hydrocarbures de schiste français, entre principes et réalisme économique.

Plateforme d'extraction d'huile de schiste utilisant la technique de fracturation hydraulique, Texas (©2011)

Plateforme d’extraction d’huile de schiste utilisant la technique de fracturation hydraulique, Texas (©2011)

Au matin du dimanche 22 Septembre, des militants opposés à l’exploitation des hydrocarbures de schiste se sont enchaînés aux installation de forage de l’entreprise américaine Hess Oil, à Jouarre (à une cinquantaine de kilomètres de Paris). Une énième action symbolique ayant pour but de maintenir la pression sur les groupes, nombreux, ayant des intérêts dans un éventuel revirement législatif en France concernant l’autorisation de la technique de fracturation hydraulique.  

La fracturation hydraulique est actuellement la seule méthode viable permettant l’exploitation des hydrocarbures (gaz et pétrole) de schiste (ou de « roche-mère »). Or cette méthode est largement dénoncée partout dans la monde comme étant polluante, notamment pour les nappes phréatiques.  En France la question a été une première fois tranchée en 2011 avec la « Loi Jacob », qui proscrit l’utilisation de cette technique de forage. Il est a noter que la Bulgarie est le seul autre pays au monde à avoir adopté une telle mesure. Et pour cause, les enjeux économiques liés à l’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels sont brûlants, et tout particulièrement en Europe, qui importe la quasi-totalité de sa consommation annuelle et qui commence tout juste à sortir de la crise économique.

De très nombreux experts estiment que la production massive de gaz de schiste aux Etats-Unis (34% de leur production en 2011) a été l’un des facteurs déterminants du redressement de leur économie après la crise. En effet, cela permet l’accès de leur industrie à une source d’énergie très peu chère comparée aux hydrocarbures d’importation. Or, la France possède de larges réserves de gaz et de pétrole de schiste. Pour le seul bassin parisien, on les estime entre 3,3 et 4,9 millions de tonnes exploitables par an pendant au moins vingt-cinq ans (rapport rendu au ministère de l’environnement en 2012), que l’on peut comparer aux 900 000 tonnes produites annuellement sur le territoire en hydrocarbures conventionnels.

Il n’est donc pas étonnant de constater que l’on compte pas moins de 2000 forages miniers dans la seule région parisienne, dont la plupart sont « exploratoires » (comme celui de Hess Oil qui en possède ainsi 9 dans le bassin). Il s’agit d’un véritable enjeu économique, et deux visions s’affrontent pour le moment autour de cette question.

La première, tenante de ce que l’on pourrait appeler un « réalisme économique », considère que la France doit au minimum autoriser l’exploration pour connaitre précisément l’étendue de ses réserves, ce qui implique l’autorisation ponctuelle de la fracturation. Une fois ces réserves connues, il faudrait alors un consensus européen pour renégocier à la baisse le prix des hydrocarbures des pays exportateurs, tout en entamant une production qui permettrait, en théorie, de créer de l’emploi et d’améliorer fortement la balance commerciale du pays. C’est la vision défendue, entre autres, par l’union française des industries pétrolières, pour qui « personne n’avait vu venir l’explosion des gaz de schiste ces dernières années et ses conséquences économiques sur l’économie mondiale. Ce constat doit nous rendre humbles dans nos projections sur l’évolution à venir du marché de l’énergie, et il justifie que chaque pays possédant des ressources se pose la question de leur exploitation. »

La seconde vision, défendue notamment par Thomas Porcher (économiste, auteur du « Mirage du gaz de schiste »), insiste sur le fait qu’il faut penser d’abord et avant tout à une transition énergétique qui réduise fortement notre consommation d’hydrocarbures. Il s’appuie sur le fait que les réserves françaises ne « disparaîtront »  pas, et « qu’il sera toujours temps de les exploiter dans vingt ans ou plus si on ‘rate’ la transition énergétique. D’ici là, on peut supposer que des quotas auront été instaurés ; et la France pourra alors bénéficier des techniques d’exploitation plus sûres qui auront été développées entre-temps par d’autres pays ».

Ce second point de vue est pour le moment défendu également par une grande partie de la classe politique française. La loi Jacob a en effet été adopté sous le précédent gouvernement de droite, et le gouvernement actuel de gauche défend le principe de précaution en la matière. De plus l’alliance entre le PS et les écologistes au gouvernement ne survivrait probablement pas à un éventuel revirement sur ce sujet. Cela n’empêche pas l’industrie pétrolière d’essayer de faire bouger les lignes. Ainsi, la société américaine Schuepbach a récemment saisi le conseil constitutionnel pour examiner la loi Jacob. Ce dernier se prononcera le 11 Octobre prochain.

Lou Vignane-Gonzalez

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s