Islamisme VS Liberté d’expression

Weld El 15 à Tunis. Tous droits réservés. Photo Nicolas Fauqué, www.imagesdetunisie.com

Weld El 15 à Tunis.
Tous droits réservés.
Photo Nicolas Fauqué, http://www.imagesdetunisie.com

Cette dernière semaine l’actualité mettait en avant une nouvelle problématique concernant les états aux gouvernements Islamiques, celle de la liberté d’expression de ses habitants, bien souvent remise en question.

Ce fût en Septembre de cette année 2013 que les rappeurs  Tunisiens Weld El 15 et Klay BBJ avaient été condamnés à un an et neuf mois de prison de prisons pour outrage à des fonctionnaires. En effet la chanson « boulicia kleb » (les policiers sont des chiens) n’avaient pas été très bien accueillie par le régime Islamique de la Tunisie et avait conduit notamment à de précédentes condamnations et à l’arrestation de Weld El 15 suite à un concert le 22 Août 2013 bien qu’il n’avait pas interprété ce morceau sur scène. On peut souligner qu’à son arrestation, Weld El 15 aurait été battu par les policiers ce qui lui a valu sept jours de repos après son arrivée à l’hôpital. En Septembre les deux rappeurs avaient finalement été condamnés par contumace faute d’avoir été prévenus de la tenue du procès. Ils encouraient alors un an de prison pour outrage à des fonctionnaires, six mois pour calomnie et trois mois pour atteintes aux bonnes mœurs, le tout s’ajoutant à six mois de sursis précédemment infligés. En Octobre, le chanteur Klay BBJ de seulement une vingtaine d’années, avait été relaxé alors que Weld El 15 était en cavale. Ce Jeudi 5 Décembre le rappeur s’est finalement rendu à un nouveau procès au cours duquel il a été condamné à quatre mois de prison ferme pour les mêmes motifs. La sentence devant s’appliquer immédiatement il fût cette fois ci directement arrêté. Son avocat M. Ghazi Mrabet a déclaré être inquiet de l’intégrité physique de son client et a exprimé sa volonté de faire appel au plus vite. Ce que l’on peut souligner à travers ce procès c’est la volonté du gouvernement Tunisien de faire taire toutes contestations ce qui remet sérieusement en doute la liberté d’expression de son peuple. En effet le contenu des éléments à charge remis au juge n’a pas été divulgué publiquement et serait basé, selon la défense, sur le témoignage de deux policiers. Comme on peut s’en douter, la relation entre le rappeur et les forces de l’ordre est très tendue, cette condamnation basée sur des accusations orientées apparait donc surtout comme l’occasion de faire un exemple. Le gouvernement Islamique en place depuis la révolution de Janvier 2011 qui avait fait chuter le dictateur Zine El Abidine Ben Ali est très souvent accusé de vouloir réprimer la liberté d’expression acquise à la suite du soulèvement. Pourtant, aucunes réformes n’ont été engagées concernant le système judiciaire ou les forces de l’ordre.

En ce début de mois un autre pays Islamique a fait la une de l’actualité pour sa politique de répression envers des artistes et autres activistes, l’Iran. C’est cette fois le rappeur underground Amir Tataloo qui a été arrêté le mardi 3 Décembre. Cet artiste, avait quitté Téhéran en 2007 pour finalement revenir en Iran peu après afin de continuer ses activités clandestines. Il composait dans différents styles et a sorti sont premier album en 2011 de manière illégale sans l’autorisation obligatoire du ministère de la culture et de l’orientation Islamique. Ses œuvres étaient ensuite diffusées sur internet ou sur les chaînes satellitaires. On peut souligner que la détention d’une parabole est d’ailleurs interdite en Iran, cependant des millions d’Iraniens en possèdent une et le gouvernement fait tout pour lutter contre ces chaînes qui diffusent de la musique Iranienne interprétée par des expatriés ou par des activistes underground. Les artistes ne rentrant pas dans le cadre légal Iranien sont donc très souvent victimes d’arrestations et d’intimidations afin de les « soumettre au cadre légal défini pour l’art légal » comme le déclare le général Zahedian, chef de la police des Mœurs. Cette arrestation fait donc écho à une politique global de répression de la part du gouvernement Islamique, en effet au même moment l’agence Fars proche des gardiens de la révolution a déclaré que seize cyberactivistes avaient été arrêtés dans le sud du pays. Peu après c’est le site d’informations consacrées aux nouvelles technologies Narenji (orange) hébergé en Iran qui a déclaré l’arrestation de sept de ses collaborateurs. Le gouvernement accuse ces cyberactivistes d’être lié à l’étranger et de porter atteinte à la sécurité nationale en créant des liens, des sites internet et du contenu contre révolutionnaire et visant à renverser la République Islamique.

Si en Iran on constate que le gouvernement évoque clairement sa volonté de museler toute forme de contenu potentiellement contestataire, on peut faire un parallèle avec le procès de Weld El 15 en Tunisie ou là aussi les Islamistes n’ont pas apprécié la manière dont il s’est exprimé. La question de la liberté d’expression dans des pays Islamiques est donc relativement complexe, on constate de manière générale que leur population n’a pas vraiment le droit à la critique même de manière artistique. Il sera en tout cas intéressant de suivre comment le gouvernement Islamique Tunisien va gérer cette question à l’avenir, si il va continuer de gérer plus ou moins au cas par cas ou s’il va mettre en place une réelle politique Islamique avec des réformes Judiciaires.

Géry Bailliard

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