Injustice birmane: le cas des Rohingya

AP/Sakchai Lalit

AP/Sakchai Lalit

Qui sont les Rohingya ? Originaires du Bangladesh, ils sont arrivés en Birmanie dès le 7ème siècle, puis à partir du 16ème siècle en plusieurs vagues successives en provenance du sous continent indien. Mais c’est au 19ème que la migration de Rohingya s’est vraiment faite à cause de la colonisation britannique. Ces derniers voyaient en les Rohingya une main d’œuvre facilement exploitable pour les travaux agricoles. Depuis 1982, les Rohingya n’ont plus de nationalité, ils sont apatrides au milieu d’un pays qui ne  compte pas moins de 165 ethnies. Si les Rohingya sont rejetés de la société Birmane c’est parce qu’ils sont de confession musulmane. Ils subissent une sévère répression de la part des bouddhistes les plus fondamentalistes. De plus, les Rohingya sont installés dans l’Etat d’Arakan qui est  considéré comme le berceau du bouddhisme. En effet, les bouddhistes leurs reprochent le fait qu’ils soient musulmans, ils sont victimes d’hostilités fondées sur le racisme. « Les Rohingya ne sont ni un peuple de Myanmar, ni un groupe ethnique du Myanmar […] leur teint est brun foncé, ils sont aussi laid que des ogres, le teint du peuple birman est juste et doux […] ». Propos du consul général de Birmanie à Hong-Kong.  Pour de nombreux birmans les Rohingya ne sont que des parias, les autorités quant à elles les considèrent comme des Bengalis. Aujourd’hui, ils seraient moins de 2 millions en Birmanie, ce chiffre inclut ceux qui sont en exil au Bangladesh, en Thaïlande et en Malaisie.

Les Rohingya verront leur sort se celer avec la Deuxième guerre mondiale. La Birmanie était encore à  cette époque une colonie britannique et  les Rohingya ont préféré rester du coté des colonisateurs plutôt que de se rallier aux japonais comme l’ont fait la majorité des bouddhistes.  C’est lors de ce deuxième conflit mondial que l’on assiste au premier pogrom contre les Rohingya en 1942. Mené par la population de l’Etat d’Arakan et l’armée indépendante birmane conduite par le Général Ne Win qui n’est autre que le futur dictateur qui prendra le pouvoir en 1962. En 1942 on dénombre 100 000 Rohingya tués ainsi que 50 000 en fuite au Bengale indien. La situation des Rohingya va s’améliorer pendant quelques années après l’indépendance de la Birmanie. En effet, le gouvernement U Nu en 1954 puis celui de Ba Swe sont les premiers à reconnaître les Rohingya comme une ethnie à part entière. Cependant  le répit des Rohingya s’arrêta en 1962 lors du coup d’Etat militaire de Ne Win. Une véritable opération d’épuration ethnique est menée à l’encontre des Rohingya : terres confisquées, contraint aux travaux forcés, villages brûlés, femmes violées, mosquées démantelées…

Les années 90 marquent un tournant dans la persécution des Rohingya. Il faut savoir que le pouvoir de Rangun a décidé de créer des villages modèles sur l’emplacement des terres confisquées aux Rohingya. Ils sont devenus des esclaves pour les nouveaux occupants des lieux, à savoir des ethnies bouddhistes jugées pures. Cette énième injustice envers les Rohingya en poussa un grand nombre à franchir la frontière en direction du Bangladesh. Cette histoire a fait grand bruit au sein de la communauté internationale. Pour la première fois, nous avons vu le Haut Comité pour les Réfugiés (HTR), intervenir mais  sans résultat convainquant pour les Rohingya. Nous pouvons même dire que cette intervention a renforcé la politique anti Rohingya du pouvoir. Afin d’éviter tout nouvel exode massif et du coup médiatisé, les autorités procédèrent à une politique de type « apartheid« , en « parquant » les Rohingya dans des camps. A l’occasion une police particulière a même été créée : la Nasaka.

En 2006 le HTR intervient à nouveau et 230 000 Rohingya en exil sont incités à retourner en Birmanie, car leur présence n’est pas non plus souhaitée dans les pays voisins. En Thaïlande en 2009, nous avons découvert que l’armée thaïlandaise avait conçue tout un programme visant à se débarrasser des Rohingya qui essayaient de passer la frontière.

La fin du régime militaire n’a pas arrangé la situation des Rohingya, car au temps de la junte militaire, l’armée faisait en sorte d’étouffer les frictions internes. Désormais, la haine anti-musulman dont les Rohingya sont victimes ne cesse de s’accroître. Aujourd’hui le gouvernement birman refuse toujours l’accès de l’aide humanitaire pour les Rohingya.

Charline STEVENS

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