« Le monde occidental est-il en danger ? » Un débat mouvementé aux Géopolitiques de Nantes

LES GEOPOLITIQUES DE NANTES

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Lors de la première édition des Géopolitiques de Nantes au Lieu Unique (4 et 5 octobre 2013), une conférence a retenue mon attention. « Le monde occidental est-il en danger ? » confrontait différents points de vue à travers les personnalités de Pascal Boniface, directeur d’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques), puis de Esther Benbassa (Sénatrice du Val-de-Marne, Europe Écologie-Les Verts), et enfin de Frédéric Pons (rédacteur en chef à l’hebdomadaire Valeurs Actuelles).

Pascal Boniface a ouvert le sujet de la conférence en expliquant que pendant 5 siècles, l’Occident avait le monopole de la puissance mais qu’il était en train de la perdre. En effet, pour lui, cette perte de puissance s’explique par la difficulté qu’a l’Occident de sortir de la guerre froide. Sa vision montre aussi que ce n’est l’Occident qui décline mais ce sont les autres parties du monde qui émergent, en particulier depuis une dizaine d’année. Mais sur les 60 à 70 pays émergents, il y a une trentaine d’États-faillis car ils n’ont plus le monopole de la violence légitime. Pour Pascal Boniface, l’Occident a perdu le monopole mais pas la puissance. Il faut changer les relations que l’Occident entretient par rapport aux autres, le problème de l’ingérence considérée comme une nouvelle forme de colonialisme en est un exemple explicite. Il montre que ça ne fonctionne plus pour deux raisons : Premièrement il n’est plus possible d’exporter la démocratie par les armes et les bombardiers à l’heure d’internet. Puis, il y a un rejet de l’hypocrisie occidentale de la propagation de ses valeurs après son histoire.

La question que Pascal Boniface pose alors aux protagonistes de la conférence est : Comment l’Occident va-t-il s’adapter après la désillusion de l’utilisation militaire ? Sa position montre l’importance d’une prise en compte et de la mise en place d’un « véritable multilatéralisme ».

Intervient alors Esther Benbassa, qui commence en se demandant de quel Occident il est question. L’Occident contient une telle diversité qu’il est difficile d’y poser des frontières : Occident chrétien ? Européen ? Y incluant le Maghreb ? Sa position est de dire « qu’il y a une apocalypse à chaque famine » et donc qu’il ne faut pas se faire peur. Cette peur est liée aux nouvelles économies mais aussi aux émergences naissantes. Pour elle, le problème provient d’une cristallisation autour de l’Islam qui pourrait mettre l’Occident à genoux, considérée comme une force incontrôlable, mais elle considère qu’il s’agit d’un problème extérieur et non intérieur à l’Occident. Le problème viendrait de l’amalgame entre « arabe » et « terrorisme », à la différence des États-Unis qui savent faire la différence. Mais cette peur serait aussi liée au fait que l’Occident est de moins en moins religieux car il y a une peur de la suprématie de la religion. L’Occident reporterait alors le combat qu’elle a mené contre le christianisme sur l’Islam, qui est pourtant une religion minoritaire sur cette partie du monde. Esther Benbassa considère que l’Occident devrait plutôt s’inquiéter de son manque de flexibilité face à la globalisation, il devrait ainsi craindre son manque d’énergie, de création et d’inventivité. Pour elle, les dangers sont donc internes. Elle conclut alors son intervention en disant que s’il y a une montée de la « droite dure », de la « force conservatrice », c’est qu’il s’agit d’un symptôme de la peur de l’avenir.

Frédéric Pons prend alors la parole en attaquant le manque de structure de l’intervention de Esther Benbassa et de son problème de faire prévaloir « sa vision idéologique et réductrice » sur la réalité. Il commence en donnant sa définition de l’Occident : il s’agit d’une civilisation née dans le nord, d’aspiration gréco-romaine et judéo-chrétienne. Sa vision de l’Occident correspond à un confort de liberté et de générosité. Le danger du monde occidentale tient d’une cause exogène. En effet, il considère que le facteur majeur du danger correspond à l’affaiblissement de l’élan vital à travers la diminution de la démographie, la fatigue intellectuelle amenant un affaissement des valeurs occidentales. Selon ses dires : « Dans une société de vieux, on perd toute audace créatrice », et c’est de là que provient le conservatisme politique, économique, social et syndicale. Pour lui, il y a un renoncement aux défis posés par la modernité, comme le refus d’investir, de travailler sur des gaz dangereux comme le gaz de schiste, comme le refus de maintenir la famille et d’encourager la natalité. La « culture de l’assistanat » amène, selon lui, une « croissance-zéro », un conservatisme des syndicats, et des entrepreneurs verrouillés par l’administration. L’Occident serait touché par une fatigue ambiante et morale. Il donne, alors, l’exemple que c’est une illusion de croire que le monde est à la recherche de la paix, de la manière dont l’Occident la perçoit. Pour lui, la migration incontrôlée est une menace pour l’Occident car cela a pour conséquence, la « montée des extrêmes sans cadre politique ni humaniste ». L’Occident manque de réflexion car il a renoncé à intégrer les personnes de confession musulmane, il s’agit d’une erreur stratégique et civilisationnelle. Pour lui, le peuple a accumulé une haine depuis des décennies, « c’est le peuple qui doute et c’est le peuple qui vote ». Il dégage aussi le problème de l’immigration choisie où l’Occident prend les ingénieurs en Asie et en Afrique, et il pense ça lui reviendra « comme un boomerang ». Il conclut son intervention, en disant le contraire de Esther Benbassa, car pour lui, il y a un risque sécuritaire interne et qu’il faut « un retour civilisationnel sans se voiler la face ».

Le moment était venu de laisser le public poser ses questions, mais Madame Esther Benbassa a voulu se défendre contre son interlocuteur. Après quelques questions posées par le public, elle reprit directement la parole pour énoncer qu’elle ne voulait pas écouter Monsieur Frédéric Pons car selon elle, il tiendrait des « propos homophobes, islamophobes… », l’attaquant aussi sur certaines couvertures de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Frédéric Pons décide alors de répondre aux questions du public, tout en se défendant. Les attaques entre les deux protagonistes, sous l’énervement, étaient de plus en plus personnelles : par exemple, Frédéric Pons a demandé à Esther Benbassa de comparer la retraite d’un ancien combattant à sa retraite de sénatrice. Une personne du public se déclarant anthropologue, travaillant dans une banlieue dite à risques, a relevé la différence entre les dires de Esther Benbassa et la réalité du terrain en ce qui concerne l’Islam, énonçant que de plus en plus d’enfants de moins de 12 ans étaient dans l’obligation de faire le ramadan. Cette réflexion sur la réalité du terrain a un peu plus agité le débat entre les conférenciers. Ce débat mouvementé a alors scindé le public, applaudissant l’interlocuteur correspondant aux idées de chacun. Pascal Boniface a alors repris la parole pour conclure ainsi que calmer les tensions. Il a alors montré l’importance du débat des différentes opinions ainsi que le respect de ces divergences qui sont des objectifs prépondérants à l’IRIS.

Le retour sur cette conférence a été plutôt positif, le dynamisme du débat a permis de comprendre les différents enjeux auxquels l’Occident est confronté. Pascal Boniface, n’étant pas le médiateur de cette conférence, a malgré tout joué ce rôle pour apaiser les tensions du débat, mais il a mis en évidence l’importance de ce questionnement qui agite notre société actuelle. Force est de constater deux conclusions à cette conférence : les inquiétudes de la société occidentale, voyant un public aussi concerné et, l’importance du respect de l’écoute des divergences d’opinion.

Amélie RIPOCHE

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