République de Centrafrique : quelques notions pour comprendre le conflit

CopyrightDepuis plusieurs mois l’opinion publique a été principalement mobilisée autour de la crise Syrienne et de l’opération Serval au Mali ; et pourtant d’autres zones auraient mérité une réaction de la communauté internationale, voire même une intervention rapide.  La situation de « pré-génocide » que connait la République Centrafricaine en est un exemple. La sagesse populaire répète souvent « mieux vaut prévenir que guérir » mais pour ce pays il semble qu’il faut attendre une situation de guerre civile, religieuse et ethnique pour que l’idée d’intervenir prenne forme ; en un mot il aura fallu attendre près de dix mois pour commencer à s’inquiéter. Dix mois de perdus durant lesquels la situation a empiré, augmentant ainsi  les difficultés de résolutions, les risques, et les fractures sociales.  Le Conseil de Sécurité de l’ONU, poussé par la France depuis plusieurs mois, se prépare à intervenir. il devient donc nécessaire de faire un rappel sur les origines de ce conflit, son évolution ainsi que sur les différentes problématiques qu’il soulève.

La République de Centrafrique est un territoire de 622 984 kilomètres carré. Entouré par le Cameroun, le Tchad, le Soudan et la République du Congo il présente donc la particularité de posséder une grande diversité géographique, et sociale avec des populations provenant du Nord-Sahélien, des régions du fleuve et de la forêt méridionale, et bien sûr des savanes du centre. Cette diversité au sein d’un Etat créé de toutes pièces après la Colonisation et au sein duquel il n’y a jamais eu de véritable Etat Nation (il faut laisser le temps au temps) explique en partie les conflits actuels. Il est intéressant de noter aussi qu’il y a peu de voies de chemin de fer, les axes de commerce sont donc principalement des routes ou des voies aériennes. Indépendante en août 1960, la République Centrafricaine connait régulièrement des coups d’Etat. Le principal est celui de  « l’Empereur » Bokassa, soutenu par la Lybie, en 1977. Il est renversé avec l’aide de l’armée française en 1979. En 1981 c’est au tour du général Kolimba de prendre le pouvoir jusqu’aux premières élections démocratiques de 1993. Le répit est de courte durée puisque de nouveaux troubles obligent la MIINURCA des Nations Unis à intervenir en mars 2003. L’homme fort du moment devient donc le général Bozizé. Originaire de l’Ouest du pays, général sous Bokassa, il s’exile sous Kolimba, revient avec le nouveau président Patassé en 1994, et après un second exil mène le coup d’état de 2003. Mettant en place des élections, il est élu président en février 2005 et sera réélu en 2011. Il arrive dans un contexte difficile puisque la région nord est régulièrement traversée par des rebelles tchadiens voulant contournés les forces du président du Tchad, Idriss Déby Itno. La zone devient rapidement incontrôlable.

C’est de là que part en décembre 2012, les premiers troubles de pilleurs. Rapidement ceux-ci se politisent avec le ralliement de plusieurs anciens partis et deviennent une véritable rébellion connue sous le nom de « Sélaka » (coalition). Le 24 mars dernier, après  la prise de la capitale Bangui, Michel Am Nondroko Djotodia, chef du Sélaka s’autoproclame président. La situation s’empire, avec la multiplication des conflits et l’absence de véritable leader. Milices locales, anciennes forces de l’ordre, pilleurs, et combattants ralliés à un parti s’opposent tout en profitant du pillage de la population civile. Comme très vite dans un pays où la conscience d’une identité nationale est particulièrement faible, le conflit se radicalise de plus en plus avec l’apparition de luttes inter-religieuses s’ajoutant aux luttes ethniques. Le 25 novembre 2013, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius et le premier ministre Centrafricain ont déclaré que la France était prête à envoyer 800 hommes en appui  d’une force africaine et sous mandat de l’ONU. Le rôle de l’armée française ne devrait pas dépasser celui de contrôler les grands axes, indispensables pour relancer l’économie, et donner une certaine stabilité.

Si nous devions résumer l’ensemble de ces points, il faudrait dire que la Centrafrique, depuis son indépendance, n’a connu qu’un ensemble de prises de pouvoir plus ou moins légales avec une lutte politique ou armée entre populations du Nord et du Sud. De plus, si l’alliance entre Am Nondroko Djotodia, actuel président autoproclamé, et les rebelles tchadiens a permis l’arrivée au pouvoir du Sélaka ; il n’en demeure pas moins que l’anarchie régnante empêche non seulement ce président de rétablir l’ordre mais encore de tenir ses engagements  vis-à-vis des « mercenaires-rebelles » tchadiens qui se retrouvent à se payer sur place au mépris de la population civile. Le conflit centrafricain pose de nombreuses questions. Les forces d’une « coalition africaine » envoyées par l’ONU seront-elles capables de rétablir l’ordre sur un long terme (on sait combien il est difficile de mettre fin à des groupes armés dans une zone ou les frontières sont perméables…)? L’armée française ayant pour unique mission de protéger les grands axes, ne risque-t-elle pas de voir se dérouler sous ses yeux un nouveau Rwanda ou au contraire de se lancer dans un nouveau Mali (malgré les dires des responsables de l’opération) ? Enfin, que prévoit-on pour la fin du conflit, les traditionnelles élections démocratiques tentées depuis la fin de la colonisation ? Les résultats n’empêcheront pas les rebelles de repasser la frontière une fois les forces onusiennes reparties et l’Histoire Africaine nous présente de nombreux cas semblables…

La situation en Centrafrique résulte donc de problèmes récurrents qui semblent s’amplifier par une radicalisation ethnique ou/et religieuse des différents groupes armés. La manière dont l’ONU va intervenir, les méthodes qui seront mises en place ne peuvent aboutir à une paix définitive qu’avec une vision à long terme basée sur l’expérience de l’Histoire des rivalités centrafricaines.

Thibault Dewynter

Sources :

http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/exl-php/cadcgp.php?CMD=CHERCHE&QUERY=1&MODELE=vues/mae_internet___recherche_avancee/home.html&VUE=mae_internet___recherche_avancee&NOM=cadic__anonyme&FROM_LOGIN=1

http://www.franceinfo.fr/monde/centrafrique-que-sait-on-de-la-future-intervention-francaise-1227439-2013-11-26

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20131127091635/

http://www.afriquinfos.com/articles/2013/11/26/libye-appels-desobeissance-civile-benghazi-apres-violences-meurtrieres-237239.asp

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