La censure Iranienne, vers plus de souplesse ?

Le ministre de la culture et de l'orientation Islamique Ali Janati. Photograph: Yasser Al-Zayyat/AFP/Getty Images Tous droits réservés.

Le ministre de la culture et de l’orientation Islamique Ali Janati.
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En écho à l’article « Islamisme VS liberté d’expression » paru sur ce blog, un nouvel événement de l’actualité nous permet de nous questionner cette fois ci sur la liberté d’accès à la culture dans des pays Islamiques, en particulier l’Iran.

Mercredi 18 Décembre, le ministre de la culture et de l’orientation Islamique Ali Janati a déclaré ce que tout le monde savait mais n’osait dire à savoir que plus de 70% des habitants de Téhéran regardent des chaînes de télévision par satellite alors que l’équipement parabolique permettant d’accéder à ces chaînes est totalement illégal en Iran. Constat, la politique de censure des programmes audiovisuels Iraniens et étrangers  invalidés par le ministère de la culture et de l’orientation Islamique est un échec total. Cela nous permet de faire un petit rappel sur les mesures de répression appliquées. Concernant le 7ème art, la première censure officielle en Iran date de 1930, cette pratique bien antérieure à la révolution de 1979 sanctionnait les films représentant des points de vue politiques particuliers, qui traitent de tabous sociaux, qui manquent de respect à la religion, au gouvernement, à la loi, à la morale ou encore à l’unité nationale. Ainsi auparavant les films étrangers pouvaient êtres modifiés lors du doublage en Persan afin qu’ils soient politiquement corrects et les films Iraniens trop engagés étaient tout simplement interdits. Au moment de la révolution Islamique on va avoir une période de flou pour le cinéma avec la réinspection de tous les permis de distribution accordés aux films nationaux et internationaux dont seulement 10% seront autorisés. Finalement en 1982 c’est le ministre de la culture et de l’orientation Islamique qui va être chargé de délivrer les permis de projection. Dorénavant la censure s’applique principalement sur le respect des orientations politiques du gouvernement et conformément à la morale Islamique. Concrètement, les interdictions portent sur la représentation de la femme (qui doit être couverte et non maquillée), on ne montre pas de contact physique entre un homme et une femme, aucun vêtement ne doit rappeler des coutumes Occidentales, la séduction et  l’adultère ne peuvent pas êtres représentés à moins que le but soit de condamner ces pratiques etc. Point intéressant et problématique pour des réalisateurs, c’est avant tout la représentation du contact entre les hommes et les femmes. En effet il est impossible de représenter une scène de la vie privée des Iraniens au cinéma vu que ce dernier sera diffusé publiquement. La « moralisation » du cinéma Iranien a donc énormément influencé la structure des films et ce que l’on y voit ce qui donne lieu à des incohérences comme le port du foulard au lit.
L’encadrement de toutes productions audiovisuelles en Iran a donc logiquement produit un désintéressement de la population envers ces programmes. Si dans les années 1980 ce sont les magnétoscopes qui sont interdits et dont les propriétaires peuvent écoper d’une amende, les années 1990 ont vu arriver les chaines satellitaires par parabole. Ce nouvel outil permet aux classes aisées et moyennes de voir des milliers de programmes non censurés provenant d’Iran et de l’international. De nombreuses lois ont été élaborées pour dissuader les populations de détenir ces paraboles, le gouvernement brouillait les ondes et organisait des descentes afin de confisquer le matériel et leur détenteur devaient payer des amendes. Cependant il s’avère que ce système de répression n’a jamais réellement marché et que les Iraniens se procuraient assez vite de nouvelles paraboles après confiscation. Quels changements aujourd’hui ? Concrètement pas grand-chose mais les propos du ministre de la culture et de l’orientation Islamique Ali Janati sont porteurs d’espoir à travers le gouvernement plus modéré du président Hassan Rohani. En effet on peut déjà souligner cette petite victoire du cinéma Iranien en Septembre dernier avec la réouverture de la maison du cinéma qui est la plus grande organisation syndicale du cinéma en Iran. Plus récemment en Octobre le ministre Janati a annoncé le nouvel examen de livres et d’éditeurs qui n’ont pas été autorisés sous l’ancien gouvernement, la censure s’impliquant bien sûr également dans ce domaine ainsi que sur internet. En Décembre pour compléter sa remarque sur le pourcentage de gens regardant les chaînes satellitaires le ministre a aussi déclaré que le gouvernement devait chercher à produire des contenus plus intéressants pour que les gens arrêtent de regarder les médias étrangers. Pour simplifier il appel à plus de souplesse de la part des censeurs de manière général.

Le gouvernement d’Hassan Rohani, élu en Juin dernier, qui a promis des réformes notamment pour une libéralisation politique et culturelle du pays est donc porteur d’espoir et fait plus ou moins la rupture face à celui d’Ahmadinejad. Reste surtout à voir si le gouvernement arrivera à faire changer les mentalités de façon durable, surtout lorsque certains ministres plus conservateurs menacent Ali Janati d’une convocation au parlement ou d’un vote de défiance.

Géry Bailliard

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