Les espoirs de l’Amiral Liu Huaqing enfin réalisés?

Le Liaoning et ses navires d'escorte en exercice.

Le Liaoning et ses navires d’escorte en exercice – Tous droits réservés

L’année dernière, la République Populaire de Chine faisait l’acquisition de son premier porte-avion de fabrication soviétique. Cette année, la fabrication de deux nouveaux porte-avions aurait débuté aux alentours de Shanghai avec l’augmentation générale de la taille de la marine chinoise, relançant une course aux armements régionale.

À la fin de la guerre froide, le Commandant en chef de la Marine de l’Armée Populaire de Libération, l’Amiral Liu Huaqing, prévoit un grand plan de refondation et de modernisation de la flotte chinoise afin d’affirmer sa présence dans ses eaux souveraines d’ici 2000, puis dans tout le Pacifique voire l’Océan Indien d’ici 2010.
Toutefois, faute de financement, de savoir faire, de technologie et d’un manque de volonté évident de Pékin, ces plans se retrouvent continuellement gelés jusqu’au début des années 2 000.

En effet, en ce début de XXIème siècle, ses ambitions de superpuissance imposent à la Chine de relancer son projet de marine de guerre délaissé depuis les années 80. Celle-ci devant être à la fois capable de se projeter au delà de ses eaux territoriales pour protéger ses voies maritimes et dans le même temps capable de rivaliser avec la toute puissante United States Navy dont la septième flotte quadrille le Pacifique Occidental depuis l’île de Guam, les Philippines, la Corée ou encore depuis le Japon.

Si la Chine parvient à installer des bases à l’étranger avec succès (Pakistan, Bangladesh, Birmanie, Sri Lanka) avec l’extension de ses relations diplomatiques, et si elle a considérablement augmenté son tonnage (multiplié par plus de deux entre 2002 et 2012 pour atteindre 919 280t, 3ème mondiale), elle restait cependant limitée dans son extension par son retard technologique notable. La République Populaire peinait à réduire l’écart avec les puissances occidentales, notamment en matière de lutte anti-mine, de navires logistiques et de lutte anti-sous-marine. Par ailleurs, elle ne possédait pas non plus de porte-avion, et encore moins le savoir-faire pour en fabriquer. Ces bâtiments de guerre sont pourtant essentiels tant pour leur importance stratégique que politique de par la taille imposante de ces navires.
Pour remédier à ce problème, la Chine a bien tenté quelques opérations de rétroingénieries dans les années 80 et 90 mais sans succès.

 La réouverture des plans de l’Amiral Liu Huaqing aujourd’hui décédé change toutefois la donne. Au début de l’année 2000, l’Empire du Milieu parvient finalement à racheter le Varyag, jusqu’alors destiné à devenir un casino flottant à Macao depuis 1998. Le Varyag devait à l’origine être le deuxième porte-avion soviétique de classe Kouznetsov : plus de 47 000 tonnes vide, 67 000 tonnes poids lourd, (c’est-à-dire tout armé), 300 mètres de long, jusqu’à 52 aéronefs transportés, pour une autonomie de 7100 km. La production lancée en 1985 fut cependant arrêtée en 1993 par la toute jeune République d’Ukraine qui ne pouvait supporter un tel investissement. C’est ainsi un navire terminé à 70% qui arrive au chantier naval de Dalian pour y être achevé, rebaptisé Liaoning et repeint à la couleur gris clair de la marine chinoise.
Le Liaoning est aujourd’hui le navire amiral de la Marine de l’Armée Populaire de Libération, entré en service en septembre 2012 avec le tout nouveau chasseur Shenyang J-15, réplique améliorée du Soukhoï Su-33 présents sur les porte-avions et porte-aéronefs ex-soviétiques.

Certes, les mauvaises langues pourraient se moquer de ce navire pouvant être déjà considéré obsolète avant même ses campagnes d’essais. Le Liaoning peut faire pâle figure devant les porte-avions américains à propulsions nucléaires et dotés de systèmes de catapultes, inconnus des Chinois, un moyen aidant au lancement des avions souvent contraints de s’alléger afin de tenir sur la piste limitée qu’offrent les navires.
Mais la Chine a dès lors fait un grand pas en avant en intégrant le cercle restreint des pays disposant de porte-avions opérationnels (avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, la France, l’Italie, l’Espagne, l’Inde, le Brésil et la Thaïlande). Il s’agit en effet du « reflet de la force générale d’une nation » selon un porte-parole de la marine chinoise. Le Liaoning ne serait d’ailleurs qu’un début. En juillet 2011, le Général Luo Yuan déclarait que la Chine avait besoin d’au moins trois porte-avions pour défendre ses intérêts stratégiques. La construction de deux autres porte-avions pour la République Populaire aurait d’ors et déjà débuté, « made in China » cette fois-ci. Démonstration, s’il était nécessaire, que l’étude du vieux navire soviétique a été des plus instructive. Le prochain serait d’ailleurs encore plus grand selon le DailyChina bien que le Liaoning soit déjà parmi les plus grands navires du monde.
Comparativement, le Charles de Gaulle français, le seul porte-avion non-américain à propulsion nucléaire et encore aujourd’hui le plus grand navire de guerre européen derrière le Kouznetsov russe (frère jumeau du Liaoning), lui, ne fait « que » 261,50 mètres de longueur pour 42 500 tonnes à pleine charge.

La menace que représente cet essor exponentiel de la marine chinoise ne cesse d’ailleurs d’inquiéter les voisins de l’Empire du Milieu, alors que les officines chinoises déclaraient dès août 2012 que Liaoning était prêt à être envoyé aux îles Diaoyu, contestées entre la RPC, Taïwan et le Japon et où se déroulaient plusieurs incidents au moment de ladite déclaration.
En réponse, le Japon a considérablement gonflé le budget 2013 attribué à ses « forces d’auto-défense » après onze ans de baisse (+40%), la République de Corée prévoit la construction de deux porte-avions légers d’ici 2036 selon le Defense News, les Philippines discutaient de la possibilité d’acheter à l’Espagne le porte-aéronefs léger Príncipe de Asturias. L’Inde, peu à peu encerclé par les bases chinoises du « collier de perle », a mis à l’eau son premier porte-avion de conception nationale en août dernier, mais qui reste à aménager et armer avec l’aide de la Russie. L’INS Vikrant de 40 000 tonnes s’ajoute ainsi à l’INS Vikramaditya, l’ex-navire russe Baku de classe Kiev, acheté en 2004 (45 400 tonnes poids lourd) construit en 1987. Un troisième porte-avion, l’INS Vishal, qui devrait atteindre 60 000 tonnes, serait prévu pour 2025 et un quatrième porte-avion serait en projet dans une logique de course à l’armement avec la Chine.
Enfin, les Etats-Unis se repositionnent massivement dans la région et prévoient de redéployer la majeure partie de leur flotte dans le Pacifique Occidental.

Vincent HOUDOU

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