Le continuum de la stratégie chinoise en Afrique

Source : A.S.P.A

Source : A.S.P.A

Le gouvernement chinois a publié en août dernier un livre blanc sur la coopération économique et commerciale sino-africaine. Celui-ci, présentant entre autres les nombreux domaines de coopération et les faits du développement commercial, doit avant-tout répondre à la faible représentation des produits manufacturés africains exportés. La nouvelle stratégie se veut ainsi plus centrée sur des projets d’investissement et de développement à destination des populations africaines.

La Chinafrique n’est pas un phénomène nouveau. Depuis des décennies déjà, la Chine investit de plus en plus massivement vers le continent africain, au point que ses investissements directs à destination de l’Afrique sont actuellement de l’ordre de 15% (sur le total des IDE chinois). En 2012, la Chine et les pays africains ont par ailleurs échangé pour un montant total de 198,49 milliards de dollars. Avec le livre blanc, la puissance asiatique réitère son intérêt pour le continent africain et souhaite même participer à la formation professionnelle de 30 000 Africains dans le cadre de « l’African Talent Program » d’ici à 2015. Elle compte par ailleurs offrir 18 000 bourses d’études aux jeunes Africains. De nombreux autres projets sont inscrits dans le livre blanc, tous ont pour objectif le renforcement du multilatéralisme sino-africain.

Cette politique active est renforcée par les exemptions tarifaires dont bénéficient certains Etats africains : en 2012, trente d’entre eux « ayant établi des relations diplomatiques avec la Chine » ont été exonérés des droits de douane sur 60% des produits exportés en Chine. Celle-ci importe des matières premières telles que le bois, le pétrole ou encore le cuivre, tandis qu’elle exporte en Afrique des produits manufacturés, le textile en tête. Autre manifestation de cette présence sur le continent : l’achat de terres arables (souhaité afin d’anticiper la croissance démographique chinoise), la pêche effectuée au large des côtes africaines (dénoncée du fait du « pillage » des ressources maritimes pratiqué), ainsi que l’investissement réalisé dans les infrastructures (routes, bâtiments, ponts…), qui font défaut dans nombre de pays africains. En référence à ce dernier élément, il est intéressant de noter que le nouveau siège de l’UA (Union africaine), situé à Addis-Abeba et composé de vingt étages (soit le plus haut bâtiment d’Ethiopie), a été financé par la Chine. Des universitaires américains estiment que « la principale motivation du gouvernement chinois est la recherche stratégique de ressources et sa volonté de  faire en sorte que les besoins énergétiques grandissants de la Chine soient satisfaits par les fournisseurs de matières premières ». En parallèle, le marché intérieur africain peut se révéler très important pour les industriels chinois, soucieux de trouver de nouveaux débouchés.

Le soft power chinois, quant à lui, se manifeste à divers échelons ; en effet, afin d’étendre, et surtout de légitimer, la présence chinoise en Afrique, il est communément admis que la culture constitue un vecteur approprié. Pour cette raison, l’agence de presse Xinhua a augmenté le nombre de ses offices en Afrique, tandis que la CCTV (China Central Television) a ouvert au Kenya sa première station hors du territoire national. Cette emprise croissante sur les médias permet incontestablement de véhiculer la culture et les valeurs de la Chine sur le territoire africain. Bien évidemment, nombreuses sont les critiques qui s’élèvent contre la présence chinoise en Afrique. Parmi elles, le faible coût des produits chinois, qui pose un problème majeur car il entraine l’effondrement des industries locales, telle Comatex, entreprise du textile malienne, sévèrement touchée par l’importation des tissus asiatiques. Face à cette menace, la Tanzanie a même décidé d’interdire la vente de produits chinois sur son territoire.

Le continent africain attire de plus en plus d’Etats, du fait de ses ressources (en particulier les terres non cultivées, dont 60% du total mondial se situent en Afrique) et des perspectives de développement de son marché intérieur. Les échanges avec l’Inde ont quintuplé en six ans et en font le 2ème fournisseur du continent. Le Brésil, très présent en Afrique du Sud et en Angola, commence à diversifier ses activités (agroalimentaire, pétrole, minerais…). La Malaisie est quant à elle devenue le troisième investisseur en Afrique en 2011, derrière les Etats-Unis et la France. Ce qui est certain, c’est que le continent africain n’aura de cesse d’attirer les pays émergents, avides de développement économique et de rayonnement international.

Déborah GUIDEZ

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203165102258-apres-la-chine-d-autres-emergents-investissent-l-afrique-634516.php

http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/janvier-2013/la-chine-au-cœur-de-lafrique

http://economie.jeuneafrique.com/regions/international-panafricain/19280-la-chine-presente-sa-nouvelle-strategie-pour-lafrique.html

http://www.huffingtonpost.fr/2013/06/12/les-chinois-a-la-conquete-de-lafrique_n_3426086.html

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