50 ans après… un nouveau « Traité de l’Élysée » à Munich

Charles de Gaulle et Konrad Adenauer acclamés à Bonn en septembre 1962 (Tous droits réservés)

Charles de Gaulle et Konrad Adenauer acclamés à Bonn en septembre 1962 (Tous droits réservés)

Du 21 au 23 juin 2013, une cinquantaine de jeunes Français et Allemands se sont rencontrés pour travailler et débattre sur l’avenir de la coopération et l’amitié franco-allemande. L’objectif ambitieux était d’aboutir à un Traité de Élysée 2.0 par le biais de simulation de négociation. Ce projet « Elysée 2.0- Vertag(en) leicht gemacht » sélectionné par l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ) dans le cadre du 50ème anniversaire du Traité de Élysée, a été remarquablement organisé par les « Jeunes Européens d’Eichstätt » (Katholische Universität Eichstätt-Ingolstadt, Bavière) avec le soutien de la Commission Européenne, de la Chancellerie et du Landtag de Bavière, du Centre de coopération universitaire franco-bavarois, et de BMW.

Lors de la cérémonie d’ouverture, Michel Anfrol, président des Amis de la Fondation Charles de Gaulle, journaliste et ancien présentateur du JT à l’ORTF, a resitué, par le biais d’anecdotes et de témoignages émouvants, le contexte historique du Traité de Élysée. En Allemagne, comme d’ailleurs en Italie, le Général de Gaulle était qualifié d’ « apprenti dictateur », cette mauvaise réputation était également partagée dans les milieux étudiants allemands. En France, le souvenir de la guerre récente était marqué par les rancœurs et la méfiance vis-à-vis des Allemands. Ainsi lors de la visite privée de Konrad Adenauer, le 14 septembre 1958 à Colombey-les-Deux-Eglises (arrivé avec plus d’une heure de retard pour la bonne raison que le convoi s’était rendu dans une autre ville du nom de Colombey-les-Belles), la cuisinière du Général avait refusé de serrer la main du Chancelier allemand. En Allemagne, la visite du Général de Gaulle, le 4 septembre 1962 à Bonn (alors capitale de la RFA), a failli passer inaperçue tout le monde ne parlant que de l’attentat du Petit-Clamart survenu le 22 août 1962. Mais c’était sans compter l’accueil réservé par la ville de Bonn entièrement pavoisée bleu-blanc-rouge. A cette occasion, le Général de Gaulle a rendu visite aux ouvriers des usines Thyssen, là même où fut produit l’armement allemand durant la guerre. En s’adressant en Allemand (langue qu’il avait appris dans sa jeunesse), il a rendu hommage à l’excellence de l’industrie allemande ce qui a suscité l’admiration des ouvriers qui l’ont porté en triomphe jusqu’à la gare. A partir de ce moment, des deux côtés du Rhin, rapprochés[1], on se montrait enfin disposé à se lancer sur le long et sinueux chemin de l’amitié. Le « Traité entre la République fédérale d’Allemagne et la République française sur la collaboration franco-allemande » signé le 22 janvier 1963, devenu par la suite « Traité de Élysée », ne devait être que le prélude d’une réconciliation (à l’époque on ne l’imaginait pas comme cela) qui, 50 ans plus tard, au prix d’effort et d’épreuves, ne cesse de se construire.

Le Consul général de France en Bavière, M. Emmanuel Cohet, a quant à lui souligné la dimension sentimentale, encore très forte aujourd’hui, qui est à la base de tout lien d’amitié mais en particulier de celui qui unit le peuple allemand et le peuple français. « L’émotion joue un rôle très important au-delà des aspects institutionnels ». L’émotion est toujours là, elle se lit dans les témoignages et sur les visages des anciens comme des plus jeunes. Ce fut le cas récemment lors du succès populaire de l’exposition « De Gaulle- Adenauer : les bâtisseurs de l’amitié franco-allemande » qui s’est tenue sur l’Odeonplatz à Munich du 6 au 16 avril 2013 (plus de 17 000 visiteurs). Sur cette base émotionnelle essentielle, aujourd’hui, et comme à l’origine, les relations franco-allemandes sont fortifiés par de nombreux jumelages entre villes et un partenariat économique et commercial[2] essentiel.

Les récentes tensions dans le couple franco-allemand, provoquées par la crise économique en Europe (et il est vrai attisées par quelques politiques français), nous pousse à regarder l’extraordinaire chemin parcouru depuis 50 ans, mais cela nous fait aussi prendre conscience que l’effort de coopération et de compréhension doit être continu. Cela passe avant tout par une attention particulière portée à l’apprentissage de la langue, essentiel pour la connaissance de la culture et de l’altérité. Peut-être serait-il aussi venu le moment d’écrire, en commun, une histoire commune multiséculaire, et surtout de la promouvoir au moment où l’enseignement de l’histoire en France « se cherche »[3]. L’histoire de la France et de l’Allemagne est aussi l’histoire de l’Europe, sans replacer la perspective et la coopération franco-allemande au cœur du projet européen, rien ne saurait faire sens. On sait de plus, ô combien le sentiment européen reste aujourd’hui insaisissable ou volatile. Michel Anfrol a d’ailleurs souligner à ce sujet un glissement opéré ces dernières années, révélateur d’un faible sentiment européen : la « préférence européenne » qui prévalait jusqu’à la fin des années 90 a cédé la place à une préférence pour le commerce international (par l’ouverture aux BRIC notamment).

C’est dans cet esprit d’amitié, rafraîchi par les interventions de la cérémonie d’ouverture, que se sont déroulées les simulations de négociations au sein des 3 comités : Affaires étrangères/Défense, Écologie/Énergies, Économie/Travail. Une ligne commune finale a pu être établie et un nouveau traité approuvé[4]. Grâce à des « Position Papers » remarquablement préparés et l’investissement personnel et fort de chacun, ces 3 jours de négociations ont permis à tous de se rendre compte des difficultés et des efforts de compréhension ainsi que de compromis (voire de compromission) qu’il est nécessaire d’intégrer pour aboutir à quelque chose. Ce genre d’initiative salutaire, soutenue par des partenaires importants, permet de se former et de donner la parole aux jeunes générations et à ceux qui seront appelés à agir en politique. Espérons seulement qu’il ne faille pas attendre le 60ème anniversaire du Traité de l’Elysée pour qu’une telle expérience se renouvelle !

Laurent Tessier

(fier participant!)


[1] Michel Anfrol a tenu a rappelé le rôle personnel et essentiel qu’a joué, à l’époque, le conseiller diplomatique du Général de Gaulle, Pierre Maillard, aujourd’hui « ambassadeur de France » (97 ans). C’est lui qui fit répéter au Général ses discours en Allemand. Il fut l’interprète lors des rencontres du Général et du Chancelier et il a notamment œuvré pour la rédaction du Traité de l’Elysée.

[2] L’Allemagne et le premier client et le premier fournisseur de la France. La France est le premier client et le troisième fournisseur de l’Allemagne. Pour la Bavière on ne dénombre pas moins de 400 jumelages avec des villes françaises.

[3] L’écriture commune de l’Histoire est un des éléments clé du processus de réconciliation. Les exemples franco- algérien et libanais, dont l’Histoire récente reste à écrire, montrent combien cette étape est essentielle pour établir un espace confiant et apaisé entre les Etats ou au sein de la société.

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