« Le printemps bulgare »

 (NIKOLAY DOYCHINOV / AFP) Tout droits réservés

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Depuis bientôt un an la Bulgarie fait son « printemps » sans que cela ne traverse nos frontières. Et pourtant, les manifestations qui agitent le pays depuis le début de l’année 2013 mobilisent un grand nombre de sofiotes  allant des revendications syndicalistes aux mouvements étudiants.

Les manifestations ont commencé en février 2013 à la suite d’une importante hausse des prix de l’électricité. Boïko Borissov ancien maire de Sofia, alors premier ministre du parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB)  démissionne. Lors des élections législatives organisées en mai 2013 c’est une nouvelle fois le parti de Borissov qui sort gagnant du scrutin avec 97 députés. Cependant, les trois entités politiques que sont le Parti socialiste bulgare, le Mouvement pour le droit et les libertés ainsi que l’Ataka refusent de s’allier avec Borissov. Du coup, ces trois partis se sont érigés en coalition avec à leur tête Plamen Orecharski.  Les manifestations ont repris lorsqu’un certain Delyan Peevski a été nommé à la tête des services secrets bulgares le 14 juin 2013. Ce dernier n’est pas vraiment populaire auprès  de la population bulgare qui le voit comme un digne représentant des oligarques bulgares. En fait, Peevski représente tout ce dont le peuple ne veut plus pour la Bulgarie : la corruption.

Devant autant d’agitation Peevski démissionne de son nouvel emploi pour retrouver son siège de député. Les révoltes qui s’étaient apaisées ont immédiatement repris. En effet, le chef de la Cour constitutionnelle est responsable de la réintégration politique de Peevski. Le chef étant également professeur de droit à l’université va avec  cette décision créer une nouvelle vague de contestation. Les étudiants en droit et leurs camarades  manifestent et occupent les universités de la capitale.

«Chaque vague de contestation étudiante marque une étape dans l’évolution de la Bulgarie »

Outre le cas Peevski, les mouvements étudiants revendiquent une démission du gouvernement, l’organisation d’élections anticipées et la dissolution du Parlement. Ces étudiants ont été rejoints par l’ancienne génération de  1997 qui  s’élevait à l’époque contre la politique communiste de Jan Videnov. Si le gouvernement en place dérange les étudiants il en est de même pour les syndicats qui aspirent à une augmentation des salaires et à une stabilité de l’économie. Pourtant les deux groupes de manifestants ne se mêlent pas forcément et mènent des actions distinctes. Si les enjeux de 1997 étaient davantage tournés vers l’européanisation du pays, ceux d’aujourd’hui visent à respecter les principes démocratiques bulgares. « […]  notre système démocratique est trompeur : sous une apparence européenne, il est pourri de l’intérieur ».

Revenons sur l’Ataka ce parti d’extrême droite et xénophobe mené par Volen Siderov est un véritable allié du gouvernement. L’alliance faite par le Parti socialiste bulgare et l’Ataka gêne et semble assez inconvenant. Surtout quand le président du Parti socialiste bulgare Serguei Stanichev est également Président du parti Socialiste Européen (PSE).  Les idées qu’avancent l’Ataka sont pour le moins radicales (expulsion des immigrés, fermeture de la frontière turque afin d’empêcher les réfugiés syriens déjà nombreux sur le territoire bulgare d’entrée). Voici la réponse du premier ministre Plamen Orecharski quand la question de l’Ataka est abordée :  « En aucun cas, ce cabinet ne suit la politique d’Ataka. Ils ne participent pas au gouvernement. Ils sont importants au Parlement pour permettre d’atteindre le quorum. C’est un peu difficile de leur demander de ne pas prendre part aux votes. Ils expriment l’opinion d’une partie de la société Bulgare, pas de la majorité. ».

A ce jour, les manifestations se poursuivent dans le pays malgré la mobilisation de certains bulgares. Ils ont eu la chance de voir Roger Waters (Pink Floyd) écrire « octabka » (démission en bulgare) sur un mur de la ville, afin de donner de la voix à leur contestation. Pour le gouvernement, les révoltes ne sont que le fruit d’une orchestration par la droite qui convoite le pouvoir. Bien sûr les médias ne font que renforcer cette idée en affirmant que les manifestants ne sont que des acteurs payés pour jouer les révoltés.

Charline STEVENS

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