« La vie et l’avenir des relations islamo-chrétiennes » : La question du dialogue inter-religieux lors d’une conférence

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Une conférence s’est tenue ce lundi 9 décembre à Angers, intitulée : « La vie et l’avenir des relations islamo-chrétiennes ». Cette conférence a été organisée par les associations « Amitié Libano-française », la Paix en Marche en co-organisation avec le Mouvement Coexister Angers.

Pour cet événement, deux personnalités de choix de l’association Adyan [religions en arabe] sont intervenues. Il s’agit d’une fondation libanaise pour les études inter-religieuses et la solidarité spirituelle. Cette organisation a été créée en 2006 par cinq fondateurs de confessions chrétiennes et musulmanes. Il importe, pour cette ONG, de toujours parler des religions au pluriel car il faut penser inter-religieux dans la mondialisation.

N’attendons pas plus longtemps pour vous présenter ces personnalités : Fadi Daou et Nayla Tabbara.

Le Prêtre Fadi Daou est Professeur en théologie fondamentale et en Philosophie politique. En plus de l’écriture de nombreux ouvrages sur la théologie des religions, sur le dialogue inter-religieux et sur la géopolitique des religions, il est aussi actuellement, Président et Directeur Général de la Fondation Adyan, puis Coordinateur des relations oecuméniques et inter-religieuses au Patriarcat Maronite. Quant à Nayla Tabbara, elle est professeur universitaire en science des religions et en sciences islamiques. Puis, elle est Vice-présidente et Directrice du Département d’études inter-culturelles de la Fondation Adyan. Elle est aussi à l’origine de nombreux ouvrages sur le commentaire coranique, le soufisme, la femme en islam et la théologie des religions et du dialogue.

Ces deux intervenants, que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer en 2009 à Beyrouth, œuvrent auprès de toutes les confessions religieuses pour favoriser le dialogue, la réconciliation.

Le livre qu’ils ont coécrit « L’hospitalité divine » a été le point de base des explications de la conférence. La conférence a été ouverte par Gilles Changeon, président de l’association « La paix en marche », et il nous a expliqué que c’est grâce à eux deux qu’a été accueilli en 2009 à Angers le Pasteur James et l’Imam Ashafa (Nigéria) qui ont ensuite reçu le premier prix Chirac de la prévention des conflits.

Nayla Tabbara, musulmane sunnite, a commencé en expliquant les raisons de la co-écriture de leur livre. En effet, il s’agissait d’un article du prêtre Fadi Daou sur la théologie de la rencontre entre islam et chrétien. Elle a donc décidé d’en faire la deuxième partie sur les théologies du dialogue. Les relations islamo-chrétiennes sont mises en évidence puisqu’il s’agit du contexte du Liban mais Adyan s’ouvre sur toutes les autres religions. Ainsi, il est certain que la diversité existe et qu’on ne peut pas être réductionniste pour Nayla Tabbara. La question qu’elle s’est posée est de savoir, aujourd’hui, comment peut-on regarder l’Islam ? Pour y répondre, elle a décidé de nous montrer qu’il y a différents groupes reconnus comme les chiites ou les sunnites, mais qu’il y a aussi différents courants théologiques. Comme par exemple, les salafistes, certains sont djihadistes et d’autres ne le sont pas et ne sont donc pas révolutionnaires. Mais elle rappelle à juste titre que la majorité de la population musulmane pratique l’Islam traditionnel. Elle parle aussi du soufisme qui essaie de favoriser une unité dans Dieu. Les traditionnels disent que le Coran parle lui-même de la diversité des religions mais les réponses sont ambiguës quant à la place de l’autre.

Pour essayer de répondre à cette question, en tant que personne de confession musulmane, Nayla Tabbara a eu une approche de foi, à travers tous les versets du Coran. Elle les a retravaillé selon le contexte de la révélation. Il n’est pas inutile de rappeler que le Coran a été révélé pendant 23 ans. Pour elle, il y a deux phases pendant cette révélation :

  • La phase mecquoise où il y avait une relation avec les mecquois qui étaient polythéistes, mais pas avec les prophètes bibliques.

  • La phase médinoise où il y avait des relations avec les chrétiens égyptiens mais surtout avec les tribus juives de Medine. Après l’évocation d’une même communauté et d’un même Dieu, un schisme est apparu dans un désir d’unité des premiers musulmans.

Le concept de l’unité dans la diversité provient de la sourate n°5 qui reprend la promesse du salut chrétien et les différends théologiques. Cela pose les bases : vivre dans la convivialité et faire les bonnes œuvres ensemble. Donc pour Nayla Tabbara, le Coran a une approche pédagogique.

Le Père Fadi Daou explique alors qu’il faut sortir du conflit interne pour arriver à la paix.

Pour Fadi Daou, quatre défis sont mis en évidence :

  • Le fondamentalisme qu’il ne faut pas ignorer. Il s’agit de toute attitude religieuse exclusive et qui utilise la violence selon sa définition. Il prend l’exemple de l’Irak où il y a des milliers de morts chaque année dans le conflit qui oppose Sunnites et Chiites. Cela montre que la violence n’a pas de limites car les personnes qui usent de cette violence affirment qu’ils agissent au nom de l’Islam. Pour lui,le fondamentalisme est une « pathologie ».

  • La fragilité des États dans cette région du monde. Il faudrait, en effet, renforcer l’État mais le non-respect des valeurs de l’État induit que l’État, lui-même, finit parfois par se conforter, aussi, dans cette violence. C’est le peuple qui en subit les conséquences, comme en Syrie où il y a entre 6 et 7 millions de déplacés sur 22 millions de personnes.

  • L’instrumentalisation du religieux ou de la religion par les médias et même par le pouvoir. « On mobilise les masses par des slogans », ce qui amène à des généralisations, des stéréotypes, à l’islamophobie en Occident.

  • Les mémoires blessées par les guerres dans le Moyen-Orient. Cette mémoire collective conflictuelle est un défi par rapport à la jeunesse.

Afin de répondre à ces quatre défis, Fadi Daou propose quatre outils :

  • Travailler sur le discours religieux lui-même, qu’il faut ajuster et adapter.

  • L’éducation à la gestion de la diversité. Il faut guérir la mémoire.

  • Le dialogue inter-religieux dans l’espace public. D’ailleurs Adyan met en œuvre des projets en commun où les différentes croyances doivent s’accepter.

  • Améliorer les relations entre l’Occident et l’Orient. En effet, il se pose la question de savoir s’il s’agit d’un défi ou d’un outil. Il est certain que si l’Occident instrumentalise afin d’exorciser sa peur de l’Islam, il s’agira d’un défi mais Fadi Daou décide de rester positif et donc de le considérer comme un outil.

Avant la fin de la conférence, une minute de silence a été consacrée à la disparition du dirigeant Sud-Africain, Nelson Mandela. Pris en exemple, pour avoir tendu la main à son ennemi afin de construire une nouvelle société, ensemble.

La conférence se termine alors par un certain nombre de questions. J’en relèverais une qui a été de savoir ce que nous pouvions faire, en France, en Occident pour aider à cette mise en place du dialogue entre les religions. Fadi Daou a alors répondu de ne pas demander à un chrétien d’Orient, comment il faisait pour vivre avec toute cette violence mais plutôt d’essayer de comprendre le chemin vers la paix qu’il a décidé de mener.

Amélie RIPOCHE

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