Les morts aux frontières de l’Europe ou la traversée du Styx par les Boat-people

Styx

(La Traversée du Styx, par Gustave Doré (1861))

Les migrations Sud-Nord, plus particulièrement de l’Afrique vers l’Europe sont au centre de débats politiques. Le fait est qu’au-delà des chiffres porteurs de sondages et d’annonces démagogiques, ces mouvements migratoires traduisent des réalités sur le terrain et des enjeux à long terme. Face à ce constat, l’Union européenne et les ONG interviennent mais s’entrechoquent là où il devrait y avoir consensus.

Lampedusa, un symbole parmi tant d’autres.

Le 3 octobre 2013, 366 migrants africains venant en majorité de somalie et d’Erythrée, des pays sinistrés au-delà des circonstances politiques actuelles, périssent lors d’un naufrage au large de Lampedusa ; une ile proche de la Sicile qui est au centre d’un axe majeur de l’immigration. Cette catastrophe fait suite à moult précédents dans ce secteur et d’autres ont fait suite; faisant du triangle formé par la Sicile, Malte et Lampedusa un des symboles dramatiques des migrations Sud-Nord avec une estimation, par défaut, de 6772 morts lors de la traversée du canal de Sicile ces dix dernières années. Le naufrage de Lampedusa concentre à lui seul plus de 17% des réfugiés morts aux frontières de l’Europe recensés depuis le milieu des années 90. En effet L’ONG United against racism les estiment à 17 306 depuis 1993 et un journaliste italien, Gabriele del Grande, à 19 142 depuis 1998.

Lors d’une interview ou il a préféré être de dos (des membres de l’ONG d’United Against Racism dont il est un des responsable auraient été menacés et tabassés par des militants d’extrême-droite) Ghert explique qu’il n’a pu certifier qu’1/4 des « morts aux frontières » et qu’il estime donc que le chiffre réel serait aux alentours de 80 000. Bien qu’à prendre avec des pincettes, cette estimation révèle sans aucun doute que nous sommes bien loin des chiffres officiels faisant seulement état de ceux dont on a su l’existence, omettant les disparus.

Aujourd’hui, certains parlent de “guerre aux migrants”

Les drames comme celui de Lampedusa seraient pour certains les corollaires d’une politique sécuritaire menée par l’Union Européenne depuis plus de 20 ans par le biais notamment de Frontex, l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures. Dans « L’Empire de la honte » de Jean Ziegler ou « Xénophobie Business » de Claire Rodier, la lumière est faite sur cette agence opaque, financée par les contribuables européens, pointée du doigt pour sa semi-privatisation, son côté paramilitaire, ainsi que sa logique d’externalisation de l’asile. L’Europe devenant ainsi une forteresse refoulant le problème de la migration à ses frontières où des multinationales fournissent des centres de détention comme en Grèce; leurs lobbyistes ayant donc toutes les raisons de se rapprocher des politiques européens pour en renforcer la répression. A cela s’ajoute Frontexit, une campagne réunissant organisations européennes et africaines dénonçant les activités de Frontex en informant un large public sur les dérives auxquelles donnent lieu ses opérations en termes de droits humains par des recours excessif à la force et de dénoncer ces dérives auprès des représentants politiques directement impliqués. Enfin, le budget de cette agence s’est vu multiplier par 15 depuis sa création ce qui le rend 9 fois plus important que celui du bureau européen chargé d’harmoniser les demandes de droit d’asile.

Au lieu d’anticiper à long terme les bouleversements géopolitiques, environnementaux et l’ouverture forcée de la mondialisation à l’Afrique dans une logique pérenne et humaine, le choix politique de l’Union européenne tendrait donc vers un accroissement des politiques sécuritaires. Depuis une Quinzaine d’années, le migrant est l’ennemi dans certains discours politiques et médiatiques, ce qui renforce les velléités nationalistes dans plusieurs pays d’Europe. Pour le combattre on investit dans toujours plus de répression et des programmes de R&D pour lutter contre l’immigration sont confiés par l’UE à des entreprises privées. Toutefois, loin de diminuer l’immigration, cela ne fait que déplacer des routes migratoires; d’ouest en est par exemple. Il conviendrait que l’Union européenne se sente autant concernée par ces drames humains qu’elle l’a été en se donnant le droit d’intervenir en bombardant au nom des droits de l’homme les troupes de Kadhafi.

Antoine GUINAUD

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s