Ngabe), le peuple Huetar et le peuple Terrabas.

² 1993: ratification par le Costa Rica de la Convention n°169 de l’Organisation Internationale du Travail sur les peuples indigènes et tribaux.

2007: signature de la Déclaration des Nations-Unies sur les Droits des peuples autochtones.

³ Pour en savoir plus sur le projet: http://pheldiquis.cr/es-es/inicio.aspx (site en espagnol)

Références:

1. MURILLO, Álvaro, « Costa Rica descubre a sus indígenas », El País, 30/12/2013, consulté le 30/12/2013

2. Atlas numériques des populations autochtones

3. Centre du Développement Indigène (CEDIN)

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