Les violences sexuelles comme arme de guerre

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« tous droits reservés »

La problématique du viol lors des conflits armés est très paradoxale. Depuis toujours, on la retrouve sur tous les théâtres d’affrontements, dans toutes les zones de non-droit partout dans le monde et pourtant, elle est peu médiatisée. Sujet trop « choquant », incompréhensible ? Probablement. Il n’en est pas moins qu’il faut pouvoir comprendre, au moins superficiellement, ce qui sous-tend ces pratiques et ce qui les provoque pour pouvoir les combattre.

Le viol est reconnu comme « crime contre l’humanité » par le statut de Rome, il existe donc des cadres juridiques internationaux qui en font l’un des crimes les plus graves qui puisse être perpétré à l’encontre des individus et des populations. Il faut pourtant attendre le 22 Février 2001 et une décision du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie pour voir un cas de viol qualifié explicitement de « crime contre l’humanité ». Avant cela, les affaires de violences sexuelles étaient où bien traitées en parallèles d’autres crimes, où bien tout simplement ignorées. Notons toutefois que seuls trois militaires Serbes furent jugés pour « esclavagisme sexuel » dans ce contexte, alors qu’on estime à plus de 50 000 de nombre de femmes violées pendant la seule guerre en Bosnie…

On retrouve, comme nous l’avons dit, des cas de viols partout et à toutes les périodes, mais les buts (car il y en a…) de tels actes sont très variés. On peut définir trois grands « types » de pratiques.

– Les « viols pulsionnels », perpétrés par des opportunistes, seuls ou en groupe. C’est le type de crime que l’on retrouve le plus souvent lors de conflits larvés, de longue durée, et dans les zones de non-droit et de chaos politique (comme l’Est de la RDC aujourd’hui par exemple). Lors de razzias, les femmes (et parfois les enfants) sont violées « au passage », ou bien prises comme butin. On estime que depuis plus de 20 ans que dure le chaos dans l’Est de la RDC, plus de 260 000 femmes ont ainsi été victimes de ces actes. A titre de comparaison cela équivaut à plus de 1000 cas par mois pendant 20 ans pour une population quatre à cinq fois inférieure à celle de la France…

– Les « viols idéologiques ». Ce sont des actes à portée symboliques, perpétrés dans un cadre précis d’endoctrinement.  Des crimes massifs, continus, organisés, systématiques sur une période donnée lors d’un conflit opposant deux groupes clairement identifiés. Le cas de la guerre en Bosnie est typique de ce genre de viols. On peut comparer cela à des actes de torture n’ayant pas pour but de faire parler les victimes, mais de les déshumaniser totalement. Les conséquences sociales de ces viols de masse sont incalculables, à tout point de vue. Ils brisent le tissu familial et communautaire, et provoquent dans l’écrasante majorité des cas l’autodestruction à plus ou moins long terme des victimes et de leurs proches. La réduction des victimes au statut d’objet a en effet pour résultat de les forcer à développer des défenses extrêmement ancrées qui sont, en l’état actuel des connaissances en psychologie, impossibles à résorber. On ne « raconte » pas ces évènements, on les revit, ce qui rend tout travail d’aide aux victimes, et de prise en considération de leur parole dans un cadre strictement juridique très complexe.

– La « contagion au civil ». On retrouve ces pratiques lorsqu’un conflit où une période de crise majeure se poursuit dans le temps. Plus le chaos ambiant s’accentue, plus certains civils « s’autorisent » à violer. On se méfie de tous, et on s’autorise donc tout. Il est parfois compliqué de différencier ce genre d’actes des « viols pulsionnels » exposés plus haut, car les conséquences pour les victimes et le tissu social sont sensiblement les mêmes, mais il faut bien prendre en compte le fait que ces crimes sont ici perpétrés par de « simples civils », parfois au sein de leur propre communauté. On identifie d’ailleurs souvent ce type de viols comme une conséquence du premier ou du second type.

Les difficultés de la justice internationale à punir le viol comme une arme de guerre découlent en grande partie des conséquences mêmes de ces actes. En effet, le temps des victimes est en décalage total avec celui de la justice (on retrouve le même problème dans le cas de l’enfance en guerre d’ailleurs). Dans les tribunaux pénaux internationaux, on ne retrouve aucune femme victime dans les parties civiles, leur prise en charge s’effectuant presque exclusivement localement.  Des projets de suivi ou de constitution de cellules de travail ont bien été envisagés mais ils ont tous échoués. En définitive, rien ne peut se régler dans les tribunaux internationaux, si ce n’est la simple lutte contre l’impunité des auteurs, car les victimes ne peuvent être entendues que comme témoins (si elles en ont encore les capacités plusieurs années après les faits…) et aucune réparation n’est prévue pour elles. Ce sont les communautés locales qui peuvent devenir porteuses d’une nouvelle manière de vivre ensemble après les atrocités, qui peuvent lutter contre l’isolement des victimes et de leurs proches. La priorité devrait donc être donnée à la justice locale, qui doit retrouver au plus vite les moyens de faire, au minimum, appliquer les décisions qu’elle peut prendre. De plus, le problème le plus « toxique » d’une telle problématique reste l’oubli…

Lou Vignane-Gonzalez

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