Une réconciliation nationale au Mali ?

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Touaregs brandissant le drapeau de l’Azawad (Nord Mali) indépendant (Tous droits réservés).

À la suite de la victoire des forces franco-africaines contre les djihadistes et l’annonce de négociations entre la République du Mali et les mouvements armés du Nord du pays en septembre dernier, la « réconciliation nationale » est sur toutes les lèvres. Le Président de la République, Ibrahim Boukakar Keita (IBK), a ainsi ouvert la tenue d’Assises Nationales du Nord ce vendredi 1er novembre, une sorte d’États-Généraux maliens afin de reconstruire le pacte national d’un Mali fragile mais « indivisible » selon les mots du Président.

Dès son introduction, le Président IBK avait défini deux enjeux majeurs. Le développement du Nord du pays où la population s’estime délaissée par l’État, et la réconciliation nationale d’un pays sortant de près d’un an et demi de guerre civile. 

Un gouvernement « d’union nationale » avait alors été formé le 8 septembre, mené par le premier ministre Oumar Tatam Ly. La présence au ministère des Affaires Étrangères d’un arabe de Tombouctou (nord) ancien chef rebelle du Front Islamique Arabe de l’Azawad (FIAA) opérant dans les années 90, ainsi que d’un colonel ayant participé au putsch de mars 2012, avaient notamment pu marquer les esprits. De même que le changement d’ordre protocolaire où le ministre de la Justice est arrivé à la seconde place devant le ministre de la Défense, se voulant ainsi une preuve de la volonté du nouveau gouvernement de lutter activement contre la corruption et le népotisme. Le lendemain, on annonçait des négociations pour novembre entre le nouveau gouvernement et le MNLA, le Mouvement National de Libération de l’Azawad, principal groupe touareg insurgé, qui avait déjà acté avant les élections présidentielles son désarmement et le renoncement à l’indépendance de la moitié Nord du Mali. Fut également annoncée la tenue des Assises Nationales du Nord réunissant des représentants de tout le pays pour ce vendredi 1er Novembre.

À cette occasion, cette « étape de plus dans le dialogue mené en vue de pacifier et développer le nord du pays », le discours d’ouverture d’IBK réaffirma l’indivisibilité du pays officiellement accepté par les Touaregs du MNLA et du HUAC qui ont renoncé à l’indépendance au début de l’année 2013.

Toutefois, ce pays considéré comme l’un des plus pauvres et des plus corrompus au monde, n’en est pas à son premier conflit interne et les révoltes sont récurrentes. On peut ainsi douter de la réelle capacité de l’État Malien aujourd’hui à mettre fin aux divers conflits tant sociaux qu’ethniques.

Les mouvements touaregs avaient proclamé l’indépendance de l’Azawad en avril 2012 et n’avaient finalement renoncé à leur projet au profit d’une lutte pour « l’autonomie » qu’avec la contre-offensive franco-africaine de l’année suivante. Par ailleurs il ne s’agit pas non plus de la première tentative de réconciliation nationale après que le pays ait connu trois précédentes rébellions où les Touaregs eurent un rôle majeur  jusqu’à la signature des accords de Tamanrasset en 1991 avec la médiation de l’Algérie. Le Pacte National de 1992, les propositions de démilitarisations, d’incorporation des milices touaregs dans l’armée ou les grandes cérémonies de paix telle que celle de la flamme de la paix, le 27 mars 1996 à Tombouctou, au cours de laquelle sont symboliquement détruites 3 000 armes de la rébellion, aucune de ces mesures n’a pu restaurer la stabilité d’un pays qui ne l’a jamais réellement été depuis l’indépendance.

Depuis, quatre accords de paix ont été signés en 2006, 2007 puis 2009 avec le résultat qu’on connaît, la reprise des hostilités.

Ainsi, pour ces Assises Nationales se voulant réconcilier la nation, des barricades ont été montées à Gao (nord) jeudi 31 Octobre par la population pour protester contre la mauvaise représentation de leur ville. En effet, les services de la Minusma chargés de transporter les représentants jusqu’à Bamako n’avaient pas reçu la même liste de personnalités à embarquer que celle publiée par le préfet. Plusieurs affrontements entre gendarmes et manifestants s’en sont suivis.

Vincent Houdou

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