Le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre: un véritable coup de projecteur sur les conflits actuels ?

21 octobre 2012 - Syrie

Battle to Death – © Fabio Bucciarelli – 21 octobre 2012 – Syrie

Du 7 au 13 octobre 2013 se tenait à Bayeux la vingtième édition du Prix des correspondants de guerre, présidée par James Nachtwey. Entre expositions, projection de documentaires et débats autour de l’actualité internationale, cet événement fut également l’occasion de revenir sur les difficultés grandissantes que rencontrent les reporters lorsqu’ils couvrent un conflit. Entre dangers, manipulations et quête de neutralité, retour sur quelques points abordés…

Cette édition, dominée par la thématique du conflit syrien a permis d’évoquer le sort des quatre reporters et photographes français actuellement otages en Syrie : tout d’abord Didier François, grand reporter et le photographe Edouard Elias, tous deux mandatés par Europe 1 mais également Nicolas Hénin et Pierre Torrès, respectivement reporter et photographe, dont l’annonce de l’enlèvement avait été anticipée par erreur par le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault lors d’une interview radiophonique (1).

De plus, une stèle a été dévoilée en hommage aux 138 journalistes et net-citoyens décédés en 2012 dans le cadre de leur activité. Selon Reporters Sans Frontières, cette année fut la plus meurtrière. Ce constat accablant s’est d’ailleurs accompagné de divers témoignages soulignant la valeur croissante qu’ont, pour les preneurs d’otages, les journalistes, à maintes reprises qualifiés de « cibles de cette guerre » (2) « […] qui se négocient et se vendent » (3).

Ces déclarations s’accompagnent d’une prise de conscience à l’origine de mutations dans le choix des reporters fait par les rédactions. Jean-Paul Mari, grand reporter au Nouvel Observateur, déclare ainsi : « […] On nous enlève pour ce que nous sommes ». Les rédactions ont donc peu à peu tendance à préférer des journalistes locaux, souvent inexpérimentés mais originaires de zones difficiles d’accès en temps normal, ce qui a le double avantage d’éviter d’allonger la liste des otages et de permettre d’obtenir une information qui, sans ce procédé, serait condamnée à rester confidentielle. En effet, de nombreuses parties des conflits sont caractérisées par une certaine opacité due entre autres à l’utilisation de drones, comme au Yémen, ou à l’affrontement de groupuscules terroristes avec les diverses agences de renseignement.

Toutefois, ce recours aux sources de premier plan remet en cause la neutralité des informations véhiculées dans les médias, ces journalistes en herbe n’ayant pas toujours la « culture politique et géopolitique » nécessaire selon Patrick Baz (4) et étant bien souvent eux-mêmes partie prenante dans le conflit.

Enfin, à cette information déjà tronquée au départ s’ajoutent d’autres sources de manipulation, qu’elles soient gouvernementales avec des pressions directes sur les rédactions ou terroristes par exemple: le leader d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, assume notamment l’idée que « 50 % du jihad est médiatique ».

L’évolution du métier de reporter et les défis constants auxquels sont confrontés ces témoins semblent donc mettre en difficulté la neutralité de l’information que nous recevons. Dès lors, on peut être amené à s’interroger sur la valeur à accorder à ces témoignages une fois passé « le choc des photos » et se demander si, finalement, les tentatives de mise en lumière du conflit ne dévoilent pas davantage encore de zones d’ombre…

Hélène DUPUIS

Références:

1. L’interview de Jean-Pierre Elkabbach, Europe 1, le 09/10/2013
2. Jean-Philippe Rémy, Le Monde
3. Mort Rosenblum, ancien reporter d’Associated Press et professeur de journalisme
4. Chef du service photo de l’Agence France Presse pour la région du Moyen-Orient

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