L’Égypte fait entendre sa voix : une fermeture ambiguë du canal de Suez

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Une question se pose actuellement sur la fermeture du canal de Suez par l’Égypte. Cette question rappelle la crise du canal de Suez de 1956 par Nasser qui avait transféré le patrimoine du canal à la Suez Canal Authority. Nasser voulait ainsi « nationaliser » le canal. Aujourd’hui, la question de la fermeture du canal émane d’une double conséquence : la guerre en Syrie et la situation instable de l’Égypte.

En effet, suite à la passation du contrôle du canal à l’armée égyptienne par le gouvernement, en janvier, le Général Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé la fermeture du canal de Suez aux navires de guerre cherchant à attaquer la Syrie, le 28 août 2013. Étant considéré comme le nouvel homme fort de l’Égypte, il rappelle l’accord de défense commun avec la Syrie.Ce commandant en chef des armées ajoute que l’Égypte ne répétera « pas les erreurs commises lors de la guerre en Irak », par conséquent, l’Égypte ne sera « pas un passage pour attaquer un pays arabe ».

Le lendemain, le ministre égyptien des affaires étrangères, Nabil Fahmy confirme cette position, en s’opposant aux interventions possibles contre la Syrie. Déchu le 3 juillet, le président Morsi avait rompu les relations diplomatiques avec la Syrie, Nabil Fahmy avait alors promis de les réexaminer.

Le même jour (29 août), Hassan Chachine, porte parole du mouvement Tamarrod, (à la base de la chute du régime des frères musulmans et du président Morsi), a réclamé la fermeture de ce même canal. Le mouvement Tamarrod appelle l’Égypte à prendre une position ferme contre une intervention américaine en Syrie. C’est intéressant de voir que le lendemain de l’annonce de fermeture du canal de Suez par le Général Abdel Fattah al-Sissi, le mouvement Tamarrod en réclame aussi sa fermeture.

La question se pose donc de savoir si le canal de Suez est réellement fermé actuellement? D’autant plus que le 31 août dernier, l’Égypte a affirmé avoir déjoué une attaque « terroriste ». Selon l’amiral Mamich, l’attaque a totalement échoué. « L’armée a donné l’ordre de renforcer les mesures de sécurité autour de cet axe stratégique et a agi « avec fermeté face à cette tentative visant à interrompre le trafic sur le canal »

La fermeture de ce canal pourrait engendrer de nombreuses difficultés. Depuis la Convention de Constantinople de 1888, il s’agit d’un canal international. En effet, il est nécessaire de rappeler qu’il s’agit de la troisième source en devises pour l’Égypte et qu’avec le droit de passage, en 2012, il a rapporté 5,13 milliards de dollars. De plus, ce canal garantit pour 8 % du commerce international, la liberté du transit des navires et l’égalité de traitement. Enfin, il est certain que l’augmentation du baril de pétrole se fera rapidement ressentir.

Par conséquent, malgré l’instabilité interne de l’Égypte, l’on peut constater sa volonté de conserver sa voix en tant que pays arabe comme acteur déterminant dans cette région du globe. En menaçant de fermer le canal de Suez, l’Égypte affirme ainsi sa souveraineté et rappelle « la nationalisation » du canal mise en place par Nasser en 1956. Enfin, il est certain que la fermeture du canal provoquerait de nombreux problèmes géopolitiques et économiques. La question reste en suspens car aucune véritable réponse n’a été exprimée jusque-là, le canal n’est donc peut être pas réellement fermé. Il s’agit là d’une question importante à ne pas prendre à la légère.

Amélie RIPOCHE

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