L’Irak : Une fatalité à l’implosion ?

L’Irak a longtemps fait la une de l’actualité et est encore évoqué de façon régulière dans nos médias. On parle souvent de l’Irak pour ses déchirements internes et son état de conflictualité permanent, mais qu’en est-il vraiment ? 

L’Irak est un ensemble qui a longtemps fait parti de l’Empire Ottoman. A la fin de la Première Guerre mondiale, celui-ci est démantelé, les français et les britanniques se partagent l’espace, ce sont eux qui tracent les frontières des nouveaux Etats. Longtemps sous mandat, puis tutelle britannique, le pays n’acquiert une réelle indépendance qu’en 1958. Le royaume d’Irak est donc un Etat relativement jeune. Il est, en termes géopolitiques, une zone de « confins » de plusieurs ensembles : Ligne de fracture entre l’islam sunnite et chiite, mais aussi frontière entre le monde arabe d’une part et les mondes persan et turc d’autre part.

La population irakienne est répartie selon trois niveaux d’appartenance distincts : L’appartenance ethnique, l’appartenance religieuse et confessionnelle. Se côtoient plusieurs ethnies et communautés religieuses devant vivre ensemble et tenter de se forger une identité irakienne. Mais l’Irak est un pays divisé, éclaté. La majorité chiite a longtemps été écartée du pouvoir, évincée par la minorité sunnite. L’identité chiite se forge autour d’un sentiment d’injustice et de revanche, celui-ci puise sa source dans la perception de la sous-représentation de cette communauté dans les instances du pouvoir, depuis la formation de l’Etat irakien. Les sunnites ont souvent été favorisés dans l’accès à l’emploi et aux responsabilités politiques, tandis que les chiites ont vu leurs droits politiques et leurs libertés religieuses se restreindre. Les Kurdes et leur volonté d’indépendance, sont un second problème en Irak. Cette communauté a souvent été la cible de violentes persécutions, comme en 1988 par exemple. De nombreuses autres ethnies, religions sont victimes de répressions continuelles, ce qui poussent les populations à l’exode, les déplacements internes et le nombre de réfugiés est très important.

Finalement, après la chute du régime de Sadam Hussein et le chaos de l’occupation américaine, la situation change. La nouvelle Constitution de 2005 laisse entrevoir une possible sortie de crise ; la fin des rancœurs entre les uns et les autres ? La situation politique s’est désormais logiquement inversée. Les partis d’obédience chiites ont dominé les élections successives depuis 2005. Le cycle infernal des représailles et contre représailles s’est alors mis en marche. Les attentats sont quotidiens, les populations sont traumatisées. Durant les années 2006 et 2007, la violence atteint des sommets, on parle alors de véritable guerre confessionnelle. Désormais les attentats sont moindres mais toujours d’actualité. Il y aurait eu, depuis le début de l’année 2013, et selon le gouvernement irakien, 6100 morts dans des attaques, la plupart étant des civils. Le déclenchement d’une guerre civile en Irak est toujours omniprésent.

Ainsi la nouvelle Constitution n’a pas su répondre aux lourds enjeux de l’Irak actuelle. Le climat de conflictualité est permanent, la nature du régime politique reste indéfinissable et l’appareil politique est paralysé par les différends entre les communautés. Tout reste à négocier ou à renégocier. Le problème ne réside pas tant dans la Constitution mais dans son application. Il faudra donc du temps, du calme et un relâchement des crispations identitaires, pour peut-être enfin essayer de définir des intérêts communs, des ambitions collectives. Pourtant cette partition du pouvoir n’est pas une utopie puisque durant les années 1958-1963, cela à pendant une courte période certes, fonctionné. Aujourd’hui tout reste encore à espérer car tout reste encore à faire.

Salomé CORBIN

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