Suite : Le Soudan du Sud, les prémices d’une guerre civile ?

Des civils fuyant les violences se dirigent vers un refuge de la Mission des Nations unies, au Soudan du Sud. Tous droits réservés : HANDOUT/REUTERS. Copyright : Lefigaro.fr

Des civils fuyant les violences se dirigent vers un refuge de la Mission des Nations unies, au Soudan du Sud. Tous droits réservés : HANDOUT/REUTERS. Copyright : Lefigaro.fr

Comme nous le disions dans un précédant post, le Soudan du Sud est déchiré depuis le 15 décembre par d’intenses combats alimentés par une rivalité entre le président Salva Kiir et son ex-vice président Riek Machar, limogé en juillet.

Le premier accuse le second de tentative de coup d’Etat. Riek Machar nie et reproche à Salva Kiir de chercher à éliminer ses rivaux. Les forces rebelles ont pris en quelques jours le contrôle des capitales régionales comme Bentiu, dans l’Etat pétrolier d’Unité (au nord), et Bor qui a été reprise par l’armée. Le récent conflit au Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est animé par une vieille rivalité politique qui utilise la dimension ethnique: les Dinka de Salva Kiir contre les Nuer de Riek Machar.

La menace d’une guerre civile devient des plus réelles, les pourparlers entre le gouvernement et les rebelles tardent et l’ex-vice président Riek Machar est accusé de mobiliser des milliers de miliciens, soit jusqu’à 25 000 jeunes de l’ethnie Nuer. Ceux-ci seraient prêts « à attaquer à n’importe quel moment » dans l’Etat du Jonglei (à l’est). Les  Nuer se prépareraient à marcher sur la ville et à faire face à l’armée. Le porte-parole des rebelles, du nom de Moses Ruai Lat n’a pas démenti la présence de forces hostiles au gouvernement dans le Jonglei. Il a par contre nié qu’il s’agissait de Nuer mobilisés par Riek Machar. Selon lui, il s’agirait de soldats de l’armée qui ont décidé de se retourner contre le gouvernement d’eux mêmes.

Ces nouvelles menaces d’attaques surviennent alors que des pays d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique réunis au sein de l’organisation régionale IGAD (Autorité intergouvernementale sur le développement) avaient donné jusqu’à mardi aux deux parties pour entamer des pourparlers de paix et stopper les combats. Une médiation qui vient s’ajouter aux multiples efforts diplomatiques internationaux déployés depuis deux semaines pour tenter d’éviter au  Soudan du Sud de plonger dans la guerre civile. Les deux rivaux ont finalement accepté le principe des pourparlers. Hier, mercredi 1er janvier, des délégations du président Salva Kiir et de l’ex-vice président Riek Machar se sont rendus dans la capitale éthiopienne pour entamer des pourparlers de paix. Les négociations de paix devaient commencer aujourd’hui même, l’urgence est dans un premier temps de mettre en œuvre un cessez le feu et dans un second temps de résoudre le problème politique de fond.

Ces négociations interviennent à un moment pressant, en effet à travers le pays, le bilan est déjà de plusieurs milliers de morts et l’ONU a annoncé la découverte d’au moins un charnier. Plus de 120 000 personnes auraient également été déplacées. De plus, de très fortes violences s’exercent entre communautés et de nombreux  massacres, meurtres, et viols sont commis.

Ainsi, au-delà des dirigeants régionaux, la communauté internationale fait pression pour tenter d’enrayer la crise. Les Etats-Unis, qui avaient soutenus l’indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, et qui reste son principal soutien depuis, ont dépêché un envoyé en constante discussion avec les deux parties. La Chine, qui possède des intérêts pétroliers dans le secteur sud-soudanais, a aussi annoncé l’envoi d’un émissaire. Enfin « toutes les violences, attaques et violations des droits de l’Homme doivent cesser immédiatement », a déclaré le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon dans un communiqué diffusé à New York. « Les responsables devront répondre de leurs actes », a-t-il répété, appelant Juba et toutes les parties concernées à « s’assurer que les droits et la sécurité des civils sont protégés ».

Débordée aux premiers jours des combats, l’ONU a décidé de doubler à 12 500 ses casques bleus et d’envoyer des moyens aériens supplémentaires pour mieux protéger les civils. Les renforts ont commencé à arriver. Espérons que les négociations entre les deux délégations politiques à Addis-Abeba avanceront au mieux, afin d’éviter  un terrible massacre à caractère ethnique, malheureusement déjà amorcé.

Salomé CORBIN

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