Max Havelaar, le côté obscur du commerce équitable

fair tradeIl y a une semaine, Arte diffusait un documentaire des plus explicites : « Le business du commerce équitable ». Largement présents dans les grandes enseignes commerciales, vous avez certainement déjà dû vous poser la question d’acheter ces produits labellisés  « et si je contribuais à l’amélioration des conditions de vie des petits producteurs sud-américains ? ». C’est donc pour vous et pour ceux qui en sont convaincus que j’écris ces quelques lignes.

Autour d’une enquête bien ficelée, Donatien Lemaître nous a décortiqué les dessous du commerce équitable en passant par les produits les plus représentatifs du label Max Havelaar : le café et les bananes.

Née aux Pays-Bas en 1988, l’association Max Havelaar, nom tiré d’un roman dénonçant les conditions de vie du paysan, a tout de suite souhaité innover le commerce équitable en l’intégrant aux grandes enseignes pour une plus grande marge de développement. Aujourd’hui en Europe, 75% des produits du commerce équitable sont labellisés Max Havelaar mais le cahier des charges de ce label n’impose rien sur les pratiques des grandes surfaces. Ce point laisse libre cour au pourcentage de marge sur ces produits. Le reportage parle de 45% de marge commerciale contre 25% chez Artisans du Monde qui ne souhaite nullement intégrer ce marché pour des questions d’éthique. En 2011, le chiffre d’affaire du label a atteint les 11 milliards d’euros.

Là où a germé l’idée de parier sur le développement économique plutôt que sur la charité, les petits producteurs de café vivent dans les mêmes conditions depuis 20 ans, et continuent d’espérer le changement promis. Certes, chaque producteur mexicain perçoit un salaire minimum, il n’en reste pas moins que ce salaire ne suffit pas à améliorer ses conditions de vie, mais seulement de survivre dans une cabane avec sa famille.

En République dominicaine, là d’où proviennent 33% des bananes du commerce équitable produites dans le monde, les petits producteurs qui gagnent jusqu’à 10 fois plus que le salaire minimum local font travailler des migrants haïtiens 7 jours/7, 5 heures/jour, pour 4€/jour. Leur contrat de travail n’aborde aucunement leurs droits ce qui n’est pas conforme au cahier des charges de Max Havelaar, la plupart n’ont pas de papiers en règle, et, aussi improbable que cela puisse paraître, aucun d’entre eux n’a connaissance de ce qu’est le commerce équitable.

On ajoutera à ces constats que, pour répondre aux exigences quantitatives de la grande distribution, Max Havelaar qui ne devait aider que les petits producteurs, s’est laissé amadouer par les grands propriétaires terriens qui affirment que : « Quand une coopérative va bien, c’est qu’un étranger est à sa tête ». Il en va de soi, les petits producteurs ne valent rien. Aujourd’hui, l’exploitation de cette néerlandaise de plus de 200 hectares a fait un chiffre d’affaire de plus de 26 millions d’euros en 2012.

Max Havelaar est donc devenu une roue de plus pour le système dominant, s’éloignant de ces objectifs initiaux. D’autres labels d’un commerce plus éthique tels que Malongo ou Forest Alliance ont également été tenté par l’appât du gain. Donatien Lemaître parle alors de l’ère de l’équitable industriel…

Gaëlle RUBEILLON

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